‹ La Théophilanthropie et le Culte Décadaire, 1796-1801Chapitre 99 sur 519 · LA THÉOPHILANTHROPIE AU DIRECTOIRE · texte numérisé non relu

LA THÉOPHILANTHROPIE AU DIRECTOIRE

culte n’aurait pas eu un caractère officiel, niais seulement officieux. « Il ne serait dans la main d’aucune autorité. 11 produirait les mêmes résultats que la réforme de Luther et de Calvin. La pureté de sa morale, comprise et goûtée de tous les hommes, forcerait les catholiques romains à se mieux conduire », de la même manière que Luther et Calvin « ont forcé la religion romaine à s’observer au moins, sinon à se réformer davantage. »

Enlin, quelques jours avant de prononcer son grand discours du 12 floréal, La Rével 1 1ère, sortant du vague dans lequel il s’était tenu jusque-là, proposa nettement à ses collègues de prendre la théophilanthropie sous leur protection '.

11 ne semble pas, si on en croit du moins les Mémoires de Barras, que les suggestions de La Revellière aient été tout de suite bien accueillies par ses collègues. Naturellement Carnot et Letourneur les rejetèrent avec dédain en invoquant la triste et ridicule expérience tentée par Daubermesnil ; Carnot soutint avec verve « que plus une religion est absurbe et inintelligible, meilleure elle est, cl que tel est le caractère éminent de la religion catholique avec laquelle, par ce principe même, aucune autre religion ne peut se mesurer. » Il cita à ce sujet le mot de Tertullien « plus cela est absurbe, plus cela doit être évident, plus cela est absurde, plus cela est croyable » et il conclut: « Plus la religion proposée par La Rével lière sera claire et raisonnable, moins elle peut espérer de réussir dans un siècle assez éclairé pour être arrivé, par la tolérance, à l’indifTérentisme le plus absolu5. »

Barras et la théopi-iilanthhopie. — ■ Malgré qu’il eût lié partie avec La Révellière, Barras se serait montré aussi

1 . C,e passage, qui figure dans un résumé analytique, contient néanmoins une erreur assez peu explicable, si on admet avec M. Duruy que ces résumés ont été faits uniquement avec les notes de Barras prises à la séance même. Les mémoires font dire à Barras que c’est de ce jour (le 1e1 Boréal) que les théophilanthropes commencèrent à célébrer à leur manière des fêles religieuses et morales. Barras ne pouvait ignorer que ces fêtes étaient célébrées aux Calheriuetles depuis plus de quatre mois. — Barras, Mêm., Il, p. 383.

a. Barras, Mém., Il, p. 33ÿ.

LES APPROCHES PE FRUCTIDOR

sceptique et plus ironique encore si possible: « Nous lui dîmes, en riant, que nous avions assez d’un Pape à Rome et que c’était assez d’un second au Directoire puisqu'il voulait bien l’ètre... » « Au surplus, ajoutai je, il n’y a pas de bonne religion sans martyrs; pour faire prospérer la tienne et lui donner du relief, tu devrais commencer par te faire pendre1 ».

Reubell. — Seul, Reubell aurait consenti à prendre les projets de La Revellière au sérieux. Sans être le moins du monde mystique, ni même idéaliste, l’alsacien Reubell « la plus forle tête du Directoire2 », disait Barras, avait pour les prêtres une haine profonde et qui datait de loin. A la Constituante, il avait provoqué les premières mesures de rigueur contre les réfractaires3. Après thermidor, quand on eût rouvert les églises, il demanda le maintien des lois de g3 contre les prêtres insoumis: <( Tant que vous aurez en France des prêtres réfractaires, s’écriait-il, le a5 germinal an III, vous posséderez les plus grands ennemis de la République1. »

Comme Carnot, il aurait facilement dit que c’étaient de rudes jouteurs, mais avec ces jouteurs-là, loin de pactiser, il redoublait d’énergie dans la lutte. Le ier messidor an Y, en marge d’une dépêche de Cacault, il écrivait cette « note à envoyer au général Bonaparte », qui nous révèle au naturel ses sentiments intimes : t< Faire deux papes ; si on ne pouvait empêcher qu’il y eût un pape, ne serait-il pas bon qu’il y en eût deux ou plusieurs, plutôt qu’un ; l’un serait pour les Républicains, l’autre pour les

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