‹ La théorie darwinienne et la création dite indépendanteChapitre 95 sur 125 · EXPLICATION DE LA PLANCHE XIX · texte numérisé non relu

EXPLICATION DE LA PLANCHE XIX

Carpe, métacarpes, et tète du radius de Pteropus. ( Pteropus

Godefroyi. Mus. pis.).

Fig. 1. a) tête du radius vue de sa face supérieure. b) cavité articulaire vue de dessous.

Fig. 2. carpe et métacarpes. 1 ) scapoïdo-luné — 3 ) pyramidal — 4) trapèze — 6) grand-os — 7) os crochu — I) métacarpe du pouce — II à Y) métacarpes de la partie tétradactvle.

CARPE DES CHÉIROPTÈRES

et plus précisément le scaplioïclo-luné en forme de lame, ou de cordon déprimé d’ une très-grande extension. Cette articulation par rapport à la forme, à la longueur, à la profondité de la fosse et à Y exacte correspondance des pièces, rappelle l’articulation transversale des mâchoires des chats, dont la fermeté ne sera guère différente de celle que nous étudions chez les chéiroptères. Les seuls mouvements possibles pour le scaphoïdo-luné, sont ceux d’abaissement et d’exhaussement; seuls mouvements accordés à l’ artus qui a toute rotation empêchée.

L’axe de cette articulation étant très-bien défini, je le prends comme base de la main, pour y rapporter la position des os métacarpiens.

Le scaphoïdo-luné, que nous venons de nommer, est très-étendu (1) de droite à gauche sur le même plan de 1’ axe articulaire. Il est plate et presque tabulaire au-dessous, et sa marge postérieure unie, et presque rectiligne. Le bord antérieur au contraire est festonné et renforcé par des bourrelets , dont le plus grand est sur le milieu. Un gros rebord est au dehors, et un grand sinus au côté pollicaire. Les tubercules et les sinus sont des appuis , ou des lieux de réception pour les os de la seconde série (2).

La première série du carpe ou le protocarpe des Ptéropus est formé presque en entier par le scaphoïdoluné. On y voit pourtant tout près du côté externe un très-petit pyramidal de forme globulaire.

(1) ... Il est jusqu’à 30 fois plus gros que l’externe . . . Meckel. 4, p. 86.

(2) PL XIX. fig. 2 — 1.

CARPE DES CHÉIROPTÈRES

Le deutocarpe a quatre os, le trapèze, le trapézoïde, le grand-os et le crochu.

Le crochu considéré par sa face supérieure présente un côté de contact au pyramidal , un autre à la tête supérieure du grand-os, et à son côté externe et antérieurement il finit en pointe qui rentre entre les bras de bifurcation du quatrième métacarpien (1).

A. sa face dorsale, le grand-os a presque la forme d’un 8, dont l’axe est un peu oblique. La tête postérieure est reçue sous le grand rebord du scaphoïdo-luné , l’antérieure est en partie embrassée par la tête bifurquée du troisième métacarpien. L’isthme entre les deux têtes est occupé en dehors par une anse du crochu, et en dedans par un côté du trapézoïde.

Celui-ci, le trapézoïde, est un petit os, qui se dessine sur la face dorsale, en forme de paralelogramme mis de travers. Il se trouve placé presqu’au centre du disque dorsal carpien; et répond à peu près au grand tubercule du scaphoïde. En dehors il s’ appuie sur le grand-os, comme on vient de le dire, et en dedans au trapèze. Antérieurement il offre un appui puissant au bras ' de bifurcation du deuxième métacarpien.

Le trapèze est très-grand. Il porte le pouce presque sur le côté interne du carpe. Une apophyse basale postérieure recourbée de cet os , le trapèze , entre dans le grand

(1) Je ne connais pas les autres faces internes et postérieures de T os , n’ ayant pu étudier que les faces supérieures sur lesquelles j’ ai formé la figure 2 Planche XIX. Par la même raison j’ai dû me borner à la considération des faces dorsales des autres os carpiens.

MÉTACARPE DES CHÉIROPTÈRES

sinus du scaphoïde; mais cette apophyse étant elle-même excavée, un des points les plus arriérés de la base du premier métacarpe, va s’y insérer. Je ne suivrai pas le trapèze dans ses rapports avec la colonne pollicaire. Antérieurement il présente une face sur laquelle va s’appuyer une grande partie de la base de V index. Je ne connais pas les autres faces (1).

