Chemin, Qu'esl-ce que la Théoph. ? p
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rend. Devenus alors simples prédicateurs des devoirs que l'homme doit remplir comme partie du corps politique, ils n’auront plus besoin ni d’eau lustrale, ni de mystères, ni de toutes ces cérémonies dues au culte de l’ancienne Rome. Ils proscriront ce culte des images, puis ces théories des gnostiques et ils rappelleront le peuple ignorant à la seule idée de l’Etre suprême, etc. »
Dupont (de Nemours) lui-même observait dans L'Historien une réserve analogue. Le 2/1 pluviôse an Y (12 février 1797), sans oser nommer la théophilanthropie, il insistait dans un long article sur l’utilité sociale du déisme1.
Ce n’est qu’au début de floréal que brusquement et en même temps les journaux se départissent de leur réserve et consentent à nommer les théophilanthropes. Ce sont les officieux 2 qui commencent3.
Le 8 floréal an V (27 avril 1797) le Journal des campagnes et des années, qui se rédigeait probablement au ministère de la guerre4, annonce la formation de la nouvelle église et lui décerne quelques éloges, mitigés d’ailleurs par des préventions encore assez fortes : « Nous ne
1 . « Il y a donc des vérités religieuses et qui sont religieuses divinement ou naturellement ; ces deux mots sont synonymes. Ce sont celles qui sont communes à toutes les religions... Elles ne sont point des inventions politiques, et il ne faut pas les donner pour telles, puisqu'elles ont lieu partout et dans tous les esprits indépendamment de toutes les institutions politiques. Elles sont les seules vérités évidemment révélées, puisqu’elles sont les seules par lesquelles la raison générale de l’univers se manifeste directement à la raison particulière de chaque individu. . .
La morale uniforme, en tous temps, en tout lieu,
A des siècles sans fin, commande au nom de Dieu.
Il est possible aux gouvernements de recueillir ces principes incontestés, et d’en faire la base de l'instruction publique. Alors il y aura une religion qui ne sera point arbitraire, qui unira tous les hommes, les adoucira, les améliorera, qui tolérera toutes les manières diverses d’honorer le grand bienfaiteur, et portera chaque mortel à devenir bienfaiteur lui-même, autant que pourront le lui permettre sa faiblesse et les circonstances qui l’environneront. » Article signé P. N. (Dupont de Nemours) Sur la nécessité des religions pour les sociétés.
2. Sur la presse officieuse du Directoire voir mon article « Le bureau politique du Directoire » ( Revue historique, janvier iç)o3).
3. Si on en croit l'Almanacli violet pour l’an 1798, ce serait Ilaiiy qui « le premier sollicita les journalistes de faire connaître la théophilanthropie au public ». Bib. nat., Le22 69,
4. Il est à noter que Benoist- Lamothe était en relations avec les rédacteurs du Journal des Campagnes. Son livre les Veillées du Près-
l’opiînkm PUBLIQUE I‘j3
connaissons point encore assez de détails sur cette instilu tion pour porter un jugement sur le bien ou le mal qu’elle peut faire. Nous nous contenterons de citer un mot de La Rochefoucault, celui qui a joué un rôle au commencement de notre Révolution et qui en est mort une des victimes. Cet homme judicieux ayant assisté à Londres à une assemblée de gens professant à peu près les mêmes principes 1 que ceux qu’annonce la société qui se forme à Paris dit : « C'est ce (/ne je connais (le moins dangereux en fait d’associations religieuses. Peut-être devra-t-on traiter plus favorablement encore la société de Paris — peut-être aussi... Mais attendons devoir ses œuvres pour décider. . . » Le lendemain, 9 lloréal, le Moniteur, aussi officieux que le Journal des campagnes, annonçait à son tour la fondation de la société des théophilanthropes, mais en termes beaucoup plus favorables. « Depuis peu de temps, il s’est formé à Paris une société que tous les amis des bonnes mœurs doivent voir avec plaisir, etc. »
Le 10 floréal, la Décade consacrait à la même institution un article très précis, qui a bien l’air d’un communiqué du comité de direction morale siégeant aux Catherinettes. La Décade annonçait qu’il allait se former plusieurs sociétés théophilanthropiques tant à Paris que dans les départements. Elle invitait les « littérateurs, compositeurs de musique et amateurs... à consacrer leurs talents à l’embellissement des fêtes religieuses et morales. » Elle se proposait enfin de publier sous peu « quelque hymne choisi entre ceux qu’on chante dans ces assemblées édifiantes où l’on trouve de la piété sans aucun mélange de superstition, et qui méritent la protection de tous les hommes honnêtes ».
byt'ere est analysé dans le n° du 19 ventôse (9 mars 97). Le n" du icr messidor an V publie un apologue signé H. L. (Benoist-Lamothe). Enfin le n° du 28 prairial contient un article enthousiaste en faveur de la théophilanlhropie, signé un théophilanthrope. Cet article ayant soulevé une polémique, nous apprenons (n° du 80 prairial) que fauteur était « un correspondant des départements, homme fort estimable qui peut à juste titre s’appeler théophilanthrope... » Ce signalement convient parfaitement à Benoist- Lamothe.
t. Il s’agit de la société théiste de Da\id Williams dont il sera parlé plus loin
I *> 4 ' A PREMIÈRE SOCIÉTÉ THÉOPI1ILVNTIIROPIQUE
Quelques jours s’étaient à peine écoulés, que le Directeur La Révellière-Lépeaux donnait lecture devant l’Institut d’un mémoire appelé à un grand retentissement, et intitulé Réflexions sur le culte . sur les cérémonies civiles et sur les fêtes nationales'. La Révellière y faisait l’apologie très claire de la tbéophilan ihrop ie .
Entre les notes de presse, analysées plus haut, et ce discours, il y a sans doute d’autres rapports qu’une simple coïncidence de dates.
Conclusion. — En tout cas, ce discours marque une date capitale dans cette histoire. Jusque-là le nouveau culte est resté étranger à la politique courante, il est né et a grandi ignoré des partis et du pouvoir1 2. Son comité de direction ne compte que peu de membres3, qui pour la plupart ont cru s’associer pour une œuvre- de relèvement moral mais qui gardenl chacun jaar devers soi leurs opinions politiques assez différentes. L’unique temple commence à dire très fréquenté, mais il est unique. Les fêtes religieuses et morales ne sont pas encore réglées dans le détail. Les pères de famille qui les président ne revêtent pas encore de costume spécial. Le choix des hymnes et cantiques reste très libre.
Depuis le 1 2 floréal tout cela va changer. Le discours de La Révellière tire la nouvelle église de l’obscurité, attire sur elle l’attention de l’opinion publique et lui donne l’appui du pouvoir. Elle entre ainsi dans la mêlée politique. Elle y gagnera d’abord de faire des progrès rapides, — trop rapides bientôt.
1. Les Réflexions sur le culte , sur les cérémonies civiles et sur les fêtes nationales, lues dans la séance du 12 floréal an V, ont été réimprimées dans le tome lit des Mémoires de La Réveillère (p. 6-28) avec une faute d'impression : an VI au lieu de an V.
2. Chemin écrit : « Je puis affirmer au nom de tout ce qu'il y a de plus sacré que l’autorité publique ni aucun de ses membres n'a eu la moindre pari à l’établissement dece culte. ..» Qu’est-ce que la Théoph.? p. 10.
3. Avant le 18 fructidor, dit L'Echo du iô nivôse an VI n° 3i, le comité de direction « n’était composé que d’un petit nombre d’individus dont quelques-une se détachent du gouvernail quand la tempête devient sérieuse ».