DANS LE CHIEN
se rapportent k des observations trop superficielles. Mais de ce que nous venons dire, il me semble que si dans les variétés que nous avons mentionnées 1' homme trouve quelque intérêt, ou quelque curiosité, la science y trouve des deformatioHê, des exagérations, des défauts. Evidemment on n'a pas ici de ces v^iations, ou de ces modifications,' qui font progresser le type, ni qui soient une amélioration de l'espèce.
Je vais donc fixer mon attention à quelques parties iiiternes. et, plus précisément, h quelques os. — Des crê-
tes osseuses très-hérissées sont sur le dessus du crâne, et à sa partie postérieure dans le mâtin, le dogue etc. Ce sont les lignes d' attache des muscles élévateurs de la mâchoire inférieure et de ceux qui font mouvoir la tête sur les vertèbres cervicales. La crête supérieure ou sagittaire en concurrence avec la postérieure ou lambdoidale, fait un angle qui s' avance en arrière au-delà du plan occipital.
On voit par là combien d' étendue présente la ligne
d'attache de la masse musculaire motrice des mâchoires. Dans ces expansions crestiformes, il se révèle un des princi-
paux caractères des animaux carnivores; chez lesquels est très-remarquable aussi le grand évasement des arcades zygomatiques : qui de leur côté attestent du volume et de la puissance de la masse musculaire. Or, une trèsgrande convexité de cet os zygomatique se voit de même dans les chiens que nous venons de nommer: le mâtin, le chien de berger, le dogue etc. Toutes les formes donc du crâne de ces chiens démontrent le grand développement du système musculaire au service des mouvements de la mâchoire inférieure (1).
La bouche dans ces races est armée de dents trèsdéveloppées et très-fortes. Je dois donc présumer dès à présent un accord entre la forme dentaire de l' animal , et
(1) Les crêtes crâniennes forment encore une doublure des parois osseuses du crâne; et il est aisé de comprendre combien de résistance et de force générale elles joutent à la caisse céphalique. Force qui est très-grande à la tête du gorille et du mâtin , et qui manque à la tête de l' homme et du petit chien turc.
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la force musculaire destinée à la faire mouvoir. Je pourraissupposer aussi qu'elles se trouvent réellement, dans une véritable proportion entre elles, à la bouche du mâtin ou du chien de berger. Alors je me dis: voilà une force musculaires commensurée à la force des dents; voilà l'exigence de r appareil dentaire satisfait. Mais pour établir cela positivement, il faudrait des recherches qui me conduiraient trop loin. Pour faire cependant quelques pas, je vais fixer mes considérations sur un seul point de la denture du chien, la dent carnassière.
Elle est, comme on le sait, très-forte et très-étendue.
L'arrangement des crêtes crâniennes et l'arcade zygomatique, ces témoins du développement musculaire que nous venons d' observer dans le mâtin et dans le chien de berger, n'est pas le même pour les différentes races du chien. Pour en faire un examen comparatif un peu rationnel, j'ai procédé de la manière suivante.
J' ai pris la base de la grande dent carnassière inférieure comme une mesure de commun rapport entre les difiFérentes races. Avec cette unité de mesure j' ai procédé à l'examen des crêtes et de l'arcade zygomatique (1).
(1) Ce terme de comparaison que j' ai choisi , la dent carnassière, a une véritable importance physiologique. — La forme, la grandeur, la force d'une telle dent, par exemple, celle du tigre , demande une grandeur et une force déterminée dans les mâchoires; celles-ci exigent une force compétente des muscles mâcheurs, des crêtes au crâne etc. De plus ces formes céphaliques exigent des vertèbres cervicales déterminées , et des extrémités antérieures et postérieures correspondantes. De manière qu'une dent peut déterminer tout 1' animal.
La grande crête sagittaire du matin, en partant du point supraorbital jusqu' à la pointe postérieure occipitale, là où l'on a la rencontre avec la crête lambdoidale, présente une longueur de cinq fois et demie la base de la grande carnassière (1).
