DANS LES OS
force indispensable pour un corps aussi lourd que le sien. Il le lui faut court et gros ; ainsi que par la même raison on fait aux affûts de Y artillerie les essieux de grosseur énorme, en comparaison de ceux de nos légères voitures , la longueur restant pourtant la même.
Voilà donc une première raison par laquelle les modifications des os ne peuvent pas être arbitraires; mais il y en a une autre encore.
Le corps d'un pigeon, d'un lapin, d'un coq etc. est un mécanisme harmonique, si l'animal est bien portant. Leurs parties sont toutes en accord entre elles, de manière que l'on ne peut songer à l'aggrandissement ou au rapetissement d'un os, sans supposer des modifications équivalantes, ou analogues sur d'autres os; à moins de faire des animaux bossus ou des estropiés. Après cela je comprends qu'on ne peut rationnellement imaginer des modifications indépendantes, ou des modifications qui affectent un 08 , sans toucher aux autres. Toutes les fois que vous me montrez le sternum, des vertèbres, l'os fourculaire, le crâne agrandis, ou dilatés ou boursouflés, j'ai raison de croire que vous n' avez pas trouvé d' autres os dans le reste du squelette, également modifiés : et voyant ces modifications dans leur isolement, je me demande, à quoi bon cela? Ne sont-ce pas des formes anormales, qui n'ont point de rapport avec le reste de la machine animale? Il me semble que ce sont des dilatations, des extensions, des torsions aucunement demandées par l'ensemble du mécanisme organique. Ce sont des parties abortives, ou exubérantes, qui- déforment, ou détériorent l'animal, et troublent son action.
Ce n'est pas tout.
Pour présenter à l'attention des savants l'hypothèse de la transition d'un type à un autre, par des modifications ou des variations, il faudrait mettre en plein jour qu' une modification aifectant une partie est accompagnée par la modification d'égal degré sur les autres parties de l'animal, ou de la plante. Ou, pour le dire par un énoncé plus précis, il faudrait que toute petite diflFérence née sur une partie , se reproduisit proportionnellement sur toutes les autres. On verrait par là que tout l' être change, et si le changement était vers le mieux, on y verrait un véritable progrès. On serait amené alors à supposer que l'harmonie des parties qui régnait d'abord dans l'être, serait conservée encore dans l' être modifié. Sans cela on pourrait apporter un exemple qui met bien en lumière r objection. — Un Piano est un instrument, dans lequel toutes les cordes sont en parfait rapport d'harmonie les unes avec les autres : si on change le ton d' une corde , on a cette corde dissonante avec toutes les autres; si on en a dix ou vingt sur un ton différent, on a de même un désaccord. Mais si l' on aime pourtant de porter le Piano à un ton plus élevé ou plus grave, il est clair qu'il faut changer le ton des cordes, avec cette double condition que les cordes soient toutes changées , et qu' elles le soient à un égal degré. Alors au lieu de Vëtat harmoniqtte primitif, on a porté l'instrument à un état harmonique nouveau. — Or ce fond essentiel de toute vérité de science et de l'industrie, la corrélation et la proportion des parties, doit subsister sans aucune exception dans tout type organique : c' est-à-dire toutes les parties d' un être ap-