EPILOGUE
D. Con naissez-vous des familles où le culte théophilanthropique primitif se soit perpétué jusqu’à nos jours?
1t. Oui, j’en connais plusieurs, notamment la famille d'un notaire dans le Cher.
D. Comment les protestants ont-ils accueilli votre tentative ?
R. En général ils se sont montrés peu sympathiques. Je suis pourtant lié avec quelques pasteurs.
D. Croyez-vous que la théophilanthropie renaîtra un jour?
R. L’heure n’est pas aux religions. Notre société est rongée par la plaie de l’utilitai isme. Elle est divisée en trop de coteries. Je ne crois pas qu’elle puisse s’enthousiasmer de sitôt pour une grande œuvre. Pour ma part, j’ai renoncé depuis 1890 à restaurer la théophilanthropie... »
J’ai quitté M. Décembre sur ces paroles désenchantées.
Un nouvel apôtre, M. Camerlynck. • — M. Décembre aurait-il désespéré trop tôt? Sait-il que sa tentative est reprise en ce moment même par un ancien ollicier, « qui consacre les loisirs de sa retraite à faire de la propagande en faveur de ses idées et dont le rêve est de reconstituer la religion théiste1 ? » M. Henri Camerlynck, c’est le nom de ce citoyen courageux, après avoir commencé sa prédication à l’Académie des sciences, des lettres et des arts d’Amiens 2, vient de faire paraître son manifeste dans un gros volume intitulé Théisme 3. J’ignore si ce nouvel apôtre sera plus heureux que les précédents, mais que ces apôtres se révèlent encore à notre époque, cela montre une fois de plus que dans certains milieux, la tentative du libraire Chemin correspondait à des besoins réels, reflétait des sentiments sincères.
1. Renseignement obligeamment fourni par son fils, professeur au lycée de Nancy.
2. Académie des sciences, des lettres et des arts d’Amiens : La ihéophilantkropie et les théophilanthropes , discours de réception, prononcé le il juin 1897 par Henri Camerlynck. Amiens, 1897, 32 p.
3 Paris, Fischbachcr, igoo, in-8.
Vu ET LU :
en Sorbonne, le 3 juin iÇ)o3, par le doyen de la Faculté des Lettres de l Université de Paris,