YONNE - L’ARRÊTÉ DU 7 THERMIDOR
les autres jours, a excité dans plusieurs villes chefs-lieux, une fermentation clans les opinions, cjui me parait préméditée. Les sectaires du culte théophilanthrope à Auxerre, Sens, Saint-Florentin ont annoncé vouloir se réunir les mêmes jours que les catholiques, c’est-à-dire les dimanches. Dans les églises où les deux cultes s’exercaient, il y avait des heures déterminées; mais comme les théophilanthropes ne s’assemblaient que les décadis, les catholiques n’avaient à supporter cette concurrence que les jours où le décadi était un dimanche.
De plus, les théophilanthropes veulent absolument jouir du chœur de la cathédrale, que F ex-administration municipale leur avait accordée ; le maire et adjoints ont cru devoir suspendre cette occupation pour éviter la célébration simultanée des deux cultes.
Le nombre des théophilanthropes est grandement disproportionné avec celui des catholiques ; ceux-ci se croient plus particulièrement appuyés par le gouvernement. Depuis l’arrêté même du 7 thermidor, ils alîeclenl une intolérance marquée et repoussent toute espèce d’union et de concurrence. Les autres invoquent la liberté des cultes et la Constitution, réclament le droit de célébrer tous les jours leur culte, c’est-àdire de se trouver constamment en présence des uns et des autres; les maire et adjoints semblent même craindre de la violence si les théophilanthropes s’obstinent à vouloir occuper le chœur de la cathédrale.
A Saint-Florentin, quelques sectaires du culte théophilanthrope avaient annoncé des menaces et des violences de la part des catholiques. Le maire s’est transporté sur les lieux, où un juge de paix avait annoncé que se passait la scène ; il n’y a vu que des citoyens occupés à jouer et à danser ; il m’annonce que les sectaires du culte théophilanthrope s’en sont plaints à vous, il craint même que, n’ayant pu le convaincre de la réalité d’aucune violence ou insulte, on n’arrache clandestinement les signes du culte théophilanthrope et qu’on attribue ensuite cette voie de fait aux catholiques.
L’expérience de tous les temps a convaincu les magistrats, étrangers à ces passions, que le meilleur moyen de faire taire les débats des sectes était de ne pas s’en occuper. Cependant je crois devoir vous proposer de m’autoriser spécialement à déterminer, de concert avec les maires de chaque commune, les lieux et heures pour l’exercice des cultes dans les communes où il n’y aurait qu’un seul temple et à désigner un local à chaque secte, partout où il serait possible de les séparer, en se déterminant par le nombre effectif des sectaires, d’après les déclarations des maires et adjoints.
Par ce moyen on préviendrait les désirs ou les desseins de troubler l'ordre public, on éviterait de mettre en présence les sectaires intolérants. J’attends votre décision le plus tôt possible.
Salut et respect.
Rougier-Labergerie 1 . »
Fouché répondit au préfet que la loi du 11 prairial an III, toujours en vigueur, lui donnait le droit absolu de fixer les heures des différents cultes.
Le préfet, qui avait déjà fait usage de ce droit, ainsi qu’on l’a vu, continua d’en user avec modération et impartialité. Les deux partis lui rendaient la tâche difficile.
Les théophiles de Sens. — La théophilanthropie sénonaise s’était réorganisée après le 18 brumaire, à l’exemple de la théophilanthropie parisienne. Aux anciennes fêtes républicaines, Benoist-Lamothe avait substitué des fêtes morales. Ses disciples, qui s’appellent maintenant Théophiles ou Adorateurs, célébrèrent, le 10 pluviôse an "VIII, une fête à la Tolérance2 3 4 5, le 10 prairial une fête au Monothéisme ou Fête-Dieu ;i. Ils ne renonçaient pas pour cela à prendre leur part du deuil ou des joies patriotiques, car le 20 messidor, ils organisaient une pompe funèbre en l’honneur du brave Desaix1.
En thermidor, ils entrèrent en conflit avec la municipalité. Ils avaient demandé la permission de reporter leurs offices du décadi au dimanche. La municipalité leur répondit par un refus formel et accompagna son refus d’attendus désobligeants : « attendu que toute la ville voit du plus mauvais œil une association qui trouble son culte1’.. » Dans leur pétition, les théophilanthropes, ne voulant point « gêner leurs frères les catholiques », avaient demandé que la cathédrale leur fût remise le dimanche après