Chez le. chien turc, ce qui est fort remarquable, il n'y a pas de crête d'aucune sorte, et toute la caisse céphalique est ronde, lisse et globuleuse comme la tête d'un enfant. Mais la ligne superficielle d' attache des muscles correspondants à la crête du précédent, est très-courte, n' étant que trois fois environ la base de sa dent férine (2).
La convexité dont jouit l' arcade zygomatique du mâtin, de sa concavité à la paroi opposée du crâne, mesure une distance deux fois la base de la carnassière inférieure, tandis que cette même distance chez le chien turc ne porte qu'une fois et. demie la base de sa carnassière.
Il s' ensuit que toute proportion gardée, la masse musculaire est, de beaucoup inférieure à celle du mâtin chez le petit chien ; et ce qui est plus remarquable , c' est qu' un telle minorité se prononce vis-à-vis d' un terme fixe de comparaison dans les deux chiens mêmes, c'est-à-dire la base de la dent carnassière. Les choses comparées représentent un instrument et une force: la dent et la masse musculaire. Mais la force motrice qui devrait utiliser la dent s'amoindrit dans le petit chien rapport à r autre. On a donc ici un instrument qui ne trouve pas une force compétente pour être utilisé dans son entier.
Dans le petit chien turc, on a une apparence de
(1) Rétro pag. 281.
(2) Rétro pag. 282.
force représentée par sa dent carnassière inférieure, tandis qu' il n' y a pas une possibilité d'action proportionnelle. On a un instrument, dont une partie reste perdue ou inutile. Il y a là une erreur de dynamique, qui veut que tout instrument doit fonctionner en entier, et selon sa propre conformation.
Voilà donc un désaccord, un vice d' organisation. Il serait également absurde pour l'artiste, de mettre une force plus grande qu'il ne faut dans une machine, que d'y la mettre inférieure au besoin.
Le petit chien turc n' est donc pas seulement un petit chien, mais c'est un chien dégradé.
Un autre chien profondément modifié est le petit dogue. Son museau camard signale des mâchoires très-rraccourcies. La diminution de longueur de la ligne alvéolaire ne permet pas aux dents de trouver tout l'espace nécessaire pour leur placement. Quelquefois en eflfet des dents manquent, mais d'autres fois une des mâchelières, au lieu d'être placée longitudinp.lement, l'est de travers. Alors le nombre des dents est conservé, mais dans un espace raccourci. La dent placée de travers avait d'abord, et a une forme déterminée en harmonie avec les autres dents, et avec la nature du chien. Sa fonction devait s'accomplir suivant un placement longitudinal, cela est clair; mais il est également clair, que lorsqu'elle est placée de travers, elle ne fonctionne plus de même. La mastication effectuée parle petit dogue n'est pas normale. Elle est défectueuse par un minimum si l'on veut, mais elle ne l'est pas moins. Il
y a quelque chose d'estropié, ou de mal placé. Le chien petit dogue est donc un chien dégradé (1).
Vous nous avez signalé, Monsieur, que l'homme pourrait probablement fixer une paire de molaires surnuméraires à l'une ou à l'autre des mâchoires.... et qu'il pourrait également faire un chien sans dents. Je le crois possible, car vous l'avez dit. Nous sommes d'accord sur cela: mais ce, où il nous faut nous entendre, c'est sur ce qu'on entend d'avoir fait par ces opérations là; c' est-à-dire si r on juge d' avoir apporté un amélioration , ou bien d' avoir fixé une monstruosité. La question ainsi posée est suffisamment importante.
