‹ La théorie darwinienne et la création dite indépendante: Lettre a? Ch. DarwinChapitre 118 sur 129 · DÉSORDONNÉES · texte numérisé non relu

DÉSORDONNÉES

partenant à un type donné doivent se trouver et fonctionner en accord. Mais lorsqu' on entre dans le champ des variations ou des modifications apportées par le monde ambiant ou par la domesticité sur un animal^ ou sur une plante, un changement concordant et harmonique de toutes les parties à la fois est, je crois, ce que Ton ne voit jamais. Et on pourrait même faire question si cela était possible ou non. Car la cause, ou les causes étrangères qui agissent sur Y organisme animal ou végétal n' ont pas de possibilité, à ce qui semble, de l'affecter par une action générale et uniforme. Une cause. agira peut-être sur un système d'organes, ou sur une partie; mais elle n'a pas la même action sur les autres systèmes, ni sur les autres parties. Elle n'attaque ces dernières que par des conséquences éloignées, et, comme on dit, par contre-coup. Inégalement affectée, la machine organique est désharmonisée; elle se trouve soumise à cet état justement appelé par M. De Quatrefages variation désordonnée (1) ; et plus la modification s'avance, plus s' avance aussi le désordre, et la tendance à la dégradation et à la dissolution de l' être.

Malgré cela, les transformistes s'en prennent pourtant à toute modification, ou variation de tout genre; et, avec la plus grande liberté imaginable, ils en font leur profit pour la théorie de la variation des espèces.

Au reste, je me remets à votBe jugement, car vous pouvez parler en maître en fait de variations des animaux:

(1) Charles Darwin et ses Précurseurs en France. 1870, pag. 242.

294 VAKUTIONS

et c' est à vous qu' il appartient de dire si vous trouvez dans les profondes modifications auxquelles les animaux sont soumis, des améliorations, ou des détériorations.

Quant à moi, je pourrais encore confirmer les observations que je viens d* exposer sur le chien , par la considération des modifications que présentent d'autres types tels que le bœuf, le cheval , la brebis etc. dans la sphère de l'influence exercée par l'homme; mais il me semble que l'on trouve, et que l'on trouvera toujours, que, si d'un côté la disette, le froid, la siccité, la chaleur, les travaux accablants rapetissent le type en le. dégradant, par contre l'excès d'aliments, de bien aise, d'inaction, de bon climat, amplifie le type, en l'exagérant; et que dans tous les cas on a une désharmonisation de la machine organique. Je crois que l'on trouverait confirmées ces idées si 1' on venait à transporter l' étude approfondie des modifications et des variations des animaux sur le champ de 1' anatomie comparée , de la mécanique , de la physiologie etc.

On verrait en dernière conclusion que de telles modifications ne sauraient améliorer l'individu, ni la race: que ce sont des déviations qui ne manquent pas d'affaiblir le type, et par là d'altérer plus ou moins ses fonctions vitales.

On arriverait encore à ce résultat, que les types ont bien une nature plastique, c'est-à-dire capable de se plier, de se modifier sous l' empire des circonstances locales , et de résister le mieux possible aux rudes épreuves aux-

quelles les êtres organiques scyiit soumis. Mais bien des fois cette souplesse, ou cette facilité à se plier, est la source de perturbations et d' altérations des éléments constitutifs de l'être: d'où Ton est entraîné à conclure que, se plier équivaut positivement à se dégrader.

Cette dégradation va au détriment du type; et plus elle s'avance, plus elle rend la machine organique désharmonisée. — Ensuite si elle s'avance encore, l'animal en est affecté et détérioré si profondément, qu' il est presque réduit à l'impuissance de la génération, de la longévité normale, et de l'accomplissement des fonctions propres à sa nature. Qu' on se rappelle les Grenadiers de Frédéric de Prusse , les crétins , les ilotes etc. dans la race humaine (1).

Au moment de quitter le sujet des modifications, qu'une observation, bien qu'étrangère au sujet qui nous occupe, me soit permise.

(1) On a parlé beaucoup de la lutte pour V existence. Il faudrait encore parler de la lutte pour la conservation du type, et pour le retour au type primitif. On voit quelques types se conserver malgré milles causes dégradantes , d' autres après des siècles d' exténuation et de dépérissement se remonter; enfin des races domestiques reprendre plusieurs de leurs caractères primitife aussitôt qu'on les donne à l'état sauvage, ou de liberté. Il est bien connu que des races hybrides font retour après quelques générations aux caractères de l'une des souches de laquelle ils dérivent. Une plante, aussi bien qu' un animal , rabougris , s' ils sont fournis d' un meilleur aliment, et de conditions de vie plus favorables, se remontent, et la vigueur, les proportions et le fond du type reparaissent bientôt, autant que des modifications héréditaires ne sont devenues ineffaçables.

