YONNE - LES ARRÊTÉS DE NIVOSE
de l’âge de douze ans au plus » envahit l’église, pilla les emblèmes et accessoires des théophilanthropes et les traîna au dehors1. Une scène du même genre recommença dans la nuit du 25 au 26 nivôse'2 3. Remis en possession des églises, dont ils avaient été dépossédés au cours de la persécution décadaire, les prêtres se retrouvèrent partout en compétition avec les théophilanthropes et les querelles recommencèrent comme après le 18 fructidor. Le préfet, Rougier-Labergerie, s’appliqua longtemps à jouer le rôle d’arbitre entre les deux partis et à tenir entre eux la balance égale. Il eut fort à faire.
En thermidor an VIII, les théophilanthropes de Migé se plaignirent à lui des vexations que les catholiques leur faisaient subir depuis le retour du curé de la commune. Lejour même de son arrivée et de sa première messe, le curé avait fait décrocher l’inscription théophilanthropique: « Nous croyons à l’existence de Dieu et à l’immortalité de 1 âme » et avait accompagné l’acte de commentaires injurieux1. Mais les catholiques se plaignirent à leur tour et le maire, qui leur était acquis, transmit leur pétition au préfet en l’accompagnant de cet avis favorable :
« Citoyen, la commune de Migé est composée de <)6o individus. 900 professent le culte catholique, 60 professent le théophilanlhrope. A peine six se réunissent. 11 n’existe qu’un temple où ces deux cultes s’exercent. Ou peut le disposer de manière à les accorder, en donnant à ceux qui piofessent le culte catholique la grande nef, le chœur, la chapelle de la Vierge au bout d’icelles et la sacristie, à charge par eux de faire leurs cultes depuis la levée (sic) du soleil jusqu’à onze heures et depuis deux heures jusqu’au soir; et aux théophi-
1 . D’après le rapport du commissaire de Flogny au commissaire central en date du a3 nivôse an VIII (Àrch. de l'Yonne).
2. D’après un rapport du commissaire de Flogny au ministre de l’intérieur (Arch. nat. F19 480 Yonne). Le commissaire ajoute, après avoir raconté les laits, que les théophilanlhropes protestèrent en portant à la mairie le citoyen Benoit, ancien commissaire suspendu après le iS brumaire.
3. La pétition des théophilanthropes de Migé au préfet est signée des noms suivants: Jean Sébastien Maurice Edouard Trousseau, François Lamy, (Jabriel Berdin, Romain Finct, Edme (ieorgin, Louis-Pierre Lempereur, !.. Dantin, 1*. Chatelard (Arch. de l’Yonne).
lanthropes la nef dite des cloches avec la chapelle dite Saint- Sébastien, les placards dits dessous les cloches pour tenir leurs ornements et l’entrée du temple depuis onze heures du matin jusqu’à deux heures après midi, seul moyen d’éviter la confusion dont se plaignent les citoyens de Migé par leur pétition '... »
Le préfet n’accepta pas les propositions du maire. Il se refusa à confiner les théophilanthropes dans une partie de l’église. Son arrêté1 2 resta dans le vague :
« L’usage du temple de la commune de Migé sera commun entre les citoyens de la même commune pour en jouir de la totalité ou en partie, ainsi qu’ils aviseront, pour l’exercice de leurs cultes, quels qu’ils soient... » De même, en fixant les heures des deux cultes, le préfet fit aux théophilanthropes la part plus large que le maire ne l’avait voulu. Au lieu de leur laisser trois heures seulement de n à 2, il leur en accorda cinq, de 10 à 3.
L’arrêté du 7 thermidor et ses conséquences. — Les querelles qui s’étaient produites à Migé se renouvelèrent dans tout le département. Depuis que l’arrêté du 7 thermidor avait supprimé l’obligation de chômer le décadi, les théophilanthropes avaient dû reporter leurs cérémonies au dimanche pour conserver des fidèles. La concurrence des deux cultes n’en fut que plus ardente, car jusque là théophilanthropes et catholiques ne s’étaient trouvés en contact direct que les jours qui se trouvaient être à la fois décadi et dimanche.
Le préfet consulte Fouché. — Le préfet s’émut des rapports qu’on lui faisait et demanda conseil au ministre de la police par la lettre suivante :
« Auxerre, le 25 thermidor an VIII.
Le préfet du département de l’Yonne au ministre de la police générale.
Citoyen ministre, les dispositions de l’arrêté des consuls du 7 thermidor, relatif à la faculté de travailler les décadis comme