Formes, positions, contrastes, entrelacements, tout est changé ici, si on le compare avec la disposition que nous avons étudiée dans les carpes de l’homme, du tigre, du phoque etc. Ici les éléments carpiens présentent un mécanisme tout à fait différent et nouveau; dont le but est enfin sans doute la décomposition des forces et l’adoucissement des coups rudes, qui dérivent du vol. Mais les rapports ou les contrastes d’ une pièce carpienne à une autre, sont dans un ordre tout différent de ceux que nous avons exposés ailleurs. Ils sont dans l’ ordre du fonctionnement de la main. Nous verrons cela après avoir mieux sondé notre sujet (2).

Passant à l’étude des métacarpes, le troisième, et le cinquième sont les plus gros, et les plus forts. Tous ont leurs têtes carpiennes plus ou moins fourchues , et ceux qui l’ont le plus sont le quatrième et le troisième. Le quatrième embrasse la pointe cunéiforme de l’ os crochu et

(1) Voir encore Alix. Bull. Soc. Phûom. p. 137.

(2) On verra sans doute cela plus clair par l’examen plus avancé du carpe de Ptéropus , que des naturalistes mieux fournis pourront exécuter.

234 MÉTACARPE DES CHÉIROPTÈRES

le troisième comprend clans ses bras la tête anguleuse du grand-os.

Les métacarpiens de la partie tétradactyle de la main chéiroptère ont tous leurs têtes fortement amplexées aux os carpiens. Mais ces appuis répétés que les métacarpes trouvent sur le deutocarpe , sont tous dans une même div rection . et dans un même sens. Ils sont de dehors en dedans. De plus il semble que toute F entière petite machine carpienne soit montée pour dominer en premier lieu les efforts de latéralité externe. Il suffit de regarder la figure (1). Le cinquième a un fort appui sur le côté du quatrième qui. par un grand bras de sa bifurcation, s’appuie largement sur un face du crochu qui, à son tour, insiste sur la tête postérieure du grand-os. D’ autre part le quatrième s’appuie contre le métacarpien du milieu, qui par sa bifurcation comprend la tête cunéiforme du grancl-os; mais remarquons que c’est la branche de dehors qui est véritablement grande. Le grand-os enfonce, à son tour, sa tête supérieure dans la cavité du scaphoïde; cavité renforcée par le gros tubercule médian. Un appui plus grand encore, contre les coups de latéralité provenant du dehors, trouve le grand-os sur le trapézoïde, et par F intermédiaire de celui-ci sur le trapèze qui va porter son apophyse fermement resserrée dans le sinus du scaphoïde.

Enfin qui ne saurait voir, au premier coup d’œil sur la figure (2) , combien est prémuni le deuxième métacarpe

(1) PL XIX. fig. 2.

(2) PI. XIX. fig. 2.

MÉTACARPE DES CHÉIROPTÈRES

contre les coups du dehors, par sa grande branche externe qui s’ appuie contre le trapèze dont Y apophyse postérieure va s’ enclaver dans la sinuosité du scaphoïdo-luné ?

Je ne puis poursuivre plus loin cet examen qui présenterait, j’en suis sûr, des preuves plus approfondies, que tout ici est prémuni , et solidement sans doute , contre des coups de côté; qui du reste semblent réellement être les coups les plus ordinaires et les plus répété dans l’acte du vol. Car pendant qu’ ont lieu les percussions itératives des ailes sur les colonnes atmosphériques, l’action de celles-ci est bien de haut en bas pour le soutien de l’ animal; mais elle est aussi d’avant en arrière afin que l’animal puisse avancer d’arrière en avant (1). Donc l’effort qu’exécutent les tiges, est un effort oblique, intermédiaire entre le vertical, et celui de progression d’avant en arrière ; mais il me semble qu’ une plus grande importance appartient à cette dernière action. Le vol des chéiroptères est une véritable jeu de rames dans un fluide dont la densité vaut pourtant quelque chose pour le soutien du petit corps de l’animal, qui est en proportion de la surface membraneuse comme 1 à 8. Les quatre métacarpes externes étant donc soumis à supporter à chaque coup d’ aile des efforts de latéralité de derrière en avant, la forme, d’ailleurs si remarquable des têtes mêmes métacarpiennes . et aussi des

(1) Cliabrier avait déjà signalé pour les ailes en général, le mode de percussion qu’ elles exécutent sur les colonnes aériennes , c’ est-à-dire obliquement afin de pousser par là le volatile en avant clans la direction de la résultante des forces {Mémoires du Muséum T. 6, p. 425).

236 DIVARICATION DES MÉTACARPIENS DES CHÉIROP.

éléments carpiens reste bien intelligible, car son effet est de prémunir l’artus alaire des chéiroptères contre des coups de côté.

