EXPLICATION DE LA PLANCHE XXI
Ija main de l'honnine pendant ses mouvements.
Fi^. 1. Squelette de la main pendant la traction oblique. — a, 6 Corde. — c) carpe — u) ulne — r) radius.
(Tirée des excellentes planches anatomiques de M. Calori).
Fig. 2. Deuxième métacarpe pendant la répulsion pollicaire — c^ d) métacarpe de r index — 5) trapèze — 6) grand-os.
Kig. 3. Quatrième et cinquième métacarpe pendant la répulsion ulnaire. — 6) grandos. — 7) os crochu.
côté r index pointe avec son grand talus palmaire ^ et latéral sur le grand-os , et plus généralement les parties qui sont intéressées dans la torsion s' appuient plus ou moins sur cet os , comme sur un pivot central (1). De son côté la série supérieure lui présente un réceptacle au milieu, et aux côtés des surfaces articulaires ou de glissement, propres à lui donner quelque liberté d' action à 1' égard du pivot.
L'emploie de cet arrangement est, à ce qu' il nous semble , assez fréquent chez 1' homme , qui dans les mouvements de ses extrémités antérieures , soit lorsqu' il travaille pour les arts, soit dans les conditions très- variées de la vie, a fréquemment des torsions dans la main. Mais on peut ajouter qu' un usage de parties semblables aura lieu toutes les fois qu'on a des mains préhensiles. Ainsi tout mammifère qui a des occasions de subir des torsions à ses mains, aura aussi l'articulation endocarpienne montée de manière à amortir les efforts de rotation. C' est ce que nous voyons dans les singes, et que nous ne trouvons jamais dans les pachidermes, les ruminants etc.
Or nous devons signaler que si la construction de l'articulation endocarpienne avec pivot central du grand-os est le représentant de la torsion, et si elle est le mécanisme pour en braver les efforts , il s' ensuit do là que l' homme ne pourrait en manquer ; et la présence du grand-os et des faces de glissement et articulaires qui 1' environnent lui sont des nécessités mécaniques. Cela n' infirme aucunement cette autre observation , que r uniformité de construction de l' articulation endocarpienne chez l'homme, et chez les quadrumanes, est la conséquence de l'uniformité de leur vie. Car la préhension des quadrumanes ne peut aller sans torsiort, ni la torsion sans articulation à pivot central. Toute main préhensile à donc une articulation à pivot par nécessité mécanique.
Traction oblique. — Le cas le plus ordinaire de tiraillement ou de traction est lorsqu'on tire l'extrémité d'une corde, ou d'un bâton (2). Deux conditions sont nécessaires ; 1.° d'affermir la corde au bas de l' avant-bras, au moyen de la prise par les doigts; 2.^ de mettre la corde autant que possible dans la même direction de l' avant-bras. Je puis bien serrer une corde avec l' index seulement , ou encore avec le doigt du
(1) PI. XXI. fig. 2.
(2) Voir PI. XXI. flg. 1.
milieu pour m' y tenir suspendu ; mais je sens que ma prise est taible et défectueuse. Je la sent totale et complète lorsque j'y ajoute l'annulaire et le petit doigt, accompagnés par Taxation du pouce.
Mais pour achever cette seconde condition il faudrait que la corde passât longitudinalement sur le doigt du milieu , sur son métacarpe , et sur le carpe , toujours dans la direction de l'axe de l' avant-bras. Cette hypothèse pourtant n'est pas vérifiable; car il n'y a pas de préhension possible lorsque les doigts sont étendus.
Il faut donc mettre la corde oblique dans la main, et qu'elle pose sur la première phalange de l'index, jusqu'à la moitié du cinquième métacarpe (1). Alors la préhension est possible, les quatre doigts fonctionnant comme quatre crochets, qui s' enroulent sur la corde. L' enroulement est pourtant différent, car l'index, qui est le plus avancé de tous, forme un crochet ouvert ; après lui les autres embrassent complètement la corde. Le pouce vient à 1' aide des autres doigts pressant fortement la corde contre la cavité de la main , ou bien comprimant les dernières phalanges des premiers doigts.
Par cet arrangement on a parfaitement la prise , mais r axe funal et l' axe brachial ne sont pas encore sur la même ligne. Alors tournant la main par demi-pronation , et l' inclinant sur le côté interne , on obtient presque entièrement le parallélisme des deux axes (2). Mais en même temps on apporte nécessairement une obliquité remarquable à la main et au carpe. En effet l' index est incliné autant que possible vers le petit doigt ; et si l' on conduit l' axe brachial sur le dos de la main , on voit qu' il descend entre la tête inférieure de l' index et du doigt du milieu, et coupant à moitié la première phalange de l'index il va rejoindre l'axe funal qui tombe sur une ligne parfaitement parallèle.