On peut sans doute modifier ou changer quelque chose au Gladiateur mourant, ou à Y Apollon de Belvédère. Mais si on avait dit à Canova ou à Thorwaldsen d'y faire quelque variation, ils s'y seraient sans doute refusés. Ils auraient dit — si on les touche, on les endomnmge. — Ce sont deux chefs-d' œuvre d' une perfection telle, qu' on ne peut que les admirer; mais si Ton y fait quelque modification, on ne peut que les dégrader. — Il en est de même pour les types spécifiques des êtres organiques. — Si on les modifie, on les endommage; — et si les modifications sont trop avancées, les dégâts compromettent l'existence même ou de l'individu, ou de l'espèce. On peut pousser les variations jusqu' aux dernières limites, mais on ne peut les dépasser. — Avec des modifications un peu avancées, on détruit la beauté du Gladiateur et de l'Apollon; de même que l'on détruit la beauté, r harmonie des parties, la science et l'essence typique qu'on a dans le chien, lorsqu' on est arrivé au chien turc et au petit dogue.

Si dans les considérations que j'ai exposées jusqu'ici il ne s'est pas mêlé quelque erreur, on voit que nous sommes arrivés à un but diamétralement opposé à celui que se proposent les Transformistes. — C'est-à-dire que par les modifications ou variations des êtres organisés, on ne monte jamais, on descend toujours; et plus les modifications s'avancent, plus elles nous amènent vers l'extinction de la race. — Cela posé, les limites sont marquées, le cercle est fermé. On ne peut outre-passer ces limites, car elles sont infranchissables^ — On ne peut jamais passer d'un type à un autre.

Si Ton allait poursuivre cette ligne d'observation et de raisonnements, on pourrait encore se porter plus loin; et on pourrait voir, peut-être, bien qu'à une extrême distance , les premières lueurs de la question — quelle est la véritable espèce de la nature. — Il me semble que lorsqu'on s'est mis sur cette voie, on se rapproche, aussi près que possible, de la solution du grand problème.

Je vais résumer les conclusions qui découlent de ce que nous venons de dire.

Je crois que toute personne qui a eu la patience de nous suivre dans la route que nous avons parcourue ne pourra s' eipipêcher de convenir que les extrémités des animaux que nous avons étudiés , sont des œuvres de mécanique, et si Ton veut, d'une mécanique très-élevée.

Or ce résultat final , de même que les principes scientifiques qui nous ont servi de guide, nous ont poussés dans des questions qui se rapportent à des sciences exactes, ou à des sciences, dont les déductions sont d' une rigueur absolue. Il nous reste donc à voir si ces sciences mêmes vont encore nous amener sur quelques vues ultérieures, qui soient valables à résoudre plus positivement le problème que vous. Monsieur, avez posé.

Tâchons donc de voir ce qu'il y a dans le conceptus d'une œuvre de mécanique, ou plus simplement, ce que c'est qu'une Machine.

300 BÉSUMÉ

Les lois générales de Mécanique qui se rapportent à l'équilibre ou au mouvement des corps, sont des lois universelles qui appartiennent à la constitution actuelle du monde physique. Tout savant admet qu'elles forment la règle, et qu'elles régleront toujours la condition des corps. Toujours un grave se portera au centre, s'il n'en est empêché par quelque obstacle. Deux forces concourantes aboutiront toujours à une résultante avec des rapports nécessaires etc. L' ensemble des choses existantes est soumis invariablement à ces lois. C'est là le fondement et le guide général de la mécanique, le point de départ de toute Machine; mais la Machine n'est pas encore.

La Machine vient après. Elle vient lorsqu'on a fait une sage application de ces lois générales à un but déterminé , dirigeant vers le même but les forces , les résistances, les moyens pour accélérer, ralentir, régler et maitriser le mouvement. La combinaison rationnelle de tous ces éléments arrive enfin à assurer l'effet utile et final. C'est alors que nous voyons une force de haute portée, la vapeur d' eau, par exemple, rendue docile sous la main de l'homme; c'est alors de même, que la force musculaire appliquée savamment à des leviers osseux rend les mouvements du bras de l'homme, ou de l'aile des oiseaux, précis et en même temps très-énergiques.

Il est d'ailleurs bien connu que la mécanique s'aide du calcul, de la géométrie et de toutes les ressources des sciences alliées. Les mesures et les proportions les plus rigoureuses peuvent seules garantir à une Machine une fonction parfaite. Une bonne Machine sera toujours le

résultat de connaissances théoriques bien sûres , et d' une exécution illuminée.

Pour utiliser les grands principes mécaniques, et en faire une machine, il ne faut pas abandonner les forces de la nature brute à leurs transports aveugles. Toutes les fois qu'un grave tombe, il donne une percussion écrasante, et rien de plus; toutes les fois qu' un courant d'eau envahit un pays, il le ravage. Mais si vous ménagez, si vous réglez ces forces là, vous en avez les bienfaits du marteau pilon, et des moteurs hydrauliques.

Donc pour tirer un parti utile de ces principes généraux du monde physique, il faut les ménager; c'est-à-dire il faut les connaître, les mesurer, les associer en proportion et en mesures définies; il faut en épuiser tout le profit possible, comme il faut en ôter tous les obstacles, ou toutes les résistances qui s' opposent au but à obtenir.

