‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 394 sur 519 · Loi du 17 fructidor an VII · texte numérisé non relu

Loi du 17 fructidor an VII

QUINETTE ET TES RÉUNIONS DECADAIRES 5" ~j

ments qui avaient mis le plus de zèle à payer l’emprunt forcé ; le ministre de la guerre les noms de ceux qui s’étaient distingués, soit en réprimant les insurrections royalistes, soit en envoyant un grand nombre de conscrits sous les drapeaux. Goliier, président du Directoire, dans une homélie civique d’une grande sincérité d’accent, s’efforça de démentir « les suppositions criminelles imaginées pour exaspérer les esprits », exhorta « ceux qui oui souffert, dans le cours sanglant des réactions, pour la cause sacrée de la liberté, de bannir entièrement de leur cœur les défiances nourries par de lâches trahisons, par d’injustes persécutions, qui ne renaîtront jamais. » Et inversement, il rassura « ceux qu’on effraie du retour d’un régime que tous les Français ont également en horreur et qui les a également tous frappés. » Devant l’autel de la [latrie, il prononça la formule du nouveau serment décrété par les Conseils1.

A lire les comptes rendus de ces fêtes, on a l’impression que ni l’une ni l’autre ne furent célébrées avec une con viction suffisante. Les périls de la République avaient été impuissants à les animer de ce souille patriotique, qui avait passé à travers les fêtes de la Raison. Les partis, loin de désarmer dans ces solennités civiques et d’oublier un instant leurs querelles, semblaient prendre à lâche de les raviver et de les accentuer. La tribune civique n’était plus pour les orateurs, pour Sieyès entre autres, qu’un instrument au service de leurs desseins politiques ou de leurs ambitions cachées. Quant aux spectateurs, de plus en plus rares, ils ne venaient que par curiosité ou désœuvrement.

Quinette et les réunions décadaires. — Si les fêtes

i . « Je jure fidelité à la République et à la Constitution de l’an lit. Je jure do m’opposer de tout mon pouvoir au rétablissement de la royauté en France et à celui de toute espèce de tyrannie » (loi du 12 thermidor an Vit)

Mathiez.

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nationales étaient tombées si basa Paris même, que dire des réunions décadaires, qui présentaient un bien moindre intérêt ?

Ce n’était pas que Quinette ne se fût efforcé de les soutenir. Dès les premiers jours de son ministère, il faisait placer dans les temples de Paris plusieurs statues provenant la plupart du Musée des monuments français : la Liberté de Danjou, un Bru lu s, un Vincent de Paul, un Pierre Corneille, un La Fontaine, une Tempérance et une Force, celle-ci de Desjardins1. Peu après, il mettait sa signature à une circulaire, préparée par François de Neufchâteau et destinée à « obvier aux irrévérences qui se commettent dans les temples décadaires 2 ». Cette circulaire même était l’aveu le moins dépouillé d’artifice de l’insuccès complet du culte décadaire.

« Est-ce au centre d’une enceinte dépouillée, où tout rappelle la splendeur antique des fêtes superstitieuses, que Rousseau lui-même ne voyait jamais sans émotion, devant de misérables-décorations de toiles, de papier, de plâtre et de bois, érigées à côté des monuments de pierre, de bronze, d'or et d’argent qu’étalait le fanatisme, est-ce avec un costume qui n’en est pas un et auquel le souvenir compare aussitôt les vêtements bizarres mais imposants du prêtre, avec des ariettes qui succèdent à la majesté du chant grégorien, qu’au milieu de groupes tumultueux, attroupés plutôt que rassemblés, lesquels au lieu d’être acteurs comme dans les rassemblements religieux ne font que des psalmodies, avec des cérémonies qui ne sont que des parodies, que vous imprimerez, magistrats du peuple, aux solennités décadaires de l’effet et du respect?»

Les objurgations du minis tre restèrent sans effet. Il était manifestement impossible de faire vivre le culte officiel. Dupin écrivait déjà dans son compte de prairial : « Le sommeil léthargique, dans lequel l’esprit public est plongé, ferait craindre son anéantissement. Nos revers et nos succès ne font naître ni joie ni inquiétude. Il semble qu’en lisant l’histoire de nos batailles, on lise l’histoire d’un

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