‹ La théorie darwinienne et la création dite indépendanteChapitre 4 sur 125 · III. quaest, 28. et · texte numérisé non relu

III. quaest, 28. et

(1) Origine... p. 91 , et passim « Cette perfection de structure, et cette adap- » tation des organes à leurs fonctions qui excite à si juste titre notre admiration... » Darwin, Origine p. XVIII , et pag. 6 et pag. 91.

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sont, dit-on, une contradiction flagrante (1). Alors que fera-t-on ? Si l’idée d’unité de plan est inconciliable avec l’idée d’une création par actes indépendants, nous sommes naturellement entraînés à la première hypothèse , à celle d’une première souche qui, se développant, se modifie d’une espèce à l’autre. C’est alors la descendance avec variation qui seule donne l’ explication de l’ unité de plan. En quittant la doctrine d’ une puissance créatrice , et se tenant à celle d’ une descendance avec variation , on met en accord la nature avec Y observation.

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Ces deux doctrines se partagent donc, ou si 1’ on veut , se sont partagés les Savants sur Y origine des espèces. Mais les partis se sont déjà prononcés ; désormais ils ne se regardent plus l’un l’autre. La première doctrine, celle d’une création indépendante, à ce que l’on dit, a fait son temps; elle est passée au rang de re judicata, d’une vieillerie incompatible avec tout progrès scientifique. L’autre, c’est celle que vous croyez après tout la vraie (2) ; ce qui est logique d’ après vos prémisses. Mais d’ autres Savants ont ajouté que celle-ci est la seule qui ait une existence scientifique (3) , ce qui en conclusion revient à dire que la doctrine des créations indépendantes, est denuée de fondement scientifique. Cela me surprend

fortement; il me semble que l’écrivain anglais qui a for- ' -

(1) « . . . . Supposer une aussi grande conformité, c’est en définitive refuser au Créateur dans 1’ expression de sa pensée une liberté dont jouit 1’ homme lui même. » — Agassiz. de l’espèce , p. 28.

(2) Variation, p. 13.

(3) Huxley. Place , pag. 242.

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mulé ainsi sa pensée n’a pas assez sondé la portée de son assertion, car s’il juge véritablement de la sorte, il montre qu’il ne connaît pas bien ni l’opinion qu’il combat, ni sa propre opinion.

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Aujourd’hui les partisans de la théorie de la descendance organique, lui donnent toute l’importance dont elle est susceptible. Cela est juste, autant que ses conceptions scientifiques ont de solidité. Mais on méprise très-bonnement la doctrine des créations indépendantes (1). Certes, nous sommes disposés à respecter la valeur des faits apportés en faveur de la première théorie. Mais je réclame aussi qu’on ne préjuge pas à l’avance les questions sans un examen scientifique. On n’ exige point qu’ on respecte la doctrine des créations indépendantes pour cela seul qu’elle a été respectée pendant des siècles. Nous nous placerons sur un terrain nouveau, et en plein jour. On n’aura, disons-nous, des égards que pour ce qu’il y a dans cette doctrine de démontré , en admettant

qu’il y ait quelque chose de démontré. Les adversaires n’auront pas à s’alarmer de cette doctrine si elle est repoussée par la science; mais lorsque la science viendra l’ appuyer, ils ne refuseront pas, je crois, le verdict de

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la science.

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(1) C’est remarquable à ce propos une plaisanterie citée par M. Wagner , que des opinions qui se rapportent à la

création indépendante « étaient' assez généralement considérées comme des perruques arriérées et en dehors de tout progrès scientifique. » (Yogt. Leçons sur l'homme, p. 620). —

Il y A la sans doute une distraction.

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Au milieu cle ces controverses, et, disons encore, de ces rudes collisions, le problème que vous avez posé Monsieur établit une position nette, sur laquelle vont s’agiter les dernières questions. Nous avons déjà rapporté plus haut ce problème , et pourtant il est bon de le rappeler ici de nouveau. — Dans la doctrine d' actes de création indépendants , comment expliquer la conformation sur un plan commun de la main de V homme, du pied du chien, de V aile de la chauve-souris, et de la palette du phoque?