On voit par là clairement que deux facteurs transcendentals concourent à l'origine et à la constitution de toute machine. D'un côté ce sont les forces, les lois, les principes généraux; de l'autre, un emploi savant de ces mêmes ressources naturelles. Sans cet emploi on n' a pas de machine. Mais ce mot savant emploi peut se traduire en une formule parfaitement équivalente, c'est-à-dire, que pour avoir une machine il faut, comme nous avons signalé ci-dessus, une connaissance des principes, et un choix des moyehs (1).

(1) Et comme a dit M. Maxwell: « Il feut une habilité mathématique, et une ingéniosité expérimentale. »

Connaître et choisir: Voilà deux opérations du génie, ou de r intelligence.

Quand nous avons des machines nous avons de T intelligence. Entre une machine et Y intelligence il existe les mêmes rapports qu'entre TefiFet et la cause.

Or, revenant à notre sujet, la main du tigre est-elle une machine? Nous l'avons prouvé, je crois. N'avonsnous pas trouvé en effet dans la seule charpente osseuse de cette patte, un emploi de force, des résistances, et des ressources dynamiques sagement appliquées, pour en obtenir la fonction si appropriée de cet artus? Nous sommes donc conduits à nous voir ici en présence d' une intelligence qui a su calculer et associer les parties , qui a dû choisir les formes, le nombre, les proportions de ces parties mêmes. Cette intelligence qui a conçu la patte du tigre, se présente à nous avec une pleine connaissance des principes de statique et de dynamique. La préférence qu' elle a donnée aux engins mécaniques fonctionnant dans la main du tigre , est F effet d' un choix qui a su discerner ce qui était le mieux. De là la perfection de l' ouvrage qui en est sorti, et qui défie, j'en suis sûr, l'examen le plus sévère.

Tout le monde voit que cette conséquence que j' ai déduite en considérant la patte du tigre, est déduisible pareillement de toute œuvre organique naturelle. Ici on me devancera problablement par la pensée, en supposant que je me propose de conclure pour résumé final de ce que nous venons de dire, qu'on a là la preuve d' une intelligence créatrice. — Non, je ne m'occupe pas de cela à

présent. — On me dira peut-être: cette conclusion se présente d'elle même. — Tant mieux si, sans le dire, toute le monde la comprend. Mais à présent je ne cherche pas cela.

Ce que je me propose c' est de poursuivre notre recherche, et de bien connaître le genre de machines que nous avons à la main. Je me renferme encore dans le petit cercle du problème que vous. Monsieur, avez posé. Je cherche de quel genre de machine est la main de l'homme, la patte du tigre, l'aile de la chauve-souris, la palette du phoque. D'abord on voit, que l'on n'a pas ici à faire avec des machines d' une grande simplicité. Au contraire je vois, et toute personne le voit aussi, que ce sont des machines d'une haute complication; et je ne puis oublier que la seule inspection du carpe humain , dévoile la profondité des vues qui ont présidé à cette petite construction (1).

Mais cette complication en effet, et la hauteur de la mécanique qui a présidé à la construction des quatre ex-

(1) J' ai avancé ailleurs , et je répète ici , que la forme géométrique des faces de déosculation entre une pièce carpienne et Y autre , le jeu de ces faces mêmes entre elles , la direction des lignes de contact des pièces etc. étant toutes en rapport avec les mouvements et les résistances de la main de r homme , fourniront sur le carpe humain un travail bien pénible pour les mathématiciens.

On est même porté à croire que si non la pénétration, au moins la patience de l' observateur tariront avant que le problème soit exploité au fond.

trêmités que nous avons nommées tout-à-F heure , sont une preuve de la supériorité de ï intelligence qui les a conçues et ordonnées. Ce qui est si vrai, comme il est vrai, que la cause est proportionnée à son effet.

La mécanique de la nature surpasse le commun de la mécanique vulgaire, autant que T intelligence humaine trouve de difficulté ou d' embarras à la comprendre. Nous comprenons aisément que nos bras doivent être des tiges brisés, mais la capacité humaine a de la peine à dévoiler la construction de Toeil ou la circulation du sang, et elle trouve de T embarras à dérouler la mécanique du carpe. Les plus grandes capacités de nos jours avancent pas à pas sur la carrière des découvertes de physique, de chimie, d'anatomie etc.; et du plus haut point auijuel elles sont arrivées, elles voient autour d'elles un champ d' observations toujours plus pénible à franchir, et dont les plus savants n'aperçoivent pas les bornes.

Ces, considérations que nous venons de développer, nous amènent à une autre observation de congruité, qui touche au fond de notre question. C est que cette intelligence que nous avons vue une fois si habile dans la construction de la main de l'homme, du tigre etc. est déjà qualifiée par ces actes mêmes; et son degré de science et de choix, déployé dans les œuvres que nous venons de nommer, est déjà établi. Elle ne peut donc abandonner un seul moment les hautes qualités de science et de choix qui la distinguent; et elle ne ,peut se démentir un seul instant par des constructions imparfaites , et hors des accords avec les principes scientifiques.

