DERNIÈRES POLÉMIQUES
Pasteurs d’indociles troupeaux.
Mais vous n’avez pas, pour leur faire Adopter vos dogmes nouveaux La tactique de Robespierre Et l’argument des échafauds !
Pour prêcher votre liturgie A la façon de Mahomet,
Ce sont des sabres qu’il faudrait,
Un esprit vaste et du génie,
Vous n’avez pas sous vos drapeaux Deux cent mille missionnaires Pour battre et convertir vos frères Et vous n’ètes pas des héros.
Mais, de Jésus et de Moïse,
Pacifiques imitateurs.
Comme eux vous avez pour devise « 11 ne faut point forcer les cœurs. » Vos prêtres aux lèvres de rose,
Pour ébranler leurs auditeurs,
N’ont que des moyens enchanteurs Et vous voulez, je le suppose,
N’avoir que des adorateurs Avec connaissance de cause.
Mais, c’est un bien mince orateur Que le plus célèbre des vôtres1.
Le clergé de votre bas-chœur Vaut le prince de vos apôtres.
Vous imprimez et quand on lit Vos mandements el \os harangues.
Beaux sacristains sans contredit Vous n’avez pas le don des langues Ni le souffle du Saint-Esprit.
Vous visez peut-être au martyre Dans votre sainte ambition Et votre secte ne désire Qu’un peu de persécution.
Hélas! il n’est personne en France Qui daigne être persécuteur,
Et l’on vient, pour votre malheur, De décréter la tolérance.
i. Dubroca.
Mathiez.
11 n’est qu’un moyen entre nous D’illustrer votre cathédrale,
C’est d’y faire un peu de scandale On pourra s’occuper de vous.
J’en suis honteux, on vous ignore A quatre pas de votre parvis,
Et Paris ne sait pas encore Que vous existez à Paris.
Plus d’un prêtre de votre église, Les décadis, incognito,
Dans le désert, en Jean nouveau, Instruit, sermonne, catéchise Et ne parle qu’à son écho.
Mais si, dans un zèle héroïque, Pour votre Dieu, pour son amour.
Vous vous permettez quelque jour Quelque fredaine apostolique.
Messieurs (dans ce siècle hérétique Qu’a des procédés si doux P)
Les bûchers de Saint-Dominique Ne s’allumeront pas pour vous.
11 est des inquisiteurs pires Que ceux de Rome et de Goa,
Je vous vois menacés déjà Du plus terrible des martyres,
De celui des malins couplets,
Des calembours, des quolibets,
Et je redoute pour nos âmes Le supplice des épigrammes Et l’autodafé des sifflets.
Fermes dans votre foi nouvelle, Résignés à souffrir pour elle, Envisageant tout du même œil, Au dieu chanté dans vos offices Vous ferez tous les sacrifices, Jusqu’à celui de votre orgueil ;
Et, supportant dans le silence La croix de tous vos déplaisirs, Vous aurez même la constance D’être de burlesques martyrs.
Pour amuser la médisance,
Bravo, Pontifes innocents!
Fêtez les saints de votre église, Honorez-les à votre guise,
Et moquez-vous des mécréants,
DERNIÈRES POLEMIQUES 65g
Brûlez surtout, beaucoup d’encens,
Ne ménagez pas les chandelles.
Moi, j’aime à voir de grands enfants Jouer aux petites chapelles.
Le poète eut la cruauté d’ajouter à son épître cette petite note : « On a oublié jusqu’au nom des théophilanthropes. Je désire que ces petits vers, inédits jusqu’à ce jour, puissent rappeler qu’ils ont eu quelques mois d’existence. »
Chemin, plus maître de lui d’ordinaire, perdit son sang-froid, en lisant « cette violente diatribe » . Il y répliqua avec violence, rappelant les dragonnades, les autodafés, opposant à la simplicité de la religion naturelle, « les grands et les petits cierges du catholicisme '».
Les protestants ne manquèrent pas de faire entendre leur voix dans ce concert d’attaques contre la théophilanthropie. Un pasteur déclama contre elle « avec virulence», et mit les théistes sur le même rang que les athées. Chemin, cpû assistait au prêche, ne revint pas de son étonnement. Dans son indignation, on le vit reprocher aux protestants les « boucheries de la Bible », le sacrifice d’Abraham, etc. A
Les DERNIÈRES RÉUNIONS DES THÉOPHILANTHROPES A PARIS.
— Ces polémiques, la nouvelle de la négociation du Concordat ne pouvaient manquer de rendre à la théophilanthropie un renouveau d’actualité. Les dernières réunions de la secte furent assez nombreuses.
Le troisième jour complémentaire an IX, à Saint-Sulpice, les théophilanlhropes entendirent un discours sur la piété filiale et assistèrent à la présentation d’un enfant. Le
1 . Qu’est-ce </ue la Théoph. ? note g, p. 68-tig. Chemin regretta d’ail leurs la vivacité de sa réplique et s'en excusa : « Je voudrais n'avoir écrit ni cette note ni la dernière partie de la précédente. Mais comme il est bon, pour avoir la paix de se montrer en état de faire la guerre, j'ai jugé utile de prouver par cette courte réponse aux dernières attaques dirigées contre la théophilanthropie, qu’elle sortira facilement victorieuse de toutes les discussions dans lesquelles les partisans des cultes divers auront l'imprudence de l’engager » (/</., p. 72).