‹ La théorie darwinienne et la création dite indépendanteChapitre 102 sur 125 · DERNIÈRES OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

DERNIÈRES OBSERVATIONS

Il est temps de mettre fin à cette lettre, anormale pour bien des raisons, et surtout à cause de son excessive prolixité. Toutefois avant de quitter le problème, auquel vos ouvrages ont donné occasion, qu’ il me soit permis de placer ici les dernières observations, qui ne manquent pas de rapport intime avec ce que nous venons de dire.

TRANSITIONS

L’idée de modification , ou de passage d’ un être animal à un autre (1) conduit bien des fois à une illusion à laquelle il faut bien prendre garde. — Le conceptus ou T hypothèse d’ un passage d’ un type animal à un autre par des modifications successives, comme serait un type a qui passe aux types b, c, d etc. (le type hirondelle qui passe au type martinet, engoulevent etc.) de

(1) Ce qu’on appelle encore la variation de l'espèce, ou la déscendance ou filiation des êtres.

TRANSITIONS

manière qu’ entre a et d il existe des rapports de descendance, et d’une succession continuelle jamais interrompue; cette hypothèse, dis-je, suppose un passage gradué, et par petites nuances. En effet n’est-ce pas ce que l’on entend, lorsqu’on donne pour exemple les modifications qu’ on peut suivre pas à pas dans les différentes races du chien , de la brebis , du cheval etc. ? N’ est-ce pas la facilité qu'a le type chien etc. à se modifier, qui a amené à la persuasion que tous les êtres organiques ont une pareille idoneité à se modifier? Donc ces transitions généthiques vont toujours de proche en proche, et on ne suppose jamais des sauts brusques, telles que seraient le passage d’une souris à une chauve-souris, ou d’un perroquet à un colibris. On pourra de quelque sorte comprendre une continuité de petites modifications, qui passent d’un type à un autre plus voisin. On suppose une diffusion expansive, qui s’avance parmi les êtres organiques de même qu’ une flamme qui passe d’ une branche à l’ autre , ou d’ un arbre à 1’ autre , mais qui ne peut se comuniquer à distance. Tout le monde sait qu’ une étude des plus opiniâtres parmi les naturalistes est d’ épier et de suivre les moindres rapports , et de chercher et découvrir les anneaux qui manquent au complément de la série animale , ou plus généralement de la chaîne des êtres. Et lorsqu’on trouve des lacunes et des liyatus , n’a-t-on pas recours à la paléontologie pour les combler?

Enfin je ne pourrais faire mieux que de citer vos paroles (1) « d’ après la théorie d’ élection naturelle il est aisé

(1) Darwin. Origine, p. 280.

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