Même observation quant à ses œuvres. On ne peut rationnellement supposer que ses œuvres se trouveront jamais au dessous du haut rang d' origine qui leur est dû. Etant des produits d'une intelligence très-élevée, -elles ne peuvent manquer du double cachet de leur dérivation : la science , et la perfection. Alors je ne puis me refuser à comprendre qu' en thèse générale tout ce qui existe dans les machines organiques (œuvres de cette intelligence), que toute partie qui entre dans leur composition, et telle que je l'y trouve, tout est également calculé, tout est également nécessaire et approprié; et que tout s'y trouve demandé, et requis pour leur parfaite constitution. Je comprends que cette intelligence supérieure ne saurait employer ou introduire dans ses œuvres autre chose que ce qui est essentiel à la perfection des machines mêmes. Tout superflu, toute inutilité, tout hors de fonction serait un crime contre la science du conceptus et contre la perfection de V exécution.

On arrive à une telle conclusion par un raisonnement a priori comme on voit; mais nous ne pouvons pas oublier que c'est pourtant la même conclusion que nous avons vu effectivement ressortir là où nous avons ébauché quelques études pratiques sur quelques unes de ces machines organiques. Nous avons vu que les parties qui les composent sont des parties intégrantes et qu'elles sont là toutes demandées par une nécessité mécanique.

Le raisonnement donc aussi bien que l' expérience se contrôlent 1' un l'autre, et nous amènent à un. même résultat, à la connaissance qu'une haute et parfaite méca-

nique a été appliquée à la main de l'homme, à la patte (lu tigre etc.

La question portée sur cette base, qui est sa base logique et naturelle, s' évanouit toute surprise en voyant se répéter des parties similaires dans les différents groupes des êtres organiques; ou au moins T explication de leur présence ne se fait pas attendre. Si ces parties se répètent, c' est que des fonctions semblables se répètent, et par là se répète aussi la nécessité de leur présence et de leur action. Leur présence est rigoureusement liée à la machine qu'elles complètent, ou, plus exactement, qu'elles seules rendent possible. Les fonctions communes indispensables chez certains animaux imposent bien quelque communauté d'organes. Peut-on supposer, en effet, des animaux plongés dans l'atmosphère sans poumons similaires , ou des animaux noyés dans l'eau sans des branchies similaires? Seraitce un titre de surprise de revoir à chaque squelette un axe fondamental flexible et par là polymère; des extrémités brisées ou à plusieurs leviers pour les mouvements ? Serait-ce une juste appréciation des faits que de s' étonner pour la répétition perpétuelle d'un carpe toujours à la même place dans les extrémités d'animaux qui doivent subir des mouvements violents, ou qui doivent tomber tout à coup, à l'occasion d'un bond, avec tout le poids de leur corps sur leurs quatre extrémités ?

Si la théorie de V unité de plan qui nous a tant occupés dans notre travail, et qui a pu tant rappeler l'attention des savants , se fonde sur ces uniformités d' organisation , après les considérations que nous venons d' exposer.

cette théorie se présente sous un autre point de vue. Elle devient alors une simple et stricte conséquence des conditions mécaniques pour l'existence des animaux. Elle suit la constitution fondamentale des machines organiques, mais elle ne la préside pas, elle ne la domine pas. L^ unité de plan ou l'unité de type, comme preuve généthique de l'affinité des animaux, s'évanouit entièrement. Il reste seulement une preuve de l'affinité mécanique qui règne dans toutes le» machines du même ordre, soit celles du petit art humain , soit celle du grand art de la nature. — Une fois mise de côté l' explication de la descendance généthique des animaux, l'uniformité de plan a bien une autre explication plus rationelle et plus scientifique- Elle trouve sa véritable explication dans la nécessité mécanique.

Or si dans l'examen des mécanismes organiques, tels que la main de l'homme, la patte du tigre etc., vous mettez à sa place la vraie nature de ces organismes, c'està-dire que, comme les animaux auxquels ils appartiennent, ce sont des machines constituées avec connaissance et choix; alors vous trouvez qu'ils sont par eux-mêmes des êtres scientifiques , en harmonie avec les lois fondamentales des sciences mécaniques, physiques etc. Ce sont des produits tels que toute intelligence qui serait capable de les effectuer, les produirait tels qu'ils sont, et de plus qu'elle n' aurait pu les produire différemment. Par là le tigre , l'écureuil, le kanguroo, l'aigle, le lézard etc. sont tous des êtres scientifiques en eux-mêmes. Un seul d'entre eux est un produit parfait en lui même; chacun a une individualité qui existe , et qui a sa raison d' être en lui; nul n'a besoin d'un autre pour rendre explicablasa propre organisation.

J' achève ma pensée. Un seul d' eux pouvait être l'objet congru de l'intelligence qui l'a conçu; car dans un seul on a déployé toute la science et toute l' élite qu' il fallait pour pourvoir à la perfection de l'être. Deux ou trois pouvaient même exploiter les soins de cette intelligence, ou bien mille ou dix mille. Quant à la conception individuelle, elle pouvait s'arrêter à un être ou à dix mille, car chacun se complète en lui-même.

Conséquemment ce seraient des êtres tous séparés, tous indépendants les uns des autres; ou pour employer vos mots, ce seraient des actes de création indépendants.

