FILIATION DES ETRES
génétiques très-nombreuses du phoque au chien, à la chauve-souris, à l’homme, on comprend au premier coup d’œil que l’assemblage des éléments constitutifs de la main (les os, les muscles), d’une de ces espèces, sera l’ assemblage que l’ on doit revoir dans les autres, plus ou moins modifié; car en dernière analyse, c’est la même organisation qui va se répéter modifiée; c’est le cachet d’un héritage, plus ou moins ineffaçable. Soit que nous suivions une série descendante ou ascendante, on trouve enfin que la palette du phoque par son fond ostéologique , et myologique etc. , c’ est la main de Y homme dégradée, ou à l’inverse, c’ est la palette élevée au rang de la main humaine. Car les deux êtres ne sont, suivant cette
théorie, que des anneaux extrêmes de la série; ce sont les dérivés l’un de l’autre; le phoque c’est l’homme détérioré, ou viceversa. Et après cela le nombre, la disposition des parties constituantes la main de l’une des espèces, doivent se conserver dans tous les êtres compris dans la série, autant que le permettent les différentes adaptations à des usages nouveaux. Ainsi le chien levrier et le b-ull-dog sont le même chien avec de petites modifications, et des adaptations nouvelles. De même si la patte du chien passant à travers mille et mille formes intermédiaires, parvient à devenir l’aile de la chauve-souris, il faut bien que les phalanges s’allongent en s’atténuant; mais ce seront toujours les mêmes os, les mêmes phalanges, en un mot les mêmes éléments qui se modifient. Voilà donc le même plan qui se montre toujours , qui se soutient toujours à cause de la descendance mutuelle, ou comme l’on dit, de la filiation des êtres organisés. Dans votre théorie tout cela est bien explicable.
CRÉATION INDÉPENDANTE
Disons encore. Plutôt que 1’ 'imité de plan, on a là la même chose variée. Et quand l’on voit clans le squelette des vertébrés supérieurs tant de points de ressemblance , que P ont peut affirmer avec raison , qu’ il y a là unité de plan , un seul concept us , on est conduit à trouver une explication prompte et facile en supposant que les êtres descendent tous d’ une seule et même souche. rWi< .fiîeç'- .0 oifC'iu an us? . ‘a d)Offl i .*£iot i/j; jioiioa /u/podq al
J’ en conviens. Tout cela est très-naturel , très-logique même, dès qu’on a admis la théorie de la descendance mutuelle des espèces.
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On allègue qu’il n’en est pas ainsi lorsqu’on considère les espèces comme autant d’actes de création indépendants. Alors en effet tous les êtres sont des produits d’une cause libre, détachés l’un de l’autre. Ils n’ont entre eux aucune relation génétique , hors la dépendance d’ origine d’ une seule cause commune. Sous ce point de vue on pourrait dire que les animaux les plus éloignés sont aussi proches que les plus congénères; et que les papillons et le chat, sont aussi rapprochés que le chat et le lion. Chacun, considéré d’après sa nature, pourrait exister sans les autres. Cette cause, telle qu’ on la suppose, pouvait bien, à son gré oublier, quelques espèces, ou en créer davantage, sans que la série ou chaîne des êtres soit par là interrompue , ou troublée. Car il n’ y a pas même un seul anneau génétiquement entrelacé avec un autre. Les espèces sont autant de conceptions librement choisies, sont des actes de création indépendants. Voilà tout.
Que chaque être ait en soi, selon la phrase de Cu-
CRÉATION I N DÉ PENDA NTE
vier, tout ce qui le complète; qu'il ait tout ce qu'il lui faut pour se conserver, c’est ce que le moindre examen démontre. Mais si tout cela est bien concevable, trèsnaturel, et même très-logique dans les oeuvres d’ une puissance créatrice parfaitement sage, on ne comprend pas , à première vue , comment deux êtres très-éloignés l’ un de F autre , tels, par exemple, que la chauve-souris et le phoque, soient au fond modélés sur un même dessein, sur une même charpente. Ce que je dis de deux animaux il faut le dire de plusieurs; de tous ceux d'un embranchement, les vertébrés par exemple. A la vue de ce grand fait d'un dessein , d’ un plan commun dominant sur un nombre immense d’ animaux , comment le mettre en accord avec F idée d’ une puissance créatrice , dont ces animaux sont des libres produits ?
Pourquoi la même composition ostéologique, myologique etc. dans la main de l’homme, du chien, de la chauve-souris, du phoque? Comment cette ressemblance typique? Qui pouvait contraindre cette puissance à des règles très-resserrées? Comment concevoir que la puissance créatrice se soit imposé une construction si uniforme, une unité de plan si soigneusement observée dans tous sês produits ? Est-ce une nécessité fatale ? Est-ce un caprice? Est-ce un apprentissage, un tâtonnement? Mais qu’est-ce que cette puissance? quelle idée pouvons-nous nous en former?.... Certes, ou on ne F admet point du tout , ou on doit F admettre comme très-puissante et trèssage (1). Ces deux qualités sont deux prémisses, dont la
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(1) Ou l’on n’admet point du tout une cause créatrice, qu ,il faut l' admettre telle qu’elle donne lieu à des considé-
CRÉATION INDÉPENDANTE
conséquence inévitable est une entière liberté cV action. — Or cette liberté exclut toute idée de lien , de règle à suivre. Et pourtant une règle suivie, un dessein commun préconçu, un plan soutenu jusqu’aux moindres particularités, s’annonce à chaque pas dans les mammifères, dans les oiseaux, dans les reptiles etc. etc.
Liberté cV action et servile observance à' unité de plan
rations d’ un ordre très-élevé — Que le plus petit cousin , que la foinerolle, qu’on a de la peine à discerner, soit fourni de 1’ organe de vision, de l’olfact, des moyens pour pourvoir à sa nutrition, pour mettre au jour ses petits complètement, si parfaitement que F aigle ou le cheval, certes il y a là de la puissance . — Que l’œil envisagé sous le point de vue de F optique , ou la construction de F œuf envisagé
selon les lois de la physique, ou de la mécanique jouissent de tant de perfection comme F ont fait ressortir Newton , lord Brougham, Thomson et maints autres savants, certes, il y a là de la science. — Si F on se plaît à attribuer à une conception de cette cause les adaptations, les harmonies de moyen et de fin, que M. Darwin a signalées dans maintes de ses belles pages (1) , alors il faut revenir aux idées de Voltaire, lorsqu’il parlait du grand art. Considérées de cette manière, les œuvres de la nature ou du grand art, on pourra bien si F on veut, rf admettre point du tout une cause créatrice, mais si on l’admet on la voit très -puissante ? et très -sage. — Ce sont enfin les mots mêmes de Voltaire. « La machine du monde, dit-il, est l’ouvrage d’un être souverainement intelligent, et puissant» (Jenni, 315) — - Voir encore Newton Opticae