Or le problème ainsi formulé devient une objection fondamentale contre la doctrine de la création indépendante. Il est en quelque sorte un défi, un gant jeté à l’ancienne opinion. Viendrais-je le relever? Non. Mais je crois pourtant entièrement réfutable l’ objection que vous Monsieur avez présentée; et je suis persuadé que Y unité de plan n’est pas une marque d’ ineonciliabilité avec la doctrine d’une création par actes indépendants.

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Avant d’aborder directement notre sujet, il me faut

avancer quelques observations générales.

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Vous avez employé Monsieur le mot Nature; je dois en user aussi. Pour nous ce mot est le grand art, selon Vol-

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taire, derrière lequel est l’artiste. Vous avez, à l’origine, les forces et la matière; nous allons un pas plus en arrière , nous avons une première puissance. CT est là le fond des deux théories. Une fois leurs différences établies et arrêtée la valeur des mots, les équivoques et les erreurs pourront être écartées de notre discussion.

Plaçons encore ici une espèce de postulatum. — Les lois de statique, d’équilibre, et plus généralement les

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lois de mécanique et de physique, établies par Y ordonnateur universel, qui régissent l’art humain, régissent de même l’art de la nature dans ses constructions mécani¬

ques et physiques; et ainsi que ces lois du monde physique s’imposent impérieusement au petit art humain, ils règlent de même le grand art de la nature. On ne prétendra pas sans doute qiv il y a deux mécaniques et deux physiques etc. Toute ce qui est impossible mécaniquement à l’homme dans sa petite sphère, l’est aussi à la nature dans sa sphère immense (1); et ce qui est une nécessité mécanique pour l’homme, l’est aussi pour la nature. D’ où vient que les travaux mécaniques naturels sont parfaitement calculables, suivant les principes généraux de cette science, en ajoutant toutefois qu’il y a des applications d’un ordre supérieur de ces sciences, qui ne sont pas toujours abordables par la science dont l’homme dispose aujourd’hui. Ainsi l’œil avait précédé Newton et Dollond dans l’ optique ; les voies de la foudre étaient rigoureusement déterminées avant la connaissance de 1’ électricité etc. Et la science est encore loin d’avoir prononcé son dernier mot.

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(1) 11 est clair qu’il est également impossible à la na-

ture, comme à l’art humain de faire en sorte qu’un grave demeure sans une base de support; qu’un mobile se déplace sans une impulsion compétente etc. - — « Il y a . . . , dit un grand physicien, à propos de quelques points de mécanique animale, il y a... dans ces considérations de quoi calmer tous les scrupules; à l’ impossible ' nul n’est tenu, pas même la nature, et vouloir chercher dans ses œuvres le mouvement de rotation continu , nous semblerait aussi déraisonnable que de lui demander de faire un animal incombustible » — Faucault. Journal des Savants , 1871, mars.

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Il serait du reste assez difficile de se borner à l’examen des parties que vous proposez , la main de Y homme, la patte du chien, l’aile de la chauve-souris, et la palette du phoque. Quoique Y on veuille bien se tenir dans les limites du problème, il sera nécessaire dans quelques cas d’en sortir pour recourir à d’autres exemples, et pour tirer des parties de l’organisation, autres que celles signalées ci-dessus, quelques faits valables à mieux éclaircir la question, ou capables d’en faciliter l’intelligence. On sera convaincu, je pense, qu’il faut prendre quelquefois la recherche dans son ensemble, et qu’on est forcé de descendre à des détails, et à des éclaircissements, qu’on pourrait juger minutieux ou inutiles, s’ils n’ étaient réclamés par quelques personnes, qui, peut-être, auront ce livre à la main.

Tout le monde, par exemple, n’a pas des idées bien arrêtées, ni toujours assez claires sur Y unité cle plan. Il serait difficile de mettre tout lecteur en état de connaître s’ il y a conciliation possible entre cet énoncé de la science, et la doctrine des créations indépendantes, s’il n’ à pas la connaissance toute entière de l’ état de la question. En vue de cette difficulté préliminaire, je vais dire d’abord ici quelques mots sur l’unité de plan.

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