En nous résumant, tous les êtres organisés peuvent donc être des produits d'une intelligence, car ce sont des êtres scientifiques , et ils peuvent être autant de produits détachés et indépendants , car ils ont en eux-mêmes le complément rationnel de leur constitution.

Cette hypothèse-ci sera-t-elle donc la dernière conclusion à laquelle on arrive par suite de nos recherches? Je crois que, telle qu'elle vient d'être formulée, elle reste encore inachevée. Plus encore, je crois qu'elle est fautive. Il faut donc la corriger. — Elle est fautive en ce que, lorsque je dis que les êtres organiques peuvent être des produits indépendants d' une intelligence supérieure , je parle d' une simple possibilité; ce qui dans la signification vulgaire revient à dire que cela peut être, aussi bien que non être. Ce serait une possibilité qui n'exclut pas qu' une autre hypothèse différente ou contraire soit possible. Cela est faux. Car l' idée d' une science et d' un choix y est inséparable de la notion des êtres organiques.

Et ce qui le prouve c'est T axiome que nous avons eu l'occasion de rappeler ailleurs, que là où V on a une machine, on a une intelligence.

La correction qu'il faut donc apporter à l' hypothèse, telle que je l'ai exposée ci-dessus, est de dire qu'elle est non-seulement possible, mais qu'elle est la seule possible; ou, ce qui revient au même, que ce n'est pas là une hypothèse, mais une réalité.

Au reste, quelle atitre hypothèse a-t-on qui puisse lui faire concurrence? Je n'en connais qu'une. La descendence par modifications lentes et successives. Et son principe ordonnateur quel est-il ? Le voici — la sélection naturelle. — Or on nous dit que cette sélection est inconsciente. Mais si on l'admet ainsi, nous allons évoquer de vieilles erreurs qui, pas plus que des noctules, n'ont la convenance de paraître au milieu de la lumière éclatante des sciences du jour. 'Car on ne peut aujourd'hui supposer sérieusement que la science et le choix soient la portée de combinaisons aveugles et fortuites.

Absit, injuria verbo: mais il faut dire que c'est une contradiction que d'associer à des effets de raison une faculté inconsciente.

Je n' oublie pas pourtant que si vous, Monsieur, vous nous parlez fréquemment d'une sélection naturelle inconsciente, il n'en est pas moins vrai que l'on trouve dans vos ouvrages un autre langage. Aussitôt que vous entrez dans l'examen approfondi des animaux ou des plantes, vous nous dites, bien que par métaphore, que la sélection

naturelle? scrute journellement à toute heure et à travers le monde entier, chaque variation, même la plus imperceptible, pour rejeter ce qui est mauvais, conserver et augmenter tout ce qui est bon (1). Vous nous dites « qu' il faut admettre qu'il existe un pouvoir intelligent, et ce pouvoir intelligent est T élection naturelle, constanGiment à l'afiFut... etc. (2). » Ici, à mon regret, je dois vous dire — vous confondez alors votre sélection naturelle avec l' intelligence créatrice. — Vous êtes entraîné par votre esprit illuminé à adopter ce langage par la nécessité de mettre un principe proportionné à la tête de tant d' êtres, que vous avez signalés comme des êtres d'une constitution admirable, et d'une sagesse surprenante.

Si vous portez votre attention éclairée sur un champ plus étendu des êtres naturels, partout, j'en suis sûr, vous rayerez le mot inconscient, partout vous ferez alors • votre sélection consciente , et hautement consciente.

Cependant si les transformistes admettent encore la sélection naturelle hautement consciente qu' ont-ils fait pour leur théorie? Je crois qu'à l'état de la question leur sélection n' est pas admise par la science. Il est , clair que la doctrine de la descendance des êtres organiques a des points de départ bien marqués, et des conséquences inévitables. Elle part de ce double fondement: 1."* que les êtres organiques passent continuellement d'un type à un autre par des transitions lentes et successives; 2.° que les variations ou modifications meilleu-

(1) Origine, p. 120.

(2) Origine, p. 272.

res sont attentivement fixées par la sélection naturelle, et font progresser un type vers un autre plus élevé. — D'un autre côté cette même doctrine a comme conséquences: 1.^ r unité de plan, ou la démonstration morphologique du passage nuancé et graduel des types l'un à l'autre, et 2."* elle a. enfin des reliquatus anatomiques, des organes rudimentaires, ou des parties inutiles, témoins du passage d'une organisation qui cesse, à un autre nouvelle qui va surgir.

Ces quatre points ont été presque les sujets principaux de nos recherches dans notre travail. Or s'il y a quelque chose de vrai dans ce que nous venons de dire, on a bien des doutes à élever sur la valeur de ces quatre points fondamentaux de la Théorie de la descendance.

