‹ La théorie darwinienne et la création dite indépendante: Lettre a? Ch. DarwinChapitre 114 sur 129 · DÉVELOPPEMENT · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT

Je plante une graine de Dattira. Quelques jours après il en sorte la petite plante à quatre feuilles. Je la visite par intervalles de temps. J'y vois d'abord un plus grand nombre de feuilles, ce qui est un avancement; caria respiration se fait plus abondante, et la nutrition plus fournie. Après, elle a grandi, et a poussé des branches; elle a abandonné la faiblesse enfantine , et a acquis la vigueut d'une jeunesse pleine d'avenir. A une dernière visite, je la trouve ornée de fleurs; elle s'occupe de la propagation de l'espèce; elle est à son apogée de la vie; et sa vie éphémère va se perpétuer par la nouvelle graine qu' elle me rend. Le cycle est clos; mais la petite plante, en partant des quatre feuilles jusqu'à l'âge des fleurs, a parcouru une série de variations, ou de modifications, qui ont toujours fait avancer la plante dans sa carrière organique.

Dans cet exemple j'ai donc une idée bien arrêtée de ce que c'est qu'une variation qui avance j qui développe ^ qui fait progresser un être d' un état inférieur à un supérieur.

Voyons J' autres variations. Je reviens à la Datt4ra, Une nutrition excessive multiplie l'épanouissement des feuilles; les fleurs se font doubles, les organes reproducteurs avertissent. Ce sont des variations, et de grandes variations à la vérité, mais non un avancement, ni une amélioration. Car la production des graines est devenue problématique, ou nulle. — Par contre, une extrême pauvreté du terrain et la siccité, rendent la plante pygmée et chétive, les feuilles rapetissées ne suffisent plus aux fonctions respiratoires, les tiges trop vitement durcies et li-

gneuses ne permettent pas la circulation des humeurs , et la fleur, par défaut de nutrition, ne s'épanouit ou ne rend qu' une graine défectueuse. Ce sont encore des variations, mais non pas des avancements. — Enfin si de grandes pluies et une humidité persistante produisent une évolution excessive, ou ce qu'on appelle une végétation luxuriante, la plante trop aqueuse manque de vigueur, et.de ce degré de vie qui assure également le bien être de l' individu et la perpétuation de l'espèce.

Certes, on ne dira pas qu'on a ici une évolution normale, ni un état de perfectionnement de la plante; mais que si l'on a des variations et des modifications, ce sont des modifications dégradantes.

« Peut-être un parallèle entre la vie évolutive de V individu et la vie progressive de l' espèce , pourra subir quelque objection. Mais sous le point de vue, sous le quel nous considérons ici la question, il y a quelque point de commun ; car si l' individu a ses transitions ascendantes depuis son origine jusqu'au complément de sa carrière vitale, l'espèce doit avoir, à ce qu'on dit, ses transmutations ascendantes de l'état inférieur au supérieur, et du simple au composé (1). La réalité du premier, et l'hypothèse du second, ont également ce stdbstratum, c' est-à-dire une progression ascendante.

(1) Lorsque des galéopithèques se transforment en chauvessouris, suivant les idées des transformistes, ou lorsque V ouistiti devient un orang-outan, ils passent d'un état inférieur à un supérieur.

Du reste, c'est dans la pensée même des transformistes que nous avons citée ailleurs, que l'espèce avance vers un type plus élevé. La sélection naturelle n' est-elle pas la prévalence des meilleurs individu, ou la raison du plus fort?

Mais en est-il véritablement de la sorte? La race modifiée est-elle en effet améliorée?

Il ne nous est pas possible d' assister au déroulement des variations des types, comme nous avons suivi les développements de la Datura. En revanche nous avons sous nos yeux les modifications apportées aux races de quelques animaux, et il nous est donné encore d'assister presque de présence aux modificatioils, apportées par l'influence des causes ambientes, et de la domesticité. Ce qui suffit pour la question actuelle.

Je me porte sur le type chien, le plus familier pour nous, et dont les variations sont mieux connues que celles d' autres types. Je ne demande pas ici quelle est la souche d' où sont issues les races innombrables des chiens. Kationellement, on peut la supposer là où les proportions sont les mieux assorties, où la force d'une partie est mieux équilibrée avec celle de toutes les autres, où l'instinct même est en accord avec la puissance corporelle. Cela dit, il reste indifférent de choisir le chien de berger, le mâtin, ou d'autres. Je pense que ce point de départ peut être admis également par les deux doctrines. Peutêtre pour les transformistes, la recherche sera un peu embarrassante; mais pour la doctrine d' une création indépendante, elle est bien simple. D' après elle, il n' y a

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pas de doute que toutes les races proviennent de V espèce primordiale, qui, n'étant pas encore altérée par les modifications, était de toute perfection.

Soit donc le mâtin. Supposons ce qui est en effet, que par ses variations il donne origine à des races que nous voyons auprès de nous. Vous concevez d' abord qu' il n'est pas possible de dire que chaque race est une amélioration du type. Auprès d'un mâtin, par exemple, on ne trouvera pas bonne race sans doute, ni le basset, ni le chien à jambes torses. Serait-ce un cas impossible que le basset, tout fourni qu'il est d'une bouche pour attraper et retenir une victime, ne puisse pas l'atteindre par la course? Supposons donc plutôt le type chien modifié dans le grand lévrier. L'agilité ne lui manque pas sans doute; mais si ayant par sa légèreté atteint une victime, il ne peut l'arrêter, ni lutter avec elle avec force, on n' a pas là aussi une bonne race. Il y a chez le lévrier une exagération d'agilité et de gracilité qui ne présente pas un ensemble harmonique dans le corps entier de l' animal. Sa bouche de chien demande une membrure plus trapue et plus forte. — Le petit chien turc, tout joli et tout nu qu'il est, a perdu en grande partie les qualités de son type. Ses organes et ses fonctions sont éminemment en désaccord. Quelques-unes de ses dents, sont des dents de chien associées avec des membres si délicats et si minces, qu'ils seraient propres à l'animal le plus paisible et inoffensif, tel qu' un petit cerf etc. Certes on ne trouve pas là, à quelques dents près, une bête fauve.

Je ne cite pas d'autres exemples de ce genre, car ils

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