T.ES PR A IRI ALISTES ET LA QUESTION RELIGIEUSE
les désastres de la seconde coalition, l’incapacité de sa gestion administrative, la dilapidation du trésor, les malversations des hauts fonctionnaires ; ils mettaient aussi sa politique religieuse en accusation. A les entendre, les rigueurs maladroites de Merlin et de La Révellière contre les prêtres étaient cause de la désaffection grandissante des populations pour la République. Revenant aux conceptions de Carnot, qu’ils avaient pourtant répudiées avec horreur avant le 18 fructidor, ils déclaraient qu’à vouloir attaquer de front l’idée religieuse, qu’à entreprendre ouvertement la déchristianisation de la France, on conduirait la République à l'abîme.
Roulay (de la Meurthe) et l’apaisement. — Dès le i germinal an \ II, lors de la discussion d’un projet de loi sur les écoles- primaires, Roulay (de la Meurthe), qui sera le principal auteur du coup d’Etat de prairial, déclarait « qu’il fallait se garder de prendre des mesures qui mettent sans cesse la République en opposition avec les habitudes, les préjugés même du peuple1... », et il se prononçait énergiquement contre tout système d’ « éducation nationale ». Le monopole de l’enseignement, d’après lui, « serait le rétablissement insensible d’une tyrannie semblable à celle du sacerdoce et de la politique, si longtemps exercée sur nous ». Il sous-entend, plus qu’il ne dit, que le Directoire, par le moyen du culte décadaire, s’est déjà essayé à restaurer cette tyrannie. Il ne veut pas lui donner de nouvelles armes. Pour les mêmes raisons, les prairialistes réclamaient à grands cris la liberté de la presse, supprimée en fait depuis le 18 fructidor.
Le même Boulay (de la Meurthe), dans son réquisitoire du 3o prairial contre Merlin et La Révellière, leur reprochait « d’avoir violé tous les principes et attaqué la liberté des consciences -' ». « Révellière Lépeaux, disait-il, a de la moralité j’en conviens, mais son entêtement est
i . Moniteur.
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CTI UTE DU CULTE DÉCADAIRE
sans exemple ; son fanatisme le porte à créer je ne sais quelle religion1, pour rétablissement de laquelle il sacrifie toutes les idées reçues, il foule aux pieds toutes les règles du bon sens... » Et il continuait en dénonçant les persécutions dont avaient été l’objet les prêtres, surtout les prêtres assermentés. « On avait donné au Directoire le droit de déporter les prêtres perturbateurs, eli bien ! il a déporté des prêtres, qui avaient donné des gages à la Révolution, qui s’étaient mariés, qui avaient renoncé depuis longtemps à leurs fonctions. Bien plus, on a déporté comme prêtres des hommes qui ne l’ont jamais été, et, après cela, comment voulait-on que des citoyens, témoins de telles injustices, aimassent le gouvernement? Non, on avait dépopularisé la République... »
François (de Nantes) et ea liberté des cultes. ■ — ■ Quelques jours après, le 3 messidor an VII, François (de Nantes), au nom de la commission des Onze, tirait les conséquences pratiques du langage de Boulay (de la Meurlhe). Afin de repopulariser la République, il proposait radoucissement des lois contre les prêtres, le rétablissement de la liber lé des culles. Il dénonçait le fanatisme nouveau, dont « le burlesque pontificat était dans le Directoire même », fanatisme qui, a abusant de quelques maximes respectables et de quelques sociétés imbues des plus vertueuses doctrines2, a voulu devancer le temps et détruire ce qui ne lui ressemblait pas ». En tournant contre les prêtres assermentés, « ces prêtres républicains, qui depuis huit ans ont tenu leurs serments au péril de leur vie », l’article XXIV de la loi du 19 fructidor, le Directoire a fait fausse roule. « Il a mis hors la loi ceux qui dans les campagnes en étaient les plus fervents appuis », et il s’est trouvé qu’il n’avait travaillé que pour les réfractaires. « Les prêtres assermentés étant proscrits, les prêtres réfractaires sont revenus prendre leurs places, et ont de nouveau excommunié les