Nous avons vu (pag. 263 et suiv.) que quant aux transitions, on peut bien imaginer des transitions généthiques; mais que quant aux transitions instrumentales fonctionnantes, elles sont des impossibilités mécaniques, dans leur application à des êtres vivants. Nous avons vu (pag. 273 et suiv.) que, quant aux variations, ou modifications, on en rencontre sans nombre dans les êtres organiques, mais des variations améliorantes on en démontrera peut-être à l'avenir: quant à présent, je n'en connais pas. Du reste les modifications dégradantes sont contraires à la doctrine des descendances et des évolutions, car elles tendent à la destruction des types, ou des espèces.

D'autre part, on a trouvé (passim) qu' une unité de plan comme ligne de conduite de l'organisation et de l'évolution organique, n'existe pas: on a bien vu à sa

place la nécessité mécanique, cause scientifique de ressemblances mécaniques, mais purement de ressemblances mécaniques. — On a vu (pag. 164 et suiv.) qu'on n'a ni de reliquatus anatomiques, ni des parties inutiles, car, les parties qu' on a décorées de ces noms, bien étudiées, ne sont que des organes complets , parfaitement fonctionnants, et en proportion de la fonction même qu' ils doivent exécuter.

Ce sont des faits, ceux-ci, qui blessent les fondements de la Théorie des descendances et de la sélection naturelle; et, malheureusement pour la Théorie, ce sont des faits purement scientifiques, ce me semble, qui minent sa base. Lors même qu'on fait la sélection hautement consciente elle nous échappe de la main; car elle est même repoussée, jusqu'à présent, par la science: peutêtre reste-t-il même à prouver si elle jouit d' une consistence scientifique.

Après tout cela, je suis amené à chercher quelque chose de mieux assuré , et de plus scientifique. Ma raison trouve, par exemple, qu'une Intelligence supérieure qui ne s' occupant pas de modifications désordonnées pour en tirer des êtres nouveaux, mais qui s'est occupée dès la première origine des êtres de leur constitution fondamentale, rationelle, parfaite et fixe, çst un sujet plus conforme à ses facultés dans la recherche de la vérité. Je dis une puissance qui a connu et voulu son effet en ce qu' il est; qui a fait un être organique pour cet être lui-même; mais qui n' a pas fait un être pour tirer, de ses déformations casuelles, un être difi'érent, ou un troisième, ou un

dixième etc. ; une puissance dont chaque être a été le but de sa volonté, le sujet de sa science, l'objet de ses soins pour sa perfection individuelle, et pour le maintien autant que possible, de l'espèce à laquelle il appartient.

Après tout, une Intelligence sans borne est donc seule à la tête de la création. Elle s' y trouve véritablement à sa place. La portée et l' extension de ses vues , où sa science est mise en relief par la perfection, par la multiplicité, et par la variété de ses actes ; enfin par les rapports d' un être avec l'autre, et par les lois de conservation et d'harmonie qui les maintiennent dans un tout d' ensemble. L' Intelligence élevée qui les a ordonnées , toujours égale à ellemême, ne s'est pas arrêtée devant les diflScultés d'une exécution, que l'on dirait pénible, par une finesse et par une diligence extrême : elle n' est pas demeurée dans 1q champ purement spéculatif et de seules conceptions, mais elle a passé franchement au rang d'ouvrière ou de grande artiste, qui jouit également de la double puissance d'invention et d'exécution.

Dans une Intelligence de cette sorte, je trouve alors une cause, telle qu'elle est requise par une Philosophie positive; et ma raison ne peut se refuser de la voir hautement fournie de science. Conséquemment je ne puis la faire descendre de la place éminente que la science lui assigne au moyen d'une supposition illogique, c'est-à-dire, que sa puissance executive se trouve à un niveau plus bas que sa puissance inteUective. Dans la famille humaine on a bien des fois l' inventeur et l' exécuteur séparés, mais c'est à cause de la limitation extrême de nos facultés.

Mais lorsqu'on sort de cette basse sphère de T humanité, on monte à une autre région scientifique plus élevée , plus claire, plus étendue: là où une science ne peut être impuissante, mais où la puissance est nécessairement proportionnée à la science. A cette haute région décrite par le Poëte:

.... cola dove si puote Ciô che si vuole ....

Enfer. III.

Arrivés à ces hautes régions, où la science que nous avons vue et la puissance que nous avons déduite dominent sans bornes, je conçois naturellement et avec la même tranquillité qu' inspire une vérité mathématique, que l'origine des êtres est la création opérée par une haute intelligence. Car une telle origine se présente proportionnée à la grandeur du sujet: tellement que le sujet dans son admirable perfection , et F intelligence dans ses éminentes qualités, se répondent réciproquement, comme l'effet à la cause.

Je reviendrai enfin. Monsieur, à votre problème. Vous nous avez demandé: « Dans la doctrine d'actes de création » indépendants, comment expliquer la conformation sur » un plan commun de la main de l'homme, du pied du » chien, de l'aile de la chauve-souris, et de la palette » du phoque? » La réponse a été très-longue, mais trèssimple. Nous avons sondé jusqu'au fond votre problème. La mécanique et la géométrie seules ont été notre guide, et des explorations anatomiques accessibles aux moins

instruits nous ont ouvert le chemin à parcourir. La doctrine d' actes de création indépendants ne s' est pas trouvée embarrassée le moins du monde à expliquer votre problème. Elle a vu que la conformation sur un plan commun est la simple application des lois mécaniques faite avec connaissance théorique, et avec choix pratique.

