TIGRE ET CHIEN
latérale avec la précédente. Elles restent toutefois un peu soulevées de terre à cause du talus de leur base inférieure, et de la pelote terminale des doigts.
Le pisiforme est énorme et un fort ventre musculaire lui est donné pour la flexion de la main.
Le fond de la structure de la main du chien est donc comme celui de la main du tigre, excepté les rapetissement du trapézoïde , du grand-os et Y ampliation du pyramidal ; et enfin une moindre force , et moins de garanties contre les efforts violents. En conclusion on trouve un organe moins fort que celui du tigre , et qui n’ est pas fourni d’ instruments énergiques de prise comme serait de la griffe des chats. En effet Y ongle du chien n’ est pas comparable à celui des chats. Ils ne sont pas laminaires ni tranchants et acérés; mais presque cylindriques, un peu courbés , rongés et obtus au sommet ( celui du pouce excepté) par suite de l’usure quotidienne.
Mais en faisant ces observations on ne peut se passer de réfléchir encore, combien en effet sont moindres les chances d’ efforts violents pour la main du chien en proportion de ceux qui sont portés pour la main du tigre.
En tout cas, on met ici encore facilment en relief un arrangement péculiaire des parties à des fonctions spéciales du chien, qui ne sont pas celles du tigre, ni de tout autre animal. La main du chien est un conceptus sui generis , dans lequel sont harmonisés les moyens pour le but dans un cas tout à fait déterminé et particulier.
Un problème dont la solution se rattache à ce que nous venons de dire sur le tigre, se présente aux défenseurs de la filiation des êtres.
TIGRE
En supposant, ce qui n’est pas admissible, que sur la face de la terre il n’existait aucun vertébré, sauf le tigre, et que celui-ci fût le seul être de cette province zoologique, un être sans précédents, sans type exemplaire, on se demande si la patte du tigre serait ce qu’ elle est.
En portant notre attention à ce que nous avons vu ci-dessus il faut, je crois, répondre par l’affirmative. Les mécanismes, qu’entre bon nombre d’autres nous avons mis en relief, ne laissent pas de doute. Ils sont ordonnés chacun pour un but, pour une fonction déterminée. Il n’ y a pas un seul os, une seule partie qui n’ait une action dans cette patte. Chaque crête, chaque face articulaire, chaque aspérité, si petite, si insignifiante qu’ elle puisse paraître, toutes fonctionnent, elles ont chacune leur office à accomplir, et elles l’accomplissent effectivement.
Tout cela, comme on le voit, ne sort pas des considérations mécaniques, que toute personne peut faire à son gré.
Or ce premier point étant fixé, il en reste un autre. Ces fonctions sont-elles armonisées entre elles dans une action commune ? Jouent-elles, toutes coordonnées, pour un effet final unique? Je pourrais me dispenser d’observations à ce propos , en me reportant aux paroles qu’ à cause de leur importance, j’ai eu occasion de citer autre part sur l’arrangement des parties des animaux. Bien que dites pour d’autres cas, vos paroles ont cependant une application générale; car, quoiqu’ en disent quelques esprits prévenus, la perfection est le cachet général de la nature.
TIGRE
Mais je veux pourtant faire quelques pas plus en avant. Pour démontrer F harmonie des parties dans la patte du tigre , et le parfait fonctionnement de ce membre comme de l’entier animal, je vais citer une observation, une des mille qu’on a toujours sous les yeux.
Est-il possible qu’ il y ait qiïelqu’ un qui visitant la ménagerie de Hyde-pcirk ou du Zoologiccil-garclen , ne soit pas frappé d’ une représentation aussi sublime que celle du courage, de la force, de la fureur, de l’ agilité que le tigre déploie lorsqu’ il est irrité , ou affamé ? Est-ce qu’ on peut imaginer quelque chose de plus vif dans l’ expression ou dans les transports de l’animal, et en même temps de plus coordonné dans les mouvements, et dans le jeu de ses membres pour satisfaire à ses besoins ? Peut-on se figurer quelque chose de plus parfait dans son genre que le tigre? Toutes ses qualités ne sont-elles pas à leur point culminant, et ne se rapportent elles pas également bien aux facultés psychiques qu’ aux facultés physiques de Y animal?
