I..Y PREMIÈRE SOCIÉTÉ TÏIÉOPHILANTHROPIQT.’E
Ces curés roui/es comme on les appelait, avaient déjà mis sans doute leur parole au service du culte de la raison et de l'Etre suprême, et, en montant à la chaire à prêcher des théophilanthropes, ils ne durent pas éprouver un grand changement. Ils crurent simplement se rapprocher davantage de leur ancien métier.
Parmi les lecteurs et orateurs des premières réunions théophilanthropiques, on voyait encore des anciens magistrats comme Marquet des ex-jurés du tribunal révolutionnaire comme Maire 3, de bons bourgeois comme Duuivier, Froment, Préat, Gobain, Laurisset, Goujon, etc. Retenons seulement que ces premiers adhérents étaient en grande majorité des gens de tout repos. C’est à eux que Chemin songeait quand il rédigea cet appel : « Tous ceux qui veillent des mœurs sans bigoterie ni fanatisme, tous les amis de l’ordre social, tous les propriétaires, les pères de famille... ont intérêt à soutenir cette institution4. »
La théophilanthropie se présente ainsi dès l’origine comme la religion de la bourgeoisie éclairée3. « L’état des opinions religieuses en France la rendait nécessaire. Parmi le très grand nombre de personnes qui avaient ouvertement renoncé à toute croyance fondée sur la révé-
F7 "338. « Uni à la société des théophilanthropes peu de temps après son établissement », dit Chapuis dans le prospectus annonçant l’ouverture de la première école théophilanthropique (Moniteur, 20 prairial an Y).
1. Voir Les curés rouges et la Soc. des montagnards d’Auch, par M. G. Brégail, 1901 ; analysé par M. Aulard dans La Rev. franç. du i4 juin 1901 .
2. Marquet « homme de loi, président de la commune de Paris à l’époque du 3 1 mai 1793 » (Première table du Recueil des actes du Comité de Salut public ).
3. Dans le procès de Fouquier-Tinville, le témoin Anne Ducret fit l’éloge de l’humanité du juré Maire : « J'ai reconnu dans le cit. Maire un homme ami de l’humanité et des principes. Je dois même citer un fait qui lui fait honneur à cet égard : une malheureuse fille avait son père détenu à la Conciergerie, le cit. Maire, dont le cabinet donnait sur la cour de la Conciergerie, permit plusieurs fois à cette fille de s’entretenir avec son père par la croisée du cabinet et lui donna toutes les consolations que sa position demandait. » (Bûchez et Roux,
t. XXXIV, p. 485).