‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 437 sur 519 · Qu est-ce que la Théoph. ? p · texte numérisé non relu

Qu est-ce que la Théoph. ? p

2. Qu’est-ce que la Théoph. ? p. 67. Rappelons que la brochure Qu'est-ce que la Théoph. ? comprend : 1“ le mémoire proprement dit adressé à la société de Harlem et composé à la fin de l’an Vil (p. 1- 3g) ; 2° des notes composées à latin de l’an l\, au moment où Chemin fit imprimer son mémoire qui porte la date de l’an V

64o LES DERNIERS ,IOl US DE L/V TIIKOI'I MLANTII ROPI E

gines et il s’était efforcé particulièrement de l’épurer des additions politiques que Siauve y avait introduites après le iS fructidor. Les tliéopliilanthropes avaient maintenant à cœur de répondre à l’éternel reproche qu’on leur adressait de former une société plus politique encore que religieuse.

Fêtes morales substituées aux eûtes politiques. — Aussi longtemps que le Directoire s’était montré fort et que le vent avait été aux institutions républicaines, ils avaient dédaigné l’accusation et même ils y avaient prêté le liane, en donnant l’exemple de célébrer comme leurs l'êtes propres les fêtes du calendrier républicain. Le décadi devenu suspect et impopulaire après le 3o prairial, les tliéopliilanthropes abandonnèrent les fêtes républicaines elles remplacèrent par des fêtes morales. C’était à peu près vers le même moment qu’ils renonçaient à leur nom de théopbilanlbropes, ridiculisé par un calembour, qui avait fait fortune, et qu’ils adoptaient le nouveau nom d'amis de la religion naturelle.

\ ers l’époque de l’ancienne fête catholique de la Toussaint, ils célébrèrent au temple de la Reconnaissance (Saint-Germain l’Auxerois), le i5 brumaire an VIII, une fête religieuse et sentimentale consacrée à la mémoire de nos aïeux1. Peu auparavant, le G fructidor an Ail, ils avaient organisé dans le même temple « une fête à l’humanité bienfaisante », au profit des habitants de Saint-Claude qu’un grand incendie avait réduits à la misère2.

i. D’après la Gazelle de France du 18 brumaire an VIII (dans Aulard, Y, p. 786).

y. Le programme en fut imprimé sous ce Litre: Fêle à l’humanité bien faisante à l’occasion de l'incendie de la commune de Saint-Claude, qui se célébrera le 6 fructidor an i II de la République dans le temple de la Reconnaissance (Germain l’Auxerrois),~h midi précis; de l’impr. du Cercle social, in-8. Bibl. nat., Lb4-’ 2466. — Une urne funéraire ombragée de cyprès, reposait sur un autel portant sur ses faces ces quatre inscriptions : « I. Hommes bienfaisants, vous êtes leur espoir ; — II. Assez longtemps ils ont pleuré sur leur infortune ; — III. Que nos mains secourables relèvent leurs toits embrasés ! — IV. Aux mânes des victimes de l’incendie. » Près de l’autel, un groupe d'habitants de Saint- Claude portaient des branches de cyprès à la main. Le discours fut

FÊTES MORALES

Pendant le cours de l’an VIII, les théophilanthropes du temple de la Reconnaissance célébrèrent une fête à la Tolérance le i5 frimaire, une fête aux Bonnes mœurs le i5 nivôse et la fête anniversaire du rétablissement de la religion naturelle le 26 du même mois. Les programmes en furent imprimés3.

Fête de la Tolérance. — - A la fête de la Tolérance, l’autel fut surmonté d’une corbeille « parsemée d’oliviers », autour de laquelle courait une banderolle avec ces mots : « A la Tolérance, seul moyen d’entretenir l’union parmi les hommes. » En avant de l’autel, un socle portait huit petits drapeaux chacun avec une inscription différente : « Disciples de Zoroastre, disciples de Confucius, juifs, catholiques, protestants, mahométans, brames, quakers. » D’autres inscriptions ornaient les murs du temple : De quel droit ne verrions-nous pas des frères dans tous les hommes, puisque le Créateur les chérit tous comme ses enfants ? — Les différences qui existent entre les cultes ne sont que des différences de formes et d'opinions, sur lesquelles aucun homme n'a droit d'en inquiéter un autre; gardonsnous de haïr ceux qui ne pensent pas comme nous, encore plus de les persécuter. — Adorons Dieu dans la sincérité de

entrecoupé par un hymne de circonstance composé par Cubières et mis en musique par Beauvarlet-Cbarpentier :

Üù vont-ils, ccs infortunés, Pressés par des flammes ardentes?