Elle voit par là même qu'elle ne se trouvera pas embarrassée à résoudre d' autres problèmes de même nature; et cette doctrine peut aller jusqu'à se promettre de résoudre tous ceux qui n' outrepasseront pas les moyens d'observation, les conditions actuelles des sciences, et la limitation de l' intelligence humaine.

Je crois qu'il n'en est pas de même de la théorie des transitions. A la vérité, jusqu'à ce jour elle n'a résolu aucune des diflScultés que nous avons signalées dans ce travail; elle n'a pas même entamé d'autres questions qui se présentent à l'esprit de tous; et qui, étant des questions fondamentales, auraient dû être résolues au premier abord.

Je me garde d'en faire un reproche aux défenseurs de la théorie; ils ont fait de leur côté tout ce qu' ils pouvaient de mieux. La faute n'est pas à eux; elle est à la théorie même, qui n'a pas encore des fondements assurés. Ce qui du reste est, encore plus qu'il ne faut, mis au jour par les antithèses les plus curieuses, qui jaillissent à chaque pas entre les défenseurs mêmes de la théorie.

L'autre doctrine, celle de la création indépendante des espèces, au fond de tput problème soigneusement étudié, trouvera ce qu'elle a trouvé dans l'étude de ce premier, c'est-à-dire une application illuminée des lois

316 BÉSUHÉ.

de la mécanique, de la physique, de la physiologie etc. faite avec science et choix. Le dernier résultat né peut être que celui que nous avons vu ici Car si la solution de ce premier problème est vraie, nous sommes entrés au moyen de celui-ci, à la connaissance d'un système qui se maintient et se maintiendra toujours le même. Si Y auteur des petits mécanismes organiques que vous nous avez signalés, et que nous avons étudiés, est une intelligence éminente , la même intelligence est V auteur de tout autre mécanisme organique.

D' autre part , Monsieur , dans le résultat auquel nous sommes parvenus, vous voyez qu'il n'y a qu'une vérité mise en lumière par le flambeau de la science, de l'observation et du raisonnement. Ici on n'a rien de traditionnel, ni de préconçu, ni même de vieux. Les observations que nous avons citées ou celles que nous avons apportées, sont des observations du jour, auxquelles bien d'autres par milliers peuvent être ajoutées. Mais ce sont des observations que tout le monde peut répéter et contrôler à son gré; observations pourtant, dont la sûreté donne à V avance la persuasion qu' aucune sérieuse objection puisse mettre en doute la conclusion finale à laquelle nous sommes arrivés.

Il est bon de remarquer ici, en passant, que la doctrine de la création dite indépendante ne manque donc pas d'une existence scientifique. — Avis à qui cela regarde (1).

(1) Rétro pag. 9.

Je ne puis déposer la plume sans vous avouer, Monsieur, ma reconnaissance pour m' avoir donné par votre objection imposante, V occasion de sonder à fond une des questions les plus vitales du jour. Maintenant je reconnais que, sans fermer les yeux aux grandes lumières scientifiques d'aujourd'hui, et en m' appuyant au contraire sur une base tout à fait scientifique, je suis autorisé à croire à un création indépendante parfaitement ordonnée, comme étant l'œuvre d'une Intelligence suprême qui se dévoile à nous par suite d' un examen attentif de ses actes; et ainsi ma persuasion est à présent plus éclairée et plus positive. Dans le trouble des idées qui dominent malheureusement de nos jours, c'est du moins un avantage que d'avoir une conviction arrêtée et tranquille, fondée sur la science.

Eh bien! C'est une jouissance philosophique que je vous dois. Veuillez en agréer mes remercîments ; et recevoir l'assurance de mon estime et de mon respect.

Bologne, août 1873.

J. JOS. BlANCONI.

ANALYSE DE QUELQUES MOUVEMENTS DE LA MAIN DE l'hOMME.

Au milieu d' une variété frappante de mouvements que la main de l'homme peut exécuter, nous choisirons quelques uns des principaux, tels que la torsion, la trcucUon oàliqtce , la traction directe , V impulsion radiale , V impulsion pcàmuire , et Y élévation avec pronation.

Torsion. — Une tarière qui est mise en mouvement par la main, nous donne une idée juste de la torsion. Il en est de même si ma main tourne une clef, ou , si ayant pris un bâton par son milieu , une autre personne s' efforce de le faire tourner. Dans les premiers cas, la tarière et la clef sont mises en mouvement par Faction du bras sur la main; et dans le second, la main dominée par le bras, tend à arrêter le bâton qui tourne. L' action motrice ou la source d' où partent les efforts est donc différente dans les deux cas ; car dans V un , la force qui meut est celle du bras ; dans V autre , c' est la rotation du bâton. Les résistances sont inverties de même; dans le premier cas, on la trouve dans la tarière, ou dans la clef; dans le second, elle est dans le bras. Quoiqu'il en soit du placement de la force motrice et de la résistance , la main est toujours dans la même condition ; elle est toujours tordue , ou plus précisément le carpe est tordu (1). Il est vrai que le radius et le coude, par leurs mouvements réciproques de pronation et de supination, peuvent amoindrir quelque peu la

