D’après Grégoire, Histoire des Sectes, I, p
CONCLUSION
Conclusion. — Nous arrêtons ici l’analyse des nombreux projets de culte civique élaborés au début du Di rectoire.
Ces exemples suffisent, pensons-nous, pour autoriser ceLle conclusion :
Devant l’impuissance des po uvoirs publics à donnera la République les institutions morales et religieuses capables de la sauver du péril royaliste et catholique, capables aussi de restaurer les mœurs publiques et privées fortement compromises sous la réaction thermidorienne1, les patriotes de toutes les nuances s’accordent à souhaiter l’organisation d’un culte civique, dont le déisme serait la base.
L’idée s’impose de plus en plus aux esprits que la Révolution est une question morale et non plus seulement une question politique. Deux fois de suite, en l’an V et en l’an VI, l’Institut mettra ce sujet au concours : « Quelles sont les institutions les (tins propres à fonder la morale d’un peuple"? »
On se rend compte que ces institutions ne doivent pas être seulement l’œuvre de l’Etat, mais aussi des individus. De plus en plus, les réformateurs délèguent aux « pères de familles » le sacerdoce moral qu’ils attribuaient jusque-là aux « magistrats ». C’est de la famille plus que de l’ÉLat qu’ils attendent maintenant la formation de l’esprit républicain.
L’an IV est rempli par leurs tentatives infructueuses pour donner la vie à leurs conceptions.
A Sens, à Toulon, à Paris, les patriotes se rapprochent el s'efforcent de réaliser leur union sur une formule commune. La théophilanlbropie, si on peut dire, est dans l’air. Loin de surprendre les contemporains, elle leur paraîtra arriver à son heure. Les attaques passionnées
i. Quinet a dit assez justement que la « plupart des conventionnels furent saisis de ce que l’un deux appela un effroi moral à la pensée d’un peuple hier croyant, pratiquant, subitement privé de toute loi et de tout culte. » Quinet, éd. du centenaire, 11, p. 7(1.
•à C’est Bernardin de Saint-Pierre, un théophilanthrope, qui fera le rapport sur le concours.
78 LES PRÉLUDES DE LA TIlÉOPIIILANTHROPtE
qu’elle provoquera de la pari des catholiques et des contrerévolutionnaires, les espérances enthousiastes qu’elle fera naître chez les patriotes prouvent assez qu’elle était attendue, qu’elle répondait à des besoins réels.
Les historiens, libéraux ou non, qui croient l’avoir fait suffisamment connaître, en la traitant « d’invention factice », de « pitoyable ou sacrilège comédie », etc., prouvent simplement ou l’insuffisance de leur esprit historique, ou leur parti pris confessionnel, ou les deux choses à la fois.