Je vois les toits abandonnés.

Je vois des familles errantes, Sommes-nous aux plaines d’Enna, Non loin de ces tristes murailles, Est-ce le formidable Etna Qui vomit ses noires entrailles ?

Vous que l’Éternel décora D’une superbe chevelure,

Sapins altiers qui, du Jura,

Étiez la plus belle parure.

Hélas, qu’ètes-vous devenus ?

Une stérile et vaine cendre Des monts antiques et chenus L'œil du jour vous a vus descendre !

Le lecteur se rendit, accompagné d’un cortège, au pied de l'autel et fit une apostrophe aux mânes des victimes Un entonna un Hymne aux mânes de l’incendie, dû à. un auteur anonyme, et la cérémonie se termina par une collecte.

3. Fête à la Tolérance qui sera célébrée le t5 frimaire an VIII dans le temple de la Reconnaissance ( ci-devant Germain VAuxerrois) , à midi précis ; in-8, 4 p. , Bibl. nat., Lbt:t 4o3 ; — Féteaux bonnes mœurs et fête anniversaire du rétablissement du culte de la religion naturelle, qui seront toutes deux célébrées dans le temple de la Reconnaissance (ci-devant Germain VAuxerrois), à midi très précis, la première le i5 nivôse proehainetla seconde le 2.5 du même mois ; in 8, 4 p. Arch. nat., ADXYII49.

Mathiez. 4i

nos cceuraet vivons en paix avec tous nos frères, quelle que soit la manière dont ils l'adorent. — Éclairez, mais ne contraignez pas, c’est le seul moyen d’extirper des opinions que l'on croit dangereuses. Après le chant de diverses hymnes du rituel et après le discours, le lecteur suivi des administrateurs vint, « aux sons d’une musique douce et touchante », se placer sur une estrade et réciter une courte formule. Le chœur entonna l’hymne à la Tolérance :

Si Dieu, sur tout ce qui respire.

Aime à répandre ses bienfaits,

Enfants des hommes, quel délire Tous porte à de cruels forfaits ?

Voyez dans tout mortel, votre ami, votre frère.

A ce vers, les administrateurs détachèrent les 'huit drapeaux de leur socle, les présentèrent au lecteur qui en lit un faisceau et le déposa en avant de la corbeille de l’autel, pendant que l’hymne continuait :

Éteignez le flambeau des persécutions,

Au vice déclarez la guerre,

Jamais à des opinions.

Pour des prestiges, des chimères,

Des arguments obscurs et vains,

Hélas ! combien de fois nos pères Dans le sang ont trempé leurs mains !

Au nom d’un Dieu de paix égorgeant leurs victimes,

Ils croyaient devenir bien plus chers à ses yeux Et, cumulant crimes sur crimes,

Se frayer la route des deux... etc.

Fête aux Bonnes mœurs. — Pour la fête aux Bonnes mœurs, les théophilanthropes se mirent moins en frais que pour la fête à la Tolérance. Ils expliquent dans leur programme que la fête « toute sentimentale perdrait considérablement à sa célébration, s’il fallait qu’on la fit consister dans les cérémonies extérieures». Point de banderolles ni d’inscriptions, ni de scènes plus ou moins symboliques. L’autel porta simplement ces mots : Aux Bonnes

FÊTES MORALES

mœurs. En revanche, pères et mères de famille furent invitées à se porter en foule dans le temple, accompagnés de leurs enfants, « les jeunes époux à côté de leurs jeunes épouses, les mères, qui ont le bonheur d'allaiter, chargées de leur précieux fardeau, les disciples en présence de leurs instituteurs, les amis près de leurs amis, tableau vraiment délicieux pour toute âme qui pense et que les amis delà religion naturelle doivent s’empresser de donner à leurs concitoyens, s’ils sont bien pénétrés de la sublimité de son institution...» Le programme comprenait, entre autres morceaux, le chœur d’Athalie

Grand Dieu dans la gloire adorable

Quel mortel est digne d’entrer ?

et un hymne aux bonnes mœurs du citoyen Janet, mis en musique par Beauvarlet-Charpentier :

Du vrai bonheur, ô gage précieux,

O bonnes mœurs ! Que tout vous rende hommage.

