LES DERNIERS JOURS EN PROVINCE
Vu l’avis du maire et des adjoints de la commune de Châlons, qui estiment qu'il y a lieu de prendre en considération la demande des théophilanthropes et qui indiquent comme local convenable dont l’usage pourrait leur être accordé, sous diverses limitations, le temple dédié à la Souveraineté du peuple faisant partie des bâtiments de l’école centrale et servant aux réunions publiques dans les fêtes décadaires et fêtes nationales ;
Ayant égard à la demande des citoyens professant le culte des théophilanthropes et prenant en considération les motifs sur lesquels elle est fondée et ceux exposés en l’avis du maire de la commune de Chàlons et de ses adjoints ;
Accordons provisoirement aux citoyens exerçant ledit culte l’usage du temple dédié à la Souveraineté du peuple, faisant partie des bâtiments de l’école centrale, pour y exercer leur culte sous la protection de l’autorité publique et la surveillance de la police aux conditions suivantes :
i° Lesdits citoyens ne pourront entrer dans le local que par le grand portail d’entrée donnant sur la rue, et sa porte latérale donnant sur la cour de l’école centrale sera fermée de manière à éviter toute communication et à supprimer tout prétexte de gêne entre les deux établissements ;
2° Les théophilanthropes seront tenus de conserver et entretenir le temple dans sa propriété, de ne rien dégrader et de n’apporter aucun changement à ses dispositions actuelles non plus qu’aux lustres qui le décorent et qui appartiennent à la commune, à l’autel, aux peintures, gradins et boiseries qui y existent et. ne pourront placer leurs tableaux et les décorations particulières à leurs cérémonies que dans la nef du temple pour ne pas gâter celles existantes dans l’autre parliede l’édilice. . .
3" Ils laisseront le temple libre pour la célébration des fêtes nationales, les assemblées politiques indiquées par la constitution ou par les lois, celles de la société d’agriculture, commerce, sciences et arts, pour les exercices de l’école centrale,
I exposition cl sa distribution des prix et généralement pour toutes les circonstances et dans tous les cas où l’autorité administrative le jugera convenable pour les cérémonies publiques... 1 »
Dijon. — \ Dijon comme à Chàlons, la société théophilanthropique tint scs dernières séances au temple déca-
i. Archives de la Marne.
66'l LES DERNIERS JOIRS DE LA THÉOPHILANTHROPIE
daire. La municipalité lui en avait permis l’usage le 2 germinal an "N III. En floréal an IX, les francs-maçons de la même ville rouvraient la loge de la Concorde1 2.
Bourges. — V Bourges, où elle avait été un moment si florissante, la théophilanthropie disparut en 1801. Les évêques constitutionnels de la région étaient venus, celte année là, tenir un concile métropolitain dansl’église même, dont les théophilanthropes partageaient l’usage avec les catholiques. Grégoire, qui figurait au concile, prononça un réquisitoire contre la secte. Le concile la condamna par un décret formel. « Plusieurs théophilanthropes présents, raconte Grégoire, furent eux-mêmes attendris de la manière courageuse, mais affectueuse et paternelle avec laquelle le concile avait rédigé et promulgué le décret », qui les condamnait3.
Ylïl
Yonne. — Dans l’àonne, où les théophilanthropes étaient particulièrement nombreux, la résistance qu’ils opposèrent à la réaction catholique fut longue et opiniâtre.
Le 3o prairial a Sens. — Benoist-Lamothe et ses amis applaudirent au 3o prairial. Leur journal accusa l’ancien
1. Les francs-maçons dijonnais, avant de rouvrir leur loge, en avaient donné avis à la municipalité qui prit acte de leurs déclarations dans sa délibération du 4 floréal an IX : « Vu la déclaration faite par les citoyens Morland, officier de santé, Chaussier. contrôleur des contributions et Feuchot, peintre, en date de ce jour,
L'adjoint du maire de Dijon, considérant que les déclarants sont connus par leur civisme et leur moralité et que le but de la société, qu’il se proposent de former, ne doit tendre qu’au soulagement de l’humanité,
Arrête qu’il est donné acte aux dits citoyens Morland, Chaussier et Feuchot de la déclaration qu’ils font d’un projet de réunion, dans la maison du citoyen Perrault, place Etienne, sous le titre de Loge maçonnique de la Concorde et qu’il en sera donné avis au commissaire de police... »
2. Grégoire, Histoire des Sectes, I, p. jay. Grégoire a publié ce décret du concile concernant la théophilanthropie J'y ai vainement cherché
trace de bienveillance « affectueuse et paternelle » ( Id ., I, p. 428-