Dans une opération telle que la traction qui maintes fois importe une extrême violence , il fallait avoir autant que possible y la coopération de toutes les parties de la main. L' index a sans doute une partie principale dans la traction , mais sa prise est moindre que celle de tous les doigts. Si tous les
(1) PI. XXI. flg. 1.
(2) Il est bien entendu quo T on a en vue ici la traction avec une seule main, et au premier instant du tiraillement : car si l'on maintient la distension du bras par le reculement du corps, l'on conserve toute l'intensité dinamique de la traction ; ou bien il se fait lieu à la flexion du bras , et alors il se produit un autre ordre do mouvements, et une diminution de force.
métacarpes et toutes les premières phalanges avaient la même longueur , il est clair que V embrassemont de la corde par les doigts ne pourrait se faire que transversalement à la main , ce qui abandonnerait tout eflfort sur V index. Au contraire la brièveté du quatrième et du cinquième doigt leur permet de s'enrouler entièrement autour de la corde , en s' y appliquant de tous côtés , et d' y faire bonne prise. Alors sous V effort de la traction le petit doigt s'appuie sur l'annulaire, celui-ci sur le doigt du milieu et sur l'index, et tous ensemble concourent à la fonction de retenir la corde avec très-bonne prise; maisil faut remarquer qu' ils font cette bonne prise lorsque la corde passe très-obliquement dans la main; c'est-à-dire lorsqu'elle se trouve dans la môme direction de l' axe brachial. Les deux conditions, la prise et la direction, se sont alors vérifiées (1).
L' obliquité générale de la main , que nous avons signalée , par rapport à l' axe brachio-funal , dépend de ce que l' axe fimal , bien que parallèle à l' axe brachial , est toutefois à quelque distance de celui-ci (2). Le pont qui les unit ensemble , ou la partie qui établit la connexion et l'unité de l'axe brachiofimal , est le carpe , qui passe du bras à la corde. Le carpe est alors soumis à un étirage oblique double.
Or , dans cet état de choses , quelle sera la condition des pièces carpiennes? Dans ce cas il faut rappeler ce que nous avons développé ailleurs.
Les muscles fléchisseurs des doigts sont soumis , il est vrai , eux-mêmes à l' obliquité générale de la main dans le cas contemplé ; mais enfin leur action est toujours à peu près longitudinale. Leur contraction produit deux effets. Le premier, c' est la flexion des doigts et la prise de la corde ; le second , le rapprochement des faces articulaires du carpe et du métacarpe entre-elles. Nous prenons à considérer seulement les faces de contact du métacarpe avec le carpe, par les motife qui vont suivre.
Lorsqu'on tient une corde ou un bâton à la main, les doigts (phalanges) ne font autre chose que le comprimer, et l'affermir contre le métacarpe. C est toute leur affaire. Les efforts portés à la main par la corde en tirage , tombent sur le métacarpe ; de manière que la partie qui doit la première en subir les effets , et qui doit opposer une résistance , est le point , ou mieux, la ligne de jonction du métacarpe avec le carpe.
(1) Nos artisans, sans connaître le moins du monde ^es règles de la dynamique , tiennent la corde ou le bâton entre leurs mains de cette manière là.
(2) PI. XXI. fig. 1.
Les pièces du carpe des deux séries viennent ensuite à leur tour. Les faces de contact du deuxième métacarpien avec le trapézoïde , ou du troisième avec le grand-os , sont affectés par des crêtes , des talus , des sinuosités de telle manière que sous la contraction musculaire elles se prêtent un appui mutuel comme cela n'arrive pas à T ordinaire , et elles vont constituer des faces de clôture mutuelles, qui donnent au deux pièces une stabilité très-grande. Les métacarpiens étant affermis sur les os du carpe, les ébranlements subis par les premières se propagent en partie sur les secondes qui, à leur tour, jouent par leurs ligaments et par les faces de glissement (1); mais cette action de la force musculaire exclut V intervention de contrastes chez les pièces osseuses dans le sens longitudinal. La contraction musculaire , comme nous T avons dit ailleurs , portant tous les os les uns sur les autres dans ce sens longitudinal, ils se serrent réciproquement.
