LES DERNIERS JOURS EN PROVINCE
milieu de l’an VIII. Le 20 prairial, leur censeur ayant voulu empêcher les curieux de circuler dans les bas-côtés du temple (l’église Notre-Dame), ceux-ci poussèrent de telles clameurs que les inspecteurs de police furent impuissants à les apaiser. Le lecteur fut forcé d'interrompre l’office et de descendre de la tribune, au milieu des insultes et des buées. A leur sortie, les théophilanthropes furent accueillis par des cris hostiles et reconduits en tumulte jusqu’à leur domicile. La foule leur jeta des pierres et des mottes de terre sur la promenade du Jard '. Pour empêcher le retour de pareilles scènes, le préfet prit un arrêté, précédé de longs considérants, et dont voici les principales dispositions :
« ... I. Le trouble fait à l’exercice public du culte des théopbilanthropes et les excès commis envers les ministres et membres de leur société, le décadi 20 prairial présent mois, seront dénoncés officiellement aux officiers de police judiciaire de la commune de Châlons auxquels, indépendamment du procès-verbal des inspecteurs de police, qui doit leur avoir été remis dans les vingt-quatre heures, seront transmis les renseignements qui nous sont parvenus et nous parviendraient pour la recherche des auteurs et instigateurs de ces excès.
IL Les ministres et sectateurs du culte théophilanthrope sont sous la protection des lois comme les ministres et sectateurs de tous les autres cultes. Le libre exercice de leur culte leur est garanti avec l’assistance de l’autorité publique contre toute atteinte qui y serait portée.
III. En conséquence, il est fait défense à tous sectateurs de culte différent de s’introduire dans le temple des théophilanthropes, pour y porter le trouble et y causer le désordre. Il leur est enjoint en venant être spectateur de leurs cérémonies, d’y assister avec décence sans se permettre aucuns rires, gestes, paroles ni postures déplacées et de se conformer aux dispositions d’ordre et de police intérieure déterminées par les directeurs et ministres de ce culte.
IV. Les d irecteurs cl ministres du culte théophilanthrope donneront de leur côté tous les ordres nécessaires aux citoyens qu’ils préposent au maintien de la police intérieure de leur réunion, sous le titre de censeur ou autre dénomination quel-
1. D’après les considérants de l'arrête préfectoral du i\ prairial an VIII (Arch. de la Marne).
conque, de se conduire avec prudence et modération envers ceux des spectateurs qui s’écarteraient des dispositions del’arlicle précédent, en se contentant de les avertir do se contenir dans la décence et de se conformer aux règles établies et dans le cas d’observations d’en tenir note pour être remise aux commissaires ou inspecteurs de police.
V. Pour empêcher les désordres, tumultes et excès, qui ont eu lieu le 20 de ce mois, de se reproduire, les commissaires ou aucun des inspecteurs de police assisteront tous les décadis aux cérémonies du culte des théophilanlhropes et le maire de la ville de Chàlons pourvoira à ce qu’il soit établi un poste de la garde nationale tous les décadis dans leur temple pendant le temps desdites cérémonies, pour les maintenir clans la liberté de leur culte contre les atteintes que la malveillance ou l’égarement tenterait d’y porter. Ce poste fournira main-forte aux commissaires et inspecteurs clc police pour arrêter et faire conduire à l'instant devant le juge de paix tout citoyen ou étranger qui, résistant à l’ordre établi, se permettrait de troubler le culte ou d’insulter par dérision ou de toute autre manière à ses ministres et sectateurs, après avertissement donné de se contenir dans la décence et le respect.
VI. L’établissement de ce poste aura lieu jusqu’à ce cpie, sur le compte qui nous sera rendu par le maire, nous jugions inutile d’en prolonger le service... 1 »
L’arrêté fut inutile et n’eut pas à être appliqué. Quatre jours après, les théophilanthropes prenaient eux-mêmes l’initiative d’abandonner Notre-Dame, où ils ne se trouvaient plus en sûreté, et demandaient l’autorisation de célébrer leurs offices au temple décadaire, ce qui leur fut accordé par arrêté préfectoral, en date du 6 messidor an VIII:
« Vu la pétition des citoyens exerçant le culte des théopliilanlhropes en la commune de Chàlons, le 28 prairial dernier, tendante à ce que pour le bien de la paix et de l'union entre les citoyens de la même cité exerçant différents cultes, d leur soit accordé pour la célébration de celui qu’ils professent un local différent de celui de Notre-Dame, où les catholiques se réunissent pour l'exercice du leur et dont l’usage commun leur avait été donné par l’arrêté de l’administration centrale du 6 pluviôse an VI ;