Puissiez-vous fleurir d’âge en âge Et vous perpétuer chez nos derniers neveux !

Fête anniversaire du rétablissement de la religion natu relie. — Le 20 nivôse, le troisième anniversaire de la fondation de la secte fut célébré par un hymne de Rallier mis en musique, comme les précédents, parle compositeur ordinaire des théophilanthropes, Beauvarlet-Charpentier. L’hymne de Ballier semble inspirée de très près de certains passages d’Athalie:

Célébrons l’heureuse journée,

Où d’un culte innocent, simple et cher à nos cœurs. Par des amis de Dieu, des hommes et des mœurs. L’auguste loi nous fut donnée.

Puissions-nous dans sa pureté Transmettre à nos neveux cet utile héritage !

Et pour tous les humains puisse-t-il être un gage De paix et de raternité !

044 LES DERNIERS JOURS DE LA THÉOinUEANTHROPlE

Pourrions-nous, Discorde ennemie,

Servant un même Dieu, connaître tes horreurs ?

Ne doit-on pas surtout adjurer tes fureurs.

Quand on a la même patrie?

Propageons les sages liens,

Qu’offre à tous les climats l’aimable tolérance,

Et de l'Etat encore, où nous primes naissance.

Soyons les meilleurs citoyens.

Religion de la nature,

Qui fut et qui sera pour cent peuples divers Et sur ce globe immense et dans tout l’univers, Toujours la même et toujours pure !

Que ta voix fasse en tous les cœurs Du Dieu qui nous créa bénir la bienfaisance Et que le genre humain, dans ta douce influence, Trouve un remède à ses erreurs !

On dut célébrer dans ce même temple de la Reconnaissance, le i5 pluviôse, une fête à la Bienfaisance, mais le programme ne m’en est pas parvenu1.

Fête aux bienfaiteurs de l’ humanité . — Les théophilanthropes du temple de la Victoire (Saint-Sulpice) suivirent l’exemple de leurs coreligionnaires du temple de la Reconnaissance. Le dix de chaque mois, ils célébraient des fêtes aux bienfaiteurs de l’humanité. Le io prairial an VIII, ils firent l’éloge de Socrate, le io messidor celui de J. -J. Rousseau, le io thermidor celui de Fénelon, le io fructidor celui de Barthélemy de Las Cazas. En germinal, ils avaient mis au concours ces éloges historiques et fait paraître dans les journaux républicains un appel aux littérateurs bénévoles2. Ceux-ci étaient seulement avertis de ne pas perdre de vue que les théophilanthropes formaient

1. La fête est seulement annoncée à ta fin du programme delà fête aux Bonnes mœurs.

2. Le Journal des Hommes libres l’inséra dans son n° du 3o germinal. L’Ami des Lois y fit allusion dans son n° du 9 floréal, mais protesta contre les honneurs accordés à Las Cazas : « On prouve aujourd'hui que Las Cazas fut l’inventeur de la traite des nègres et que la première levée de noirs qu’il provoqua fut de 4 OOO. Mais qu'importe? L’éloge commandé est fait, il sera prononcé:

Combien de Dieux qui ne sont pas même hommes ! »

