LE YOL CHEZ LES CHÉIROPTÈRES
ornithologique? Une fonction, le vol, et des parties adaptées à cette fonction. Mais ce sont des parties de mammifères accommodées à une telle fonction , et par-là mécaniquement semblables à celles des oiseaux. Ce n’ est pas la nature ornithologique qui s’introduit dans le mammifère; c’est une même fonction commune aux deux types, le vol , qui a porté l’ introduction dans les deux des instruments qui sont demandés par la nécessité mécanique pour obtenir la fonction. La véritable nature ornithologique, plumes, et œufs, ne paraissent pas du tout encore. Il ne faut pas confondre un changement du mécanisme d’un mammifère appelé à la fonction du vol, avec une transition d’une nature à une autre. La chauve-souris reste un mammifère volant, comme l’oiseau reste toujours un animal ovipare, emplumé, de nature totalement différente.
Il est bon d’ éliminer un doute qui donne 1’ aspect de paradoxe à l’aile de la chauve-souris, en disant que, si par des motifs d’ une portée fort élevée il était convenable de faire des mammifères volants, on ne pouvait faire que des chauves-souris.
Cela deviendra clair, je crois, par les études qui vont suivre; mais pour en dire un mot d’avance, on ne peut oublier que l’aile, dans sa conception plus générale, est une expansion élastique mise en mouvement pour frapper l’ air. Il faut ou des plumes , ou bien des membranes appuyées à des tiges résistantes, comme chez les papillons , les libellules , les bourdons. Les plumes sont le partage des oiseaux; elles sont exclues du type mammifère.
La raison de cela a d’autres recherches (1). Restent les membranes et les tiges. Dans les chauves-souris les membranes sont soutenues par des baguettes résistantes. Pour ces animaux on a donc , adopté le deuxième mécanisme possible.
Et cela suffit pour le moment.
Nous ne sommes pas encore entrés dans notre sujet, qui est l’étude de la main des chéiroptères: abordons-le donc.
Pour comprendre la structure de la main de la chauvesouris, il faut avant tout démêler les particularités exceptionelles qui la caractérisent. La main des animaux en général a une destination, à laquelle travaillent toutes les parties dont elle se compose. Chez les primates ce sont cinq doigts qui travaillent à une fonction cumulative, la préhension; chez les ruminants et les pachydermes c’est l’ambulation, et chez les Aï, c’est de s’attacher par des ongles crochus. Les chéiroptères ont cinq doigts; quatre uniformes par configuration, de même que par fonction; manquants d’ongle, souvent de phalange ongueale, et portant l’expansion alaire; un cinquième doigt, à part, servant à s’accrocher aux corps par son ongle court et acéré. On trouve donc réunies dans cette main deux fonctions bien différentes; le vol qui appartient à la partie tétradactyle de la main; 1’ acte de grimper qui est assigné au pouce.
(1) Voir à la fin de cet article quelques observations à ce propos.
Toutes ces parties ont cependant cela de commun, que ni les quatre doigts ni le pouce n’ont point d’actions véritablement digitales à accomplir. Ce qui est rigoureusement vrai pour les chéiroptères insectivores , les frugivores ayant quelques petits moyens de préhension plus avancés (1). Les quatre doigts sont autant de baguettes effilées et distendues, pour les soutiens de la membrane alaire; le pouce dégagé de cette membrane alaire, court et robuste, est un crochet qui, s’ appliquant aux corps par son ongle courbe et acéré, s’y attache, sans pourtant les retenir par une préhension véritable.
L’artus antérieur des chauves-souris est donc monté en rapport à deux genres de fonction , le vol et le grimpement, mais sans contredit la forme alaire Y emporte de beaucoup sur Y autre. Le crochet pollicaire n’ exigeant point d’éléments de force, la direction principale qui a reçu le mécanisme des mains chéiroptères est pour le vol.
L’ humérus , mais surtout T avant-bras , et les doigts portent ce premier caractère, un allongement extraordinaire (2). Le problème qu’on avait à résoudre pour le
(1) « Les chéiroptères frugivores, (dit M. Temminck, T. 2 p. 51) ont le pouce des ailes excessivement long et muni d’un ongle très-fort ... « Et quant à 1’ index le doigt indicateur des pteropus, est de moitié plus court que le médius , sa phalange onguéale est distincte, et porte un petit ongle, qu'on ne remarque pas dans les autres chéiroptères ...» T. 1, p. 167. L’index du Pteropus edulis , en effet, a ses trois phalanges et l’ongle.
(2) Chez le Vespertilio rnurinus l’humérus est la moitié de T avant-bras , qui égale en longueur le troisième métacarpien, et chacun d’ eux égale la distance qui passe entre
vol des chauves-souris, c’était l’ ampliation plus ou moins grande, mais toujours grande, de la surface représentée par la divarication et Y extension de Y artus. Tout ici est motivé pour donner enfin le résultat final d’une expansion alaire capable de soutenir ces animaux dans l’air. Par conséquence l’humérus est très-long et robuste; et Y avant-bras lui-même extrêmement long. Il a la longueur de l’animal du synciput à l’origine de la queue. Mais à l’avant-bras le radius subsiste presque seul, le cubitus étant réduit ordinairement à une simple apophyse styliforme, qui n’atteint pas le tiers du radius. D’ où tout mouvement de rotation du bras est par là perdu. « La rotation de la main, dit Is. Géoffroy St. Hilaire (1), est une faveur dans le singe, elle eût été funeste dans la chauve-souris, chez laquelle de la fixité vers 1’ origine
l’ occiput et la région coccigienne. Le fémur est la moitié de f humérus , qui de son coté égale la distance de Y occiput à toute la région thoracique. L’ avant-bras égale la longueur complexive du fémur, du tibias et des pieds.
L’aile étant plissée, le carpe se trouve à la hauteur.de la tête, tandis que l’angle huméro-radial arrive à l’origine des jambes. Les phalanges étant repliées sur les métacarpes , tout le faisceau alaire est racourci de manière à ne point dépasser la longueur du radius , et à permettre l’ ambulation à l’animal. Ce qui est fort remarquable car, comme dit Blainville, p. 10: « La longueur des membres antérieures depuis leur racine jusqu’à l'extrémité des plus longs doigts, est à celle du tronc en totalité comme 4:1, ce qui donne à l’ envergure huit fois au moins la longueur du corps. »
(1) Lee. 12 p. 18; et encore Todd. Cyclopedici , art. Chéiroptère.
des doigts était absolument nécessaire. L’air qui ne résiste sous l’aile que lorsqu’il est frappé vivement, fortement , et surtout d’ ensemble et d’ aplomb . aurait trouvé à échapper de côté, si la main eût pu tourner sur son axe. » Il était nécessaire de fixer la main modifiée dans un état intermédiaire entre la pronation et la supination; il fallait donc établir par 1’ articulation huméroradial, la position de la main, et ôter tout mouvement de rotation dans les os de l’avant-bras (1). L' inclination de la surface frappant 1’ air est rigoureusement déterminée par rapport à l’axe du corps. Elle doit être toujours la môme ; toute variabilité ne pourrait être qu’ une dégradation de la faculté du vol. La position et la fixité de l’ aile dépendent de deux facteurs, c' est-à-dire :
1. ° l’humérus, dont la torsion, ou le rapport des deux axes des têtes articulaires entre elles est de 90 degrés, suivant M. Martins, rapport propre des humérus d’oiseau;