Supposons que je n’eusse pas prévenu mon lecteur par la description des formes osseuses du carpe des chéiroptères. Alors un examen soigné du mode de fonctionner de l’aile de ces animaux le porterait à une déduction inévitable. C’est-à-dire que — dans le carpe des chauves-souris doivent dominer les contrastes contre les coups de latéralité. —

Dans le labyrinthe de contrastes et de réactions de ce petit carpe au but de décomposer les efforts qui tombent sur l’aile, il y en a sans doute d’autres que je ne saurais signaler à présent; et notamment ceux qui sont dirigés à braver les effort de torsion qui vont tomber sur la main par les commotions irrégulières de l’atmosphère pendant le vol, et ceux qui dépendent des mouvements du pouce. La grande base de celui-ci chez les Ptéropus qui insiste sur le trapèze et encore directement sur le scaphoïdo-luné, montre de combien de résistance ont-été fournies même ces parties du carpe.

Un caractère fondamental, et en même temps plus éclatant des chéiroptères, est, comme nous avons eu occasion de signaler maintes fois , la disposition et la longueur des métacarpiens. Divergents et ouverts dans l’action du vol, ils sont rapprochés et recueillis en un faisceau pendant le repos. Il est important d’examiner comment a lieu la divergence des tiges alaires; car il est

DIVARICATION DES MÉTACARPIENS DES CHÉIROP. 237

remarquable qu’ils ont une divarication très-prononcée, sans pourtant rien ôter de la force qui leur est nécessaire de tirer de leur base des appuis réciproques.

Il faut dire d’abord que l’insertion des quatre métacarpiens sur la plaque osseuse du carpe, ne se trouve ni sur un même niveau , ni dans une même série. Si l’ on prend en effet, comme nous F avons avancé ailleurs, F axe de F articulation radio-carpienne , comme base de la main, on voit que le cinquième métacarpien est placé le plus bas tandis que les autres sont graduellement plus élevés jusqu’à l’index qui est le plus haut de tous. La série de ces bases, en outre, forme presque un quart de cercle; le cinquième se trouve en dehors de la main tout près du scaphoïde , tandis que le deuxième et le troisième sont au devant du carpe.

La divergence des quatre tiges métacarpiennes pourrait bien se faire par une divarication réelle, comme des baguettes enfilées dans un petit cercle (1). Les tiges se trouveraient toujours" ouvertes ou pressées dans un même plan. Il en serait comme de quelques doigts de la main de l’homme ou du pied des oiseaux, qui peuvent bien s’éloigner ou se presser dans le même plan. Mais cet éloignement d’ un doigt à F autre a lieu sous F action des muscles divaricateurs, qui impriment un mouvement à des doigts dont la base est arrangée pour ce genre de mouvement. Dans ce cas on trouve d’ ordinaire placées au service de chaque doigt, quatre sortes de muscles: un divaricateur,

(1) PI. XVIII. fig, 3.

238 DIVARICATION DES MÉTACARPIENS DES CHEIROP.

un abducteur, un dépresseur, un élévateur. On trouve en effet cette structure compliquée dans les cas que nous avons cités de l’homme et des oiseaux, lorsqu’aux mouvements de divarication sont associés ceux de préhension.

Si F épanchement de F aile de la chauve-souris se faisait par la divarication des doigts telle que nous venons de considérer, il aurait fallu un grand appareil de muscles divaricateurs très-forts , et d’ autres abducteurs. J’ ai dit très-forts , car pour conserver en divarication les doigts lorsqu’ ils sont sous F action du vol , il faudrait beaucoup de force. De plus une noctule qui pendant plusieurs heures voltigerait dans l’air, serait contrainte à une tension continuelle de ses muscles divaricateurs.

Arrêtons bien nos idées. La divarication que nous venons de considérer est un repoussement mutuel des pièces sur un même plan, c’est la disposition des rayons dans une roue. Un autre moyen et un mécanisme plus simple, c’ est la divarication oblique , celle que F on voit dans F éventail des dames. On obtient encore ici une grande extension de surface par un simple glissement des tiges suivant leurs faces de contact. Mais on F obtient moyennant une condition. L’éventail étant fermé, son axe est horizontal; on F ouvre si l’on fait baisser les tiges d’un côté, et si on les exhausse de F autre. Enfin c’ est un exhaussement et un abaissement de parties qui composent F éventail ; ou , ce qui revient au même, il faut que les tiges se trouvent placées dans un différent degré d’ abaissement.

Considéré de la sorte, l’épanchement de l’aile de la chauve-souris , se réduit à un simple mouvement d’ élévation et de dépression des doigts. Je puis imiter ce travail

Page 1