‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 41 sur 519 · I.ES PRÉLUDES DE TA TIIKOPHII.AXTIIROPIE · texte numérisé non relu

I.ES PRÉLUDES DE TA TIIKOPHII.AXTIIROPIE

rencontrez un homme qui ose vous répondre affirmativement à ces questions au-dessus de l'intelligence humaine, dites-lui hardiment: lu es un imposteur... » Celle belle déclaration de principes, ce dédain de la métaphysique n’empêche pas d’ailleurs Benoist-Lamothe de parler très longtemps sur la nature de ce « Dieu inconnaissable ».

« Dieu est l’âme de l’univers... Est Deus in nobis, a dit un sage, c’est-à-dire Dieu vil en nous et nous vivons en Dieu. Et qui peut en douter ? Qui ? Le méchant, l’esclave et le tyran... »

Le Dieu, ainsi défini, n’a pas besoin de stériles oraisons, de génuflexions ridicules, de confessions mystérieuses, de jeûnes et de macérations. « Les actions civiques, les bonnes œuvres, sont les meilleures prières. »

Seuls sont dignes de respect et d’hommage, non pas des hommes « prétendus saints », simples fous, bourreaux de leurs corps, mais les grands hommes bienfaiteurs de l’humanité : « Nous honorons surtout Brutus comme l’ennemi de la tyranie couronnée, Socrate comme le martyr de la vérité, Jésus de Nazareth comme le premier apôtre de l’égalité, comme l’honorable victime de l’aristocratie judaïque et du fanatisme des Pharisiens ; nous honorons Rousseau et Mably pour avoir, sous le l'ègne même du despotisme, osé publier parmi nous les droits sacrés de l’homme et du citoyen ; enfin nons adressons nos hommages, mais non pas des prières et des vœux, à ces glorieux martyrs de la liberté, qui ont cimenté de leur sang les fondements de notre République et qui l’ont illustrée par leurs talents et leurs vertus... »

Telle est la doctrine qui est, à peu de chose près, celle de tous les déistes du xvm° siècle1 et tel est le culte qui ne diffère pas essentiellement du culte républicain, comme il était pratiqué couramment en l’an II.

Le recueil renferme, à l’usage du culte : un hymne à

1. Elle diffère cependant de celle de Daubermesnil : Benoist-Lamotbe ne dit pas comme celui-ci que la religion naturelle fut celle des premiers hommes.

RENOIST-LAMOTIIE ET LE CELTE SOCIAL

/’ Eternel sur l’air de la Marseillaise, — un hymne pour la fête de la Vieillesse, — un autre pour la fête du Malheur, un autre pour la conservation des biens de la terre, une « strophe funèbre pour être chantée aux inhumations des citoyens patriotes », sur l’air de la Marseillaise comme l’hymne aux biens de la terre et comme l’hymne à l’Eterncl ; le Credo de la Raison, disposé en couplets alternés, de manière à être chanté par le peuple partagé en deux chœurs ; et enfin une paraphrase de l’oraison dominicale, que Benoist-Lamothe trouvait une prière admirable. Le recueil se termine par un très court catéchisme des droits et des devoirs du citoyen, qui est mis en vers. Le catéchisme devait être appris par cœur par les élèves des écoles.

Ayant derrière lui tout ce bagage poético-religieux, Benoist-Lamothe n’était pas plus embarrassé pour construire de toutes pièces le Culte Social qu’il projetait en l’an IY, qu’il ne le sera un an après pour établir à Sens le culte des Chrétiens Français, cousin germain de la théophilanthropie, avec laquelle il ne tardera pas à s’unir. Il se bornera à ajouter quelques nouveaux cantiques à ceux qui figuraient déjà dans le Rituel de l’an II et le tout réuni formera V Office à l’usage des fidèles2.

N’est-il pas instructif de constater, par cet exemple particulier, que les cultes civiques de l’an IY sont issus pres que directement des cultes révolutionnaires de l’an II ? Nous aurons [tins d’une fois l’occasion de faire la même remarque.

Les fêtes décadaires a Sens sous le premier Directoire. — C’est parce que Benoist-Lamothe, comme Daubermcsnil, comme les Egaux, craint pour la République, qu'en l’an IY il a l’idée de reprendre, sous une forme à peine différente, l’œuvre d’éducation politique, morale et religieuse des adultes, entreprise en l’an II par le culte de la Raison et le culte de l’Etre suprême.

2. L’Office du malin et l’Office du soir à l’usage des Théophilan- Ihropes ou chrétiens français, parus eu l’an VI, comptent au moins trois pièces du Rituel de l'an II : le Credo de la Raison, l’Oraison dominicale, la Strophe funèbre.

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