‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 362 sur 519 · RÉGION DU SUD-OUEST. — LOT-ET-GARONNE · texte numérisé non relu

RÉGION DU SUD-OUEST. — LOT-ET-GARONNE

mieux obéie. A Agen, les anciens marchés sont totalement anéantis et les nouveaux très fréquentés, « les jours ci-devant fériés ne sont plus même un obstacle à leur tenue ». Le numéro du i5 fructidor an VI n’était pas moins optimiste : « Dire qu’à Agen, Monflanquin, Mezin, Puymirol, Penne, les marchés ont été approvisionnés sans nul scrupule les jours ci-devant fériés, c’est annoncer à la superstition qu’il est du moins une puissance sous laquelle il faut qu’elle ploie, l’intérêt personnel ! » Les fêtes décadaires pourtant restaient négligées. « Pendant le mois de thermidor, on aperçoit peu de progrès dans la célébration des fêtes décadaires ; les fonctionnaires publics, les instituteurs et quelques-uns de leurs élèves, la force armée, les amateurs de musique composent presque tout le cortège. » La fête du 9 thermidor elle-même avait été en général « peu sentie et froidement célébrée ». La journée immortelle du 10 août avait obtenu un succès un peu plus satisfaisant. Le mois suivant le commissaire central signalait au ministre les obstacles que rencontraient les fêtes décadaires. 11 déplorait le peu d’ordre qu’on y observait, montrait les cérémonies laites au milieu du tumulte, et surtout dénonçait « l'indécence », qui trop souvent accompagnait la célébration des mariages: « Confondus dans la foule, les époux la traversent avec peine pour arriver au bureau, la curiosité tumultueuse qui les suit, les propos souvent peu décents qui les accompagnent, tout concourt à ôter à cet acte le caractère auguste et solennel, dont il devrait être revêtu, mais ce qui doit surtout effaroucher la pudeur, la pudeur sans laquelle le mariage ne sera que le signal de la débauche, ce sont les airs que l’orchestre se permet quelquefois de jouer, parce qu’ils rappellent des plaisanteries grossières ou des allusions indécentes '... »

1. Lettre du commissaire central au ministre de l'intérieur, d’Agen, le 9 germinal an VII (Arch. nal , Fl7a 1296). — Sur les fêtes nationales et décadaires de l’arrondissement de (iaillac, consulter aussi : Elie A. Rossignol, Histoire de /'arrondissement de Gail/ac pendant la Révolution, Toulouse, 1890, in-8.

Mathiez.

Pats annexés. — En Belgique el sur la rive gauche du Rhin, les décadis ne furent guère célébrés que dans les villes par les fonctionnaires el leurs employés.

A Bruxelles, la municipalité changea le nom des rues par arrêté du 8- prairial an YI. La rue Sainte-Anne devint la rue de la Fécondité, celle de Noire-Seigneur, de la Y ieillesse, de la Samaritaine, de la Prudence, d’Enfer, du \ ieux Conte, du Paradis, de l’Olympe, du Curé, du Petit-Coq, du Diable, de la Malice, du Sacristain, de l’Adjudant, des Moines, des Exclus, Saint lloch, de l’Oubli, Saint Pierre, de la Clef, Saint-Hubert, du Chasseur, Saint-Laurent, des Droits de l’homme, etc... Le même arrêté interdisait aux boulangers d’annoncer la cuisson de leur pain « par le son du cornet ou d’autre instrument », parce que cet usage rappelait « l’ancien ordre de choses 1 » .

A Aix-la-Chapelle , l’orateur ordinaire des fêtes nationales et décadaires fut le citoyen Dorsch, commissaire du Di rectoire près l’administration centrale du département de la Roër. 11 fit réunir en brochure la collection de ses discours2. L’esprit qui les anime est franchement « philosophique ».

A Mayence, l’orateur habituel lut F. -Y. Mulot, ancien prêtre et ancien député de la Législative3. Le 2 pluviôse an VII, le même Mulot composa un hymne à l’Etre suprême. Il y développait ceLle idée que Dieu avait donné la liberté à l’homme, mais que l’homme, oublieux de sa dignité, avait méprisé le cadeau céleste et demandé des rois. Dans sa juste colère, Dieu soulfrit que la royauté

1 . L’arrêté imprimé figure dans la bibl. de Grégoire (fonds Gazier).

2. Recueil de discours patriotiques prononcés i>ar le citoyen Dorsch, commissaire du Directoire exécutif pr'cs l’administration centrale du département de la Roër ; Aix-la-Chapelle (sans date), in-8 (Bibl. nat,, Lb« 83o).

3. Les discours de Mulot ont été imprimés à part (fonds Gazier).

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