‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 415 sur 519 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

ils, seront accusés de jacobinisme , il y aura surtout scission parmi les ouvriers et désordres dans les ateliers, en ce que les uns voudront être payés le samedi et se reposer le dimanche, les autres préféreront les 9 et 10 de chaque décade..., il y aura incertitude continuelle dans le commerce, le marchand n’étant point assujetti par le gouvernement à ouvrir ou fermer sa boutique à des jours fixes... », en un mot, on avait fourni « un moyen de plus à l’intrigue des réfractaires pour rétablir la domination d’une religion intolérante. » Les catholiques se persuadaient en effet que l’intention du gouvernement était « de ramener par degré le règne de la religion catholique1 ».

Le 10 thermidor, à Paris, la moitié des boutiques furent fermées et le plus grand nombre surtout le soir, à l’heure de la promenade, mais, à Versailles, toutes les boutiques furent ouvertes. Des jeunes muscadins en troupe se promenèrent dans les principales rues de Paris, semblèrent prendre note des boutiques fermées et injurièrent leurs propriétaires du nom de jacobins2.

Le 29 thermidor, second décadi après l'arrêté, les bulletins de police constataient que « l'intrigue des prêtres zélés avait réussi au gré de leurs vœux». « Hier, toutes les boutiques ont été ouvertes et le public en a conclu que désormais on suivrait pour les jours de fêtes le rite du culte catholique. » Le 20 fructidor, qui était à la fois un décadi et un dimanche, les marchands qui avaient ouvert leurs boutiques durent la fermer, parce qu’on les traitait d’ « athées ». Dans toute la France, les républicains, ne se sentant plus soutenus par le pouvoir, cessèrent de chômer le décadi. Pourtant les cérémonies décadaires ne disparurent pas complètement. Jusqu’au Concordat, quelques municipalités zélées continuèrent à se réunir au « temple » le décadi et à porter à la connaissance du peuple les lois

1. Bulletin de police du 9 thermidor an VIII (Arch. nat., F" 8701). Les détails et citations qui suivent sont empruntés à la même source.

2 Bulletins de police des 11 et i3 thermidor an VIII.

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CHUTE DU CULTE DÉCADAIRE

nouvelles1. L’idée que le gouvernement devait rendre compte de ses actes aux citoyens et en donner les raisons, était si fortement ancrée dans les esprits qu’on la trouve formulée jusque dans les bulletins de police. On lit par exemple dans celui du 9 fructidor an YII ces regrets suggestifs :

« Dans la plupart des communes de campagne, le temple décadaire ne tient plus, ou les administrés ne s’y rendent point. Beaucoup d'entre eux ne savent pas lire. De là, il résulte que les lois et arrêtés du gouvernement, quoique affichés, restent ignorés et l’impulsion n’est plus donnée aux esprits par le gouvernement, on ne voit, 011 n’entend que par l’organe de quelques hommes, dont une partie cherche plutôt à égarer l’opinion. Ne pourrait-on pas ordonner que la lecture des actes du gouvernement serait faite par le maire de chaque commune dans la chaire de l’église, à la suite de l'office ? Il importe du moins que le gouvernement adopte un mode quelconque pour faire connaître aux administrés sa pensée et ses actes... »

Le gouvernement n’était nullement disposé à se rendre à un tel vœu. Il se souciait plus que médiocrement de faire connaître sa politique à ses administrés et de paraître présenter ses actes au contrôle de l’opinion publique. Les régimes démocratiques seuls ont de ces préoccupations.

Les dernières fêtes nationales. — Quant aux deux fêtes nationales qui subsistaient encore, celles du 1 4 juillet et du icr vendémiaire, elles perdirent de plus en plus leur caractère moral et patriotique pour devenir, dès l’an IX, de pures réjouissances foraines.

La fêle du 1/1 juillet fut transformée en fête de la Concorde2. Lucien Bonaparte en rédigea le programme pour l’an VIII3. Au chef-lieu de chaque département, devait être posée par le préfet la première pierre de la colonne départementale, dont l’arrêté du 29 ventôse avait ordonné

1. Par exempte la municipalité de Beauvais. Scioul, Le Directoire, IV, p. 4 1 4.

2. Son titre officiel est Fête du i4 juillet ou de la Concorde.

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