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Entre temps, l’orchestre des aveugles continuait à prêter son concours aux ‘fêtes nationales1. C’est au même endroit, qui reçut quelques modifications d’installation, qu’eurent lieu, quelques mois après, les premiers exercices du culte des théophilantliropes.
En réunissant ses efforts à ceux de Chemin, Haüy ne faisait en somme que continuer son œuvre d’éducation et de relèvement des misérables et des déshérités. Son ardente charité ne pouvait se concentrer seulement sur ses semblables privés de la vue sensible, elle allait naturellement à ses nombreux aveugles voyants, à ces Français privés de la vue intellectuelle, toujours enfermés dans la nuit du dogme.
Très probablement franc-maçon 3 comme Chemin, il avait embrassé avec une ferveur singulière la cause de la Révolution. « Esprit ardent, né avec des facilités et croyant tout possible4 », il n’avait pas douté, avec les hébertistes2, que la ruine du catholismene fut chose facile et praticable. Sous la Terreur, on le trouve parmi les plus déterminés. Il joue un rôle actif dans la Révolution du 3i mai. Membre du comité révolutionnaire de l’Arsenal 5, c’est « un des plus violents agitateurs de la section 6 ». On l’accuse même — mais semble-t-il sans preuves — d’avoir provoqué, lors des massacres de septembre, au meurtre de l’abbé Sicard, l’instituteur des sourds-muets, avec qui il avait eu des
1. Ils parurent, par exemple, à la fête de la Vieillesse, d’après le Rédacteur du 23 fructidor an IV.
2. Les protocoles des lettres et cartes officielles de l’Institut des aveugles portent un timbre figurant une sorte d’emblème maçonnique. Ainsi les billets d’invitation envoyés au Directoire pour l’inauguration du théâtre d’éducation sont marqués d’un soleil, au centre duquel apparaît un triangle avec ces mots : « Amis. »
3. Rapport de police. Arch. nat., **F7 4282. — Le même rapport, très défavorable à Haüy, dit pourtant qu'il se jeta dans la Terreur, « croyant peut-être faire le bien ».
4. Baudot, dans ses Notes (p. 24 1), le range dans la faction d’Hébert.
5. Les Célestins. que Haüy occupait avant de s’établir aux Catbcrinettes, étaient situés dans la section de l’Arsenal.
fi. Arrêté du 5 prairial an III, par lequel la section de l'Arsenal désarme Haüy. Bibl. de la V. de P., nouvelles acquisitions, n° 2q5 du
catalogue Gharavay.
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démêlés1. Il l'u l mules fondateurs de la société populaire, L Harmonie s épia le , qui tenait ses séances dans une dos salles de son institution2. Désarmé après les journées de prairial, il fut tenu pour dangereux par les thermidoriens et même un instant incarcéré3. Du moins, comme tant d’autres, il ne fit pas amende honorable et n’abjura pas ses convictions. Si on en croit le rapport de police déjà cité, « depuis sa mise en liberté, il n’aurait cessé de fréquenter les partisans de la Terreur, ainsi que le prouvent les pièces trouvées chez Babeuf, où il était désigné pour être membre de la commune de Paris ».
Peut-être a-t-il vu dans le Manuel des théoanthmpophiles la réalisation de la pensée des panlhéonistes, et croyait -il, en rendant public le culte de famille, inauguré par Chemin, reprendre avec plus de chances de succès l’ oeuvre d’éducation sociale avortée en floréal par la mauvaise volonté du Directoire et par l’arrestation des Egaux !
Nous connaissons maintenant les deux fondateurs de la théophilanthropie, si différents par le caractère et par les opinions politiques; celui-ci, esprit prudent, modéré, aimant la précision et s’intéressant [tins aux détails pratiques qu’aux vastes théories ; celui-là, âme d’apôtre, éprise d’idéal, ne doutant jamais d’elle-même et se plaisant naturellement aux entreprises grandes, belles et hardies. La même haine profonde du catholicisme, la même foi au progrès, réuni t ces deux hommes qui se complètent l’un l’autre.
L’association de ce terroriste et de ce girondin est significative. Elle symbolise assez bien la nouvelle église qui se donnait pour « une institution de paix sociale4 * *» et montrait dès le début qu’elle ne mentirait pas à scs promesses.
1. Sicard d’ailleurs rie périt pas dans les massacres de septembre.
2. Les règlements de cette société, arrêtés le 17 juillet 1793, se trouvent imprimés à la Bib. nat., L b 1,1 2092.