Les pièces du carpe étant appuyées sur leurs côtés V une par l'autre, et les métacarpiens engrenés sur eux, ils sont tous fermés chacun à sa place , et servent à régler et à conduire la traction musculaire.
Cependant il ne faut pas oublier que l'effort de la traction est souvent compliqué par des torsions ou des flexions plus ou moins grandes. C est alors que la mécanique des contrastes osseux et des faces de gUssenaent entre en jeu. Ses effets sont d' amortir et d' adoucir les chocs subits et les efforts violents.
Traction directe. — On peut dire qu'on n'a jamais de traction directe à rigueur de terme. Il importerait à cette traction que l'axe brachial et celui du troisième métacarpe fussent sur la même ligne. Cela n' a jamais lieu , excepté dans le cas d' effectuer une très-petite traction avec le seul doigt du milieu. Mais lorsqu' on emploie tous les quatre doigts , il est bien clair qu'un cylindre ou une corde serrée par la main doit s' y trouver un peu oblique à cause de l' inégalité des os métacarpiens. Pour mettre dans ses rapports naturels d'un angle droit les directions de l'axe brachial et celui du cylindre, il faut que les métacarpiens se mettent obliquement de quelques degrés. Mais tout bien considéré 1' action musculaire agit à peu près en direction longitudinale, et alors on revient
(1) l\ semble qu* une action spéciale se déploie sur les faces de jonction de Tos crochu et du pyramidal, car la direction de cette jonction est en sens orthogonal de lu traction, attendu Tobliquitè de la main pendant cette fonction.
à ce que nous avons dit ci-devant. Ici en effet, coname dans la traction oblique^ les faces de contact du carpe et du métacarpe, sont pressées et closes sous la contraction musculaire ; il n' y a pas de contrastes osseux pour réagir contre l'étirage longitudinal; seulement, s' il y a complication de torsions avec la traction directe , alors les contrastes mécaniques osseux et les faces de glissement sont là pour fonctionner.
Impulsion. — Bien que Ton pourrait citer une foule de mouvements, qui tous seraient compris sous ce nom, j'en choisirai seulement trois : impulsion pollicaire , impulsion du poignard , impulsion palmaire.
Commençons par la première.
L'homme qui serre une lance ou une épée dans sa main et vibre un coup , nous donne l' idée de ce qu' on peut entendre par impulsion pollicaire. En effet c'est le pouce et l'index qui ont la plus grande part dans cette action.
Le pouce et l' index forment un anneau presque double ; le premier surmontant le second , le comprime sur le bâton au manche. Cet anneau qui serre fortement la lance toute à r entour , reçoit le premier le contre-coup de cette arme. En effet lorsqu'on porte un coup de lance, cette arme tend à reculer ; mais , arrêtée dans la main par la force de préhension , elle reste à sa place. Cela n' arrive pourtant pas sans un choc violent sur la main et principalement sur le pouce et sur l' index. Le choc prend de côté non-seulement ces deux doigts, mais les autres aussi qui font prise énergique sur la lance, et plus que les doigts il prend de côté le métacarpe. Ils sont poussés tous ensemble presqu' à se déplacer du côté du petit doigt.
Cette impulsion latérale introduit un nouveau genre de résistance dans la main. Considération du pouce à part, il faut que les quatre doigts soient montés pour faire face aux efforts qui dans le cas présent proviennent du côté radial. Il convient d'analyser brièvement ce problème pour voir comment il a été résolu.
Où est le point de résistance ? En examinant mon doigt index, ou un autre quelconque , quand il est étendu et impulsé à son extrémité du côté radial , il me présente une résistance assez faible. Il en est de même si l'impulsioi^, au lieu de se trouver appliquée sur la phalange onguéale , se trouve sur la secondième ou sur la première. Si je mets en contraction les muscles du même doigt , je sens accroître la résistance ; mais elle n'est pas encore de nature à braver des efforts un peu remarquables, et je sens aussi qu'une luxation ne se ferait pas beaucoup attendre.
Je relâche nouvellement les muscles moteurs de F index, et je passe la pression sur la tête inférieure du métacarpe. Alors tout change ; je vois se manifester une résistance trèsgrande qui tient presque à la stabilité. Et lorsque j'ajoute la tension des muscles fléchisseurs je vois la résistance portée presque au degré d'invincible.
Je reviens à la lance. Il est clair que toutes les phalanges ont pour fonction de presser le bois sur le métacarpe : toute leur importance est de rejier le bâton au métacarpe très-solidement. Toute leur affaire est là, elles n'ont pas d'autre sphère d' action ; le bois traverse les quatre derniers métacarpes ; de manière que ces os sont la seule partie qui reçoit tout l'effort du coup de lance.