Tout le monde voit que les nombreux moyens dont Y animal peut disposer ne fonctionnent pas gauchement au contraire ils arrivent à leur but avec la plus grande exactitude; et pour ne pas perdre de vue notre sujet particulier, chacun voit que la patte du tigre loin de fonctionner gauchement , sert à F animal avec un bonheur surprenant. Elle ne pourrait mieux répondre à ses besoins, à son courage, à sa force générale, à l’instantanéité de ses déterminations.* Dans le tigre rien n’est en défaut: ni aptitude, ni exécution: ni aspiration, ni effectuation : ni tendance, ni satisfaction.
TIGRE
En regardant donc à deux choses: l.° aux mœurs (comme on le dit) du tigre dans ses rapports avec le monde ambiant, et 2.° à la conformation des parties de son corps ën rapport à la fonction et aux besoins de l’ animal , on ne peut mettre en doute, que le tigre a tout ce gui lui est compétent, et que toute sa machine est parfaitement appropriée à son action (1).
(1) Je comprends fort bien , et toute personne comprend mieux que moi, qu’il ne serait pas difficile de trouver un grand nombre d’ exemples pareils à celui du tigre que nous avons vu. Qui ne comprend en effet que ce serait un sujet digne d’ un égaie admiration un beau cheval à la course , ou au galop , un singe voltigeant sur les arbres , ou bien un oiseau qui plane paisiblement dans les hauteurs de l’atmosphère? Toutefois la seule admiration ne suffirait pas pour en déduire une conclusion philosophique du genre de celle que nous venons de tirer au sujet du tigre; car il ne suffit pas de se borner à une considération superficielle, comme on fait habituellement, considération d’ ensemble et pittoresque, plutôt que scientifique. Pour une juste appréciation , il faudrait avoir soumis préalablement les animaux nommés , et autres , à un examen soigné, tel et bien plus approfondi encore, que celui que nous avons fait ici pour une petite partie de 1’ organisation du tigre. C’est seulement lorsqu’on a acquis une connaissance profonde des mécanismes d’un animal, et lorsque on voit ces mêmes mécanismes en fonction , que 1’ on peut relever la parfaite correspondance des parties à la fonction, et de l’ instrument à son effet. D’ où résulte clairement l’ évidence de la perfection de l’ instrument même , si son effet est si parfait ; et d’ où la conséquence que tout ce qui se trouve dans ce mécanisme est utile , et nécessaire au complément de l’ instrument; et qu’il n’ y a rien de superflu, de rudimental, ou de reliquatus anatomique. Il est également clair que rien
TIGRE
Donc, si par impossible comme nous avons dit, le tigre eût été la seule création vertébrée qui existât sur la terre, il ne pourrait être autre que ce qu’il est; sa patte ne pourrait être que ce qu’elle est, la patte du tigre.
Après tout , un Créateur ne pouvait rien faire de mieux pour un tigre que de lui donner la patte qu’il a effectivement, sans regarder autour de lui, s’il y a ou non d’autres animaux. Le conceptus d’une telle patte n’ implique aucun précédent, ni aucun égard à un dessin primitif général, ni aucune relation ou dépendance de construction avec la patte des autres animaux; pas plus qu’une clef à de relation avec les millions de clefs qui sont sur la terre; et si ma clef existait seule, il est évident qu’ elle ne serait ni plus ni moins que ce qu’ elle est. La patte du tigre est exclusivement parfaite en elle-même; je dis exclusivement de toute autre patte ou crée ou possible. Sa raison d’être est placée très-liaut; elle est dans la conformité aux lois de mécanique, de dynamique, de physique, de physiologie etc.
Mettons donc de côté pour un moment la question si le tigre est un dérivé d’ autres animaux par filiation
n’ est là pour servir à une unité de plan théorique , ni pour servir de transition à une organisation prochaine. Alors l’intuition toute nue se porte seulement sur deux considérations: d’un mécanisme constitué à terme de science, et de son effet d’ un très-parfait résultat. Mais l’ intuition même est forcément entraînée par une conséquence qui vient après , c’ est-à-dire ' que ce mécanisme est un mécanisme préparé , et d’ un effet voulu « par un artisan qui est à même de son œuvre et dont l’ effet était dans son but. »
TIGRE
ou non. Quant à son organisation, il serait ce qu’il est. se trouvant, comme à présent, au milieu de créations innombrables, aussi bien que s’il était seul sur la terre.
Vous voyez alors, Monsieur, que la doctrine d’actes de création indépendants ne va pas être fort embarrassée pour expliquer la construction indépendante de la patte du tigre, pas plus que pour expliquer celles de la main de l’homme; et, comme nous le verrons ailleurs, celle de la chauve-souris, et du phoque.