FÊTES MORALES

une « société essentiellement paisible et amie de la vérité », que leur but était « de provoquer les idées libérales et les sentiments vertueux sans prendre parti pour ni contre une secte ». Ils devaient envoyer leurs éloges un mois au moins à l’avance au citoyen Drouet, « instituteur au collège de Navarre», qui remplissait probablement les fonctions de secrétaire au conseil du temple. Selon toute apparence l’appel des théophilanthropes fut entendu b Programme des fêtes morales de l’an IX au temple de l 4 Victoire. — A la fin de l’an VIII, le conseil du temple de la Victoire fixa le programme des fêtes morales, qui seraient célébrées chaque décadi de l’année suivante"1 2. La liste en est instructive. L’exercice du io vendémiaire an IX était consacré au Théisme 3, du 20 à V Utilité des réunions religieuses et morales, du 3o aux Vertus de Marc Aur'ele'' , du 10 brumaire à la Mémoire de nos aïeux et de nos parents et amis décédés, du 20 à la Morale universelle, du 3o à V Héroïsme de Guillaume Tell, du 10 frimaire à la Tolérance, du 20 au Courage, du 3o à V Active bienfaisance de Vincent de Paul, du 10 nivôse à la Bienfaisance, du 20 à VUnion des familles, du 3o au quatrième anniversaire du rétablissement du culte public de la religion naturelle, du 10 pluviôse à la Piété filiale, du 20 à la Philosophie, du 3o à la Sagesse de Confucius, du 10 ventôse aux Bonnes mœurs, du 20 aux Bons ménages, du 3o au Courage de Barneveldt et de son épouse, du 12 germinal à la .Jeunesse, du 20 à la Bonté Paternelle, du 3o aux Vertus publiques de Sully, du 10 floréal à Y Amitié, du 20 au Printemps, du 20 au Géné-

1 C'est du moins ce qui résulte du passage cité de L'Ami des Lois du 9 floréal : « L’éloge (de Las Gazas) commandé est fait, il sera prononcé. »

2. Voir la brochure citée Ordre des fêtes religieuses et morales. ■■

3 Ils avaient déjà célébré une fête au théisme, le 3o floréal an VIII , d’après le Journal des Hommes libres ( \ 11 lard, Paris sous le Consulat ,

4. En annonçant cette fête dans son n° du 29 vendémiaire an IX, la Garetle de France fit suivre l avis de celte réflexion : « C’est toujours une nouveauté pour ceux qui connaissent la valeurdes motsque l’assemblage de religion avec l’adjectif naturelle... »

veux dévouement d'Eusiache de Saint Pierre, du 10 prairial à Y Amour de la patrie, du 20 au Travail, du 3o à la Tolérance de Fléchier, du ro messidor à Y Agriculture, du 20 à la Simplicité des mœurs, du 3o aux Vérités utiles publiées par Voltaire, du 10 thermidor aux Bienfaiteurs de /'humanité, du 20 à la Liberté civile et religieuse, du 3o aux Vertus d’Aristide, du 10 fructidor à la Vieillesse, du 20 à Y Instruction, du 3o à la Philanthropie de Guillaume Penn. On remarquera que parmi les anciennes fêtes républicaines, il ne figure sur celte liste que les fêles de la Jeunesse, de Y Agriculture et de la Vieillesse. La liste n'était d’ailleurs pas arrêtée une fois pour toutes. L’avertissement en faisait l’observation. «A l’exception de quelques sujets moraux, dont l’importance exige qu’ils soient traités chaque année, les mêmes fêtes ne reviendront en général qu’une fois tous les trois ans. » Mais l’ordre fixé ne devait être modifié que pour des raisons sérieuses, par exemple, « pour des actions de grâces en l’honneur de la paix ou de tels événements dont les amis de l’humanité et de la patrie auraient à s’applaudir ». Enfin les théophilanthropes prenaient la précaution de définir le véritable caractère des fêtes, qu’ils instituaient en l’honneur 'des grands hommes: «S’ils honorent quelques fois la mémoire des hommes qui ont bien mérité de l’humanité, ils n’en font ni des dieux ni des patrons, ils ne les célèbrent pas par de pompeux panégyriques, ils exposent avec candeur et simplicité les fautes qui ont pu échapper à leur faiblesse, comme le bien qu’ils ont pratiqué. »

Les résultats. — Regain d’activité de la secte. — - Cette réorganisation de la secte par Chemin et ses amis porta ses fruits. La messe des théophilanthropes, qui n’avait fait que végéter depuis le 3o prairial an VIT *,

J. Après le 3o prairial, les rapports du Bureau central, auparavant

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