‹ La théorie darwinienne et la création dite indépendanteChapitre 45 sur 125 · LES DOIGTS · texte numérisé non relu

LES DOIGTS

Pour ce qui est des doigts, c’est-à-dire relativement aux phalanges , nous avons peu de considérations à faire. La tête inférieure des métacarpiens , comme celle des phalanges entre elles, jouit d’une extrême mobilité postéro-antérieure. Toutes les tiges phalangiennes peuvent s’inflecter et former des crochets , des anneaux et revenir enfin avec l’extrême pointe sur les métacarpes. Ce sont autant de crochets temporaires , et à calibre variable , fixés sur une base commune inflexible, le métacarpe. Leur stabilité est par là bien assurée ; et leur force d’ enroulement, ou de prise est commensurée à la force de traction musculaire. Le nombre des phalanges a été examiné ailleurs en même temps qu’ on a remarqué d’ autres particularités sur les doigts (1). Un nombre au-dessous de trois phalanges ne donne pas de flexibilité suffisante pour former Y anneau , et on voit qu’ un nombre plus grand serait une superfluité et une inutilité.

On pourrait bien se demander : — La division quinaire de la main humaine est-elle un simple avantage,

(1) Rétro pag. 30.

ou bien line nécessité ? — Amputez un doigt à un homme, il connaît bientôt la nécessité de ce qui lui manque. ,En outre si on pouvait pousser un examen bien soigné sur les divers mouvements qui sont attribués aux doigts, on verrait aussi que pour effectuer ou compléter un mouvement donné , il est indispensable d’ avoir tel , ou tel autre doigt. Ces deux arguments, ou ces deux recherches se contrôlent F une par Y autre.

D’ autre part cette finale quinaire de 1’ artus doit se réduire à sa base naturelle, à l’avant-bras composé de deux os. Or dans les parties intermédiaires entre le métacarpe et l’avant-bras on a un jeu de réduction du nombre des pièces , et une unification des parties. Ce que je ne signale pas par esprit de simple curiosité ; non , il y a là bien plus. C’est une synthèse, une unification ascendante des parties composant la main qui sert en définitive a une concentration des forces. Les cinq doigts et les cinq métacarpiens s’ appuient sur quatre pièces du deutocarpe ; ceux-ci se rapportent à trois protocarpiens portés par deux os de l’avant-bras, sur un seul humérus (1). Je laisse aux mécaniciens d’examiner si la même force, et la même indépendance seraient également assurées aux cinq doigts s’ils étaient tous insérés sur un seul os, ou s’ils s’articulaient directement sur l’articulation radio-ulnaire.

Toutefois il me faut remarquer en passant que , si on insère un cylindre de verre dans un trou métallique on le casse aisément par un coup ; si au contraire on l’insère dans un trou de cuir, avec le même coup on ne

(1) J’oublie 1 q pisiforme , dont les fonctions sont d’un ordre différent que celles qui sont propres au carpe.

le cassera pas. Pourquoi cela ? Parce que la première base résiste rudement, la seconde est élastique. Un métacarpe fixé sur un carpe d’une seule pièce trouverait une résistance rude; sur un carpe polymère il trouve l’élasticité. Dans le premier cas le métacarpe pourrait se briser par un coup, dans le second il supporterait le même coup sans se briser.

En effet, si au lieu de supposer le troisième doigt fixé avec son métacarpe sur un carpe rigide d’une seule pièce vous le supposez implanté sur le grand-os, vous avez des conditions fort améliorées. Si le coup qui frappe ce troisième métacarpien est un coup de torsion , le grand-os associé aux autres os du carpe par des ligaments et des cartilages vient à copartager F effort supporté par le doigt : une grande portion de la coupe passe outre et va sur lè grand-os . et après sur les ligaments et sur les cartilages. L’effort passe du système des os dans le système des parties molles, c’est-à-dire, des ligaments et des cartilages, système élastique et d’ une grande ténacité. La colonne digitale trouve alors ici une base qui décompose , adoucit et amortit les violences et les efforts auxquels elle est exposée ; et par là elle résiste à des coups , qu’ elle ne pourrait pas supporter sur une base rigide.

S’ il y a une circonstance dans laquelle F association de la flexibilité avec la résistance soit nécessaire c’ est sans doute lorsqu’ il s’ agit de la main , et principalement dans la division quinaire des doigts.

Mais la flexibilité et la stabilité ou la résistance ont leurs règles lorsqu’ elles sont associées. Maintes fois nous voyons dans la nature la flexibilité accompagner la résis-

tance et la stabilité. Un des moyens employés par elle c’est la graduelle diminution de la première qualité, la flexibilité , qui cède la place à une graduelle résistance. Un arbre des nos campagnes passe de l’ extrême flexibilité des ses derniers rameaux à une médiocre flexibilité des branches , ou elle devient plus obscure , et passe à une résistance plus décidée et plus manifeste dans les troncs et dans la tige. Par là , F arbre fixé sur ses racines résiste aux bouffées des vents. Mais si la violence du vent augmente et surpasse la résistance , F arbre en est cassé.

Nous voyons des conditions semblables se reproduire dans la main. Considérons en effet qu’ une colonne osseuse ne peut gagner la flexibilité qu’à une seule condition, celle d’être divisée en plusieurs tronçons, reliés par des ligaments, et assouplis par la compressibilité des cartilages. La colonne d’une seule pièce serait fragile. Les tronçons ne le sont plus. On a dans la main une graduelle diminution par la limitation des mouvements toujours plus restreints dans la région métacarpo-carpienne. Mais la double faculté de flexibilité et de résistance touche quelque fois à son terme ; elle cesse. La colonne digitale résiste par la résistance des ligaments , par Y inflexibilité des os , par la contraction musculaire. Si la violence d’un coup surpasse cette résistance, le doigt est cassé ou luxé.

Enfin la colonne digitale implantée sur le carpe polymère, conserve une certaine indépendance, et les efforts qu’ elle supporte vont s’ amoindrir et se perdre dans le labyrinthe des pièces carpiennes plus fermes et plus serrées entre elles.

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