I.ES PRÉLUDES DE LA TllÉOPIULANTlIR DP1E
s’appelle le nouveau prophète, u’avait rien d’un terroriste1, d’un buveur de sang, mais c’était un chaud patriote.
Né à Sens, le 19 juin 17552, Benoist de Lamothe, autant que nous en pouvons juger par ses œuvres et par les renseignements glanés dans les documents locaux, était une nature très éveillée, ardente et sentimentale qui ne resta indifférer® à aucun des grands courants de son siècle. Si on en croit les médisances d’un de ses proches parents3, les loisirs de la vie monastique l’auraient séduit dans sa prime jeunesse et il aurait failli entrer dans les ordres. Ce ne fut probablement qu’un caprice fugitif, car il nous dit lui-même4 qu’il se mit à l’école de J. -J. Rousseau, de Voltaire, de Dumarsais « et surtout du bon abbé de Mably » .
De ses nombreuses lectures, un peu hâtives sans doute et dispersées, il garda des connaissances abondantes et une grande facilité d’écrire. Il rima bientôt de petits vers, il devait en rimer toute sa vie.
Assez vite, il devint une de ces célébrités de province dont le talent universel atteint souvent la médiocrité et la dépasse rarement. Au début de la Révolution, il est à Tours, où il exerce probablement le métier de professeur et d’écrivain. C’est là que, démocrate convaincu, quoique noble et parent d’émigré, il composa, en réjouissance de la suppression delà noblesse héréditaire (dont il faisait partie), un Discours ou Mémoire sur les distinctions, titres et privilèges de la noblesse personnelle à rétablir en France avec cet cette épigraphe : « Nil vobis prosunt atavi, sed propria virtus ». — La même année (1791), il revient dans son pays natal habiter le petit village de Soucy près
1. Le seul acte de terrorisme reproché à Benoist-Lamothe fut d’avoir persécuté le curé de Soucy, mais il constesta le bien fondé de l’accusation (Voir Réponse du citoyen Jdenoisl-Lamothe à M*** son proche parent, s. 1. n. d., bibliothèque d’Auxerre).
2. Indication fournie par le catalogue de la bibliothèque d'Auxerre.
8. Voir Dernière réponse de M*** au citoyen Benoist-Lamothe son
proche parent, s. 1 n. d. (bibliothèque d’Auxerre).
4. Réponse du citoyen Benoist-Lamothe à M*** son proche parent (bibliothèque d’Auxerre).
BENOIST-LAMOTHE ET LE CULTE SOCIAL Gl
de Sens, et ne tarda pas à être une des lumières du parti patriote senonais et un des orateurs les plus diserts de la société populaire. Il compose des couplets sur le mariage des prêtres1 , mais surtout il est le poète de toutes les cérémonies patriotiques, le pontife local du culte de la raison et du culte de F litre suprême, il fournit les hymnes, les cantiques, les discours. Les uns et les autres sont d’une inspiration toute déiste, qu’ils aient été composés avant aussi bien qu’après le décret du 18 floréal. Homme d’ordre, il fut de bonne heure préoccupé de réunir en système les éléments épars du culte révolutionnaire. 11 voudrait préciser la doctrine, régler les cérémonies, réduire la part de l’imprévu et de l’arbitraire.
Le CULTE RÉVOLUTIONNAIRE A SENS EN l’an IL - Ail
milieu de l’an II, il réunit, dans cette intention, dans un recueil qui peut passer pour le rituel du culte de l’Etre suprême tel qu’il était pratiqué à Sens, une série de discours, d’hymnes, d’invocations qui pouvaient s’appliquer aux diverses circonstances de la vie publique et privée. — Le discours sur la religion naturelle, qui ouvre le recueil2, est un exposé de la doctrine. — Toutes les religions sont identiques dans leur essence, «je voudrais pouvoir les respecter toutes, parce que dans le fond je les crois toutes bonnes, puisqu’elles ont toutes pour base l’idée de l’existence de Dieu et l’amour du prochain ». C’est ce fond permanent des religions, qu’il faut savoir découvrir et dégager du fatras des superstitions qui l’ont obscurci. Ainsi réapparaîtra la véritable religion, la religion universelle, ipii un jour réconciliera tous les hommes : « Apôtre de paix, je voudrais pouvoir concilier et réunir tous les esprits en les ramenant tous au même dogme. » Ce dogme unique c’est l existence de Dieu.
« Mais, me dira-t-on peut-être, qu’est-cc que Dieu? Où est-il P Comment existe-t-il P... Frères et amis, si vous
1. « Couplets au sujet du mariage du citoyen B**, prêtre, avec la citoyenne S*** », par le citoyen Benoist-Lamothe, dans les Affiches de Sens (i"Ç)3), p. G4 (Bib. d’Auxerre).