Fixons deux molaires de plus; et qu'elles soient de la forme des autres , si l' on veut. Vous concevez que l' armure buccale du chien non dégradé est un instrument entièrement approprié à la mastication qu'il doit exécu-
(1) L' influence de la variation par la domesticité est imposante. « Le chien pour la taille peut différer comme 1 à 5, ce qui fait plus que le centuple de la mafte.' » (Géoff. St. Hil. p. 445). « Il existe de cochons grands comme des bœufs, d' autres sont plus petits que des moutons. Il y a des boucs et des moutons presque aussi hauts que des ânes; d' autres presqu' aussi petits que des lièvres. » (p. 432). « Dans ce cas tout système est affecté osseux, musculaire etc. mais il s'en faut de beaucoup qu'ils soient tous également modifiés. A cause de cela nous voyons les déformations dans le chien ; et on a signalé chez les races ovines des membres tantôt trèsallongés , tantôt très-raccourcis ... les formes des os des membres sont très-modifiés. » (Géoffr. St. Hil. p. 433).
ter, et qu'une dent de moins, aussi bien qu'une de plus, serait hors de propos, et plus qu'une inutilité, elle dérangerait la fonction et l' ordre des autres dents. Un système dentaire à la bouche d'un animal quelconque, est un outil convenablement disposé pour exécuter une telle mastication; et T appropriation en est de même sur tout r ensemble , comme de la forme de chaque dent en particulier. Il est donc bien arrêté, que la couronne d' une dent est en accord avec la couronne de toutes les autres. Il ne serait en faculté de personne, sans sortir du champ de la science, de changer de place aux dents d'un chien. Si quelqu' un plaçait la tuberculeuse du fond, au bout des mâchoires et les fausse molaires au fond , il ferait comprendre qu'il ne connaît pas les éléments de la dynamique ^(1). Car le tuberculeux qui écrase les os exige une force plus grande que les faux molaires qui coupent les chairs d' une victime. Et la prévalence de la force dans les mâchoires se trouve comme on voit tout près de l'articulation au fond de la bouche. L'introduction donc d'une ou deux molaires sumumérainBS serait l'introduction de parties éthérogènes qui ne sont pas en accord avec l'ensemble de r armure dentaire. Alors on aurait une séçie défectueuse de dents, ainsi qu' une roue dentelée par l' addition d' une ou deux dents surnuméraires, ou par la soustraction d'une de ces dents, serait défectueuse.
(1) «... plus la dent sera reportée vers le fond de la bouche, plus son action sera puissante, la dépense de force motrice restant la même. » — Milne Edwards. Leçons de Physiol.
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. L' homme pourrait faire une race de chien sans dents, en partant de Fépagneul presque édenté. — Oui; de même que le serrurier peut faire une serrure sans la clef. Si vous concevez l'organisme général du chien, et en ôtez les dents, vous faites, comme vous le dites vous même (1), une monstruosité ; ou par contre , si vous mettez l' organisme tout entier en accord avec la bouche sans les dents, -VOUS faites un tout autre animal; c'est-à-dire un édentè, un fourmilier, et non un chien. Car quand il est sans dents que voulez vous lui donner à manger? De l'herbe? non pas : de la viande ? encore moins : donc de petits insectes, c'est-à-dire un aliment à déglutir. — Il vous faut changer tout l'animal; intestins, extrémités, instinct, tout.
Donc les deux modifications que j'ai rapportées, en les tirant de vos ouvrages, n'introduisent pas une amélioration, mais amènent directement à une véritable dégradation; et la fixité de ces modifications serait, sans aucun doute, la perpétuation d'une monstruosité (2).
(1) Variation p. 37.
(2) On peut toutefois citer des modifications qui sont de véritables améliorations. Telles sont , par exemple , celles qui se rapportent au poil, ou à la fourrure. Quelques races de chien en effet en ont une touffue, et d'autres en sont trèspeu fournies. Cela les met en harmonie avec le climat du lieu qu'ils habitent. Le chien de berger, le chien du St. Bernard ont un manteau approprié à la rigidité de leurs montagnes. Mais le plus ou le moins de poil, de même que la couleur de certains animaux, et le lard des cétacés etc. sont des protections données à l' individu , et par V individu à l' espèce pour leur conservation. — Le monde ambiant étant variable,