LA THÉOPHILANTHROPIE AU DIRECTOIRE
laquelle les hommes de la Fédération avaient cru toucher. Il vit dans la région supérieure des nobles espoirs et des grandes pensées. Parce que son idéal est beau, est grand, est noble, il le croit facilement réalisable. Pour cela que faut-il? Oh ! c’est bien simple : « Il faut refaire la société religieuse comme la société politique dans ses fondements1 2 3. » Son naïf optimisme ne recule pas devant l’entreprise, dont il ne soupçonne pas l’énormité.
La théophilanthropie au Directoire. — Un tel homme ne pouvait manquer d’être tout acquis aux théophilanthropes, il devait se réjouir que de simples particuliers prissent l’initiative généreuse d’arracher la France à la superstition romaine, et de jeter les bases de cette religion raisonnable qu’il rêvait pour l’humanité future. Il ne parait pas cependant qu’il ait pris une part directe à l’établissement du culte conçu par Chemin et réalisé par llaiiy. 11 affirme dans ses Mémoires, qu’il ne connaissait ni Haüy, ni Chemin, ni leurs amis, qu’il ne fut en rien mêlé aux commencements de l’institution \ Chemin
1. Mot de La Révellière, rapporté par Barras ( Mém III, p. 182).
2. « Je ne me mêlai, en aucune sorte, de l'institution que créa Valentin Haüy... Il s’était joint à d’autres citoyens que je ne connaissais pas plus que lui... » ( Mcm . de La Révellière, II, p. 1O6.)
« Je ne me suis mêlé dans aucun temps, je le répète, ni de l'organisation, ni de l’administration du culte des théophilanthropes, et mes communications avec eux se sont bornées à deux ou trois entrevues avec leurs chefs. » (/eh, II, p. 167.)
3. « Je puis affirmer, au nom de tout ce qu’il y a de plus sacré, que l'autorité politique, ni aucun de ses membres, 11’a eu la moindre part à l'établissement de ce culte » (des théophilanlliropes). Chemin, Qu’est-ve que la théophilanthropie? p. 11.
« Les premiers sociétaires ne se sont pas informés s'il y avait dans le gouvernement un ou plusieurs membres qui approuvaient leur institution. Ils continuaient leurs exercices avec cette noble indépendance, lorsqu'on floréal, c’est-à-dire huit mois après la publication du Manuel et cinq mois après 1 institution publique de leur culte, le citoyen Révellière lit à la classe des sciences morales de l’Institut national un discours dans lequel il témoigna le désir de voir s’établir un culte simple et conforme à la religion naturelle. Ce discours nous lit reconnaître dans le citoyen Révellière un ami de la Ihéophilan-
LES \PPROCHES HE FRUCTIDOR
confirme son témoignage de la façon la plus formelle. Ce n'est qu’après son discours du 12 floréal qu’il entre on rapports avec les chefs des ihéophilanlhropes, qui lui firent on tout Irois visites.
Jusque-là, son intérêt pour la tliéophilanllnSpie ne s’était manifestée que par des paroles bienveillantes prononcées au Di rectoire. Il semble qu’il n’ait pas voulu protéger la nouvelle religion sans prendre au préalable l'avis de ses collègues et s’assurer de leur assentiment.
C’est en pluviôse an Y, d’après Barras, qu’il laissa pointer, pour la première fois, sa sympathie pour la nouvelle église. Le Directoire discutait alors les instructions à donner à Bonaparte pour sa marche sur Rome. La Révellière demanda qu’il fut donné au général l’ordre exprès de marcher sur Rome, puis il ajouta « qu’il désirerait voir se former une réunion de quelques hommes sages et éclairés pour préparer un travail sur l’établissement d’un culte religieux exécutable partout ». « L’idée de La Révellière, continue Barras, dont il n’avait encore parlé que très superficiellement, paraît, cette fois, une idée sérieuse et qu’il désirerait voir de suite mise en discussion1. »
En ventôse, à l’occasion de l’organisation de l’instruction publique, la Révellière serait encore revenu à la charge. Il aurait repris « sa proposition de créer un nouveau culte et de rassembler l’élite des philosophes pour travailler à mettre l’invention dont il s’agit en harmonie avec les institutions de la République2 ». Le nouveau
thropie. Nous le vîmes alors pour la première fois. Mais comme nous n’avions rien à lui demander, toutes nos relations se bornèrent à trois visites dont la dernière remonte à une époque de dix-huit mois environ. » (Chemin, Qu’est-ce c/ue la ihéophilanlhropie ? p. i a - 1 3 . )
1. Barras, Mém., Il, p. 3o4- — Ces détails figurent, non pas dans le texte des Mémoires tel qu’il lut remanié par Rousselin de Saint- Albin, mais dans des « résumés analytiques », imprimés en petits caractères. L’éditeur, M. G. Duruy, affirme que ces résumés analytiques furent composés sur des notes que Barras prenait au sortir do chacune des séances du Directoire. Ceci donnerait à l’information un caractère d’authenticité assez grand.
2. Barras, Mém., II, p. 337. • — Ce passage est de la rédaction de Saint-Albin, ce qui le rend plus suspect que le précédent.