(1) Nous avons fait remarquer ailleurs que la partie préhensile de la main (les doigts) adhère passivement à l'objet pris, et fait une même chose avec l'objet. Le carpe est la seule partie qui , étant intermédiaire dans tous les cas entre la puissance motrice et la résistance, reçoit toute T impression des etfets dynamiques. C est donc le carpe qui est tordu (Voir rétro pag. 53).

violence d' une torsion qui tombe sur le carpe ; toutefois cette faculté a un terme, et le carpe peut bien être forcé au-delà. Dans tous les cas, le carpe supporte donc une torsion passive. En tordant une tarière, la main travaille différemment par ses deux moitiés internes et externes. La partie qui comprend r index et le pouce, tend à tourner en s' élevant vers le dos de la main, tandis que l'annulaire et le cinquième tendent à s'abaisser ver la paume.

C est la torsion de droite (1). Les os du métacarpe suivent nécessairement la même direction , et par leur entremise le mouvement est translaté sur la série inférieure du carpe ou deutocarpe, partie véritablement exposée à ces efforts. Des quatre os qui la composent , deux sont forcés dans la direction de la paume vers le dos de la main, savoir: le trapèze, et le trapézoïde. Le crochu au contraire est forcé dans la direction de la paume. Ce sont deux bras latéraux qui ont une action contraire, mais concourant à forcer le grand-os à tourner sur lui-même. Le grand-os se trouve au milieu des deux mouvements qui tendent à le faire tourner de cette manière. Cet effort est précisément dans le sens du mouvement de la tarière ; et le centre de rotation de celle-là correspond au centre de la main , le grand-os.

L'articulation endocarpienne par sa conformation permet des mouvements de rotation, très-obscurs si l'on veut, tels que ceux que nous avons signalés. La série inférieure (compris , ou non, le trapèze) semble former un système capable de tourner sur un pivot, qui est fourni par le grand-os. En effet le trapèze et le trapézoïde ont une face articulaire sur le scaphoïde ; et de l' autre côté l' os crochu a une face de glissement sur le pyramidal. Le grand-os a sa tête hors de la ligne transversale d' articulation , et elle est enfoncée dans la cavité scaphoïdo-semi -lunaire ; et les diverses faces , qui forment sa grande tête, se présentent comme des faces de glissement, trés-appropriées à une rotation initiale. On sait du reste que les faces de glissement ne permettent qu' un mouvement trèsrestreint (2), et que toutes les pièces osseuses que nous ve-

(1) On peut appeler torsion de droite celle qui porte le pouce du côté gauche au droit ; on appellera V opposée, torsion de gauche. La première est la plus usitée , la plus naturelle , et la plus forte. Elle exerce son point de pression avec le quatrième et cinquième doigt ; en considérant le squelette et en conformité de la prévalence de force qu' on voit appliquée à la moitié interne de la main , on trouve un appui plus ferme contre ce genre de mouvements par les faces étendues compliquées de l'os crochu avec le pyramidal, et par ses attaches avec le grand-os.

(2) Pour plus de détails on peut consulter 1' article des Faces de glissement. Pag. 65.

nons de nommer sont fermées entre elles par plusieurs ligaments. Si donc d'un côté un mouvement de rotation est possible, ce mouvement est compris entre des limites très-restreintes ; c' est-à-dire les limites des faces de glissement , en accord avec les ligaments. Ce mouvement ne peut donc être que fort obscur. L'appareil rotatoire de la main ne sert donc pas à permettre une rotation libre et étendue ; mais il sert à recevoir 1' effort de rotation , à le dominer , et à le décomposer , de façon que dans cet appareil l' effort est dominé, arrêté et amorti. Tout est disposé ici pour adoucir les efforts de rotation qui se concentrent sur la main. Des quatre pièces du deutoca'rpe pendant l'effort de rotation du métacarpe chacun tend à tourner sur son axe ; alors les faisceaux ligamenteux entrent tous en action, et partagent également r effort et en supportent tous une partie. Par conséquence les pièces du protocarpe aussi sont toutes étirées en sens divers , conduites, par la forme spéciale des faces de glissement. Nous le répétons, et cela désormais est bien clair, la fonction des faces de glissement jointes à leurs ligaments est d' amortir doucement les chocs et les efforts violents ; soit qu'ils partent de la puissance musculaire , soit qu' ils proviennent d' une force extérieure.

Nous ne pousserons pas plus loin l'examen du grand-os sous le point de vue qu' il sert de pivot central à la main pour la rotation. Nous nous passerons donc de signaler combien les points d'appui que le métacarpe a sur le deutocarpe, vont porter la plupart des efforts de tous les doigts dans r acte de la torsion sur le grand-os. D' un côté le quatrième et le cinquième doigt insistent sur l' os crochu , dont les mouvements entraînent nécessairement le grand-os , à cause particulièrement des ligaments intérosseux (1). De l'autre

(1) Planche XXI. flg. 3.

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