L' effort va donc se concentrer sur le métacarpe , qui du reste est bien préparé à s' y opposer énergiquement , car il jouit d'une résistance admirable.
On me dira que la diversité de résistance offerte par les différentes parties du doigt dépend de la différence des articulations. Oui , c' est précisément ce qu' il nous faut établir. L' articulation entre le métacarpe et la première phalange est très-libre, l'autre carpo-métacarpienne est un engrenage de mille inégalités. Il est aisé de concevoir combien de nombreux effets doivent avoir lieu à la suite des parties si nombreuses relevées ou excavées , et par tant de faces de contact diversement inclinées. Il semble qu'il j a là beaucoup d'éléments capables de produire une union mécanique très-ferme. Nous en avons dit quelques mots parlant du métacarpe en général ; ici nous ajouterons quelques autres détails : mais il va sans dire que je n'ai pas l'idée de décrire toutes ces parties , pour ce qu' elles sont ; je tacherai seulement d' en signaler quelques-unes.
Afin d' aplanir notre route , il faut bien signaler que l' impulsion latérale externe, apportée sur les os du métacarpe n' est pas un simple choc de droite à gauche. Car en décomposant ce mouvement dans ses éléments , on voit qu' il y a tendance soit à déplacer les têtes supérieures articulaires métacarpiennes vers le petit doigt, soit à incliner la tête inférieure du deuxième métacarpe sur le troisième et ainsi de suite. Or l' articulation carpo-métacarpienne de l' index a pour fonction d' affermir 1' os métacarpien contre ces deux mouvements.
La tête supérieure du deuxième métacarpien, celui de l'index, est très-dilatée , et son plus grand épanchement est du côté interne près du doigt du milieu. Sa surface supérieure est excavée d'avant en arrière, et par cette cavité elle em-
brasse sou trapézoïde (1). Un de ses côtés va s'appuyer sur le trapèze, l'autre sur le grand-os. Cette tête affermie par de robustes ligaments sur les trois os carpiens , forme une union très-bien établie.
Mais ce qu' il me tarde de signaler , c'est que la solidité de cette union provient principalement des contrastes qui ont lieu entre les parties solides. Car les parties relevées et rentrantes font comme des engrenages, qui, pour jouir de la force entière de jonction , qui ne peut manquer après leur arrangement mécanique, n'ont besoin que d'une seule condition: c'est-à-dire que toutes ces parties se trouvent à leur place. Mettez une scie en contact avec sa correspondante ; alors toutes les deux deviennent immobiles à une seule condition : que toutes les pièces soient à leur place.
Cette dernière fonction est achevée par des ligaments dans r articulation carpo-métacarpionne : nous l' avons dit. Mais au besoin il s' y ajoute un renfort ; c' est la contraction musculaire. Alors toutes les pièces solides de contraste du carpe et du métacarpe s' inosculent réciproquement ; et serré fortement par les ligaments et les muscles , le métacarpe est alors soudé sur le carpe et a acquis son immobilité.
Par ce mécanisme le métacarpe est entièrement appuyé sur le carpe, qui devient alors le centre de la résistance contre r impulsion latérale.
Les parties solides nous offrent encore d' autres observations sur la tête du métacarpe.
Le trapézoïde, par sa moitié inférieure, descend par un angle plus prononcé près du dos de la main parmi les deux branches qui forment l' évasement de la tête du métacarpe (2).
(1) PI. XXI. flg. 2.
(2) PI. XXI. fig. 2-5.
Il présente par là deux faces de contact fortement inclinées aux deux branches c. d, de la tête métacarpienne. Mais la première c. (du côté du pouce) est une face de résistance contre Y impulsion radiale. Vient après V énorme talus d, qui s'appuie sur le grand os 6. Il forme une seconde résistance contre V impulsion radiale; résistance qui au surplus est trèsénergique ; car ce talus occupe tout le bord près du grandos ; il est très-gros et très-saillant. Il a l'aspect d'une rame, et r est en effet très-puissante , située au point plus haut , et du côté opposé à celui où s'exerce l'impulsion latérale. Par la plus simple réflexion , on voit qu' elle est située là où vont se concentrer les efforts de l' impulsion latérale ; comme on voit aussi que sa place , ainsi que son volume , la mettent à même de fournir une résistance proportionnée.
On voit que ce talus d. jouit de toute l'extension possible pour donner une base de résistance .la plus étendue. Ce talus , né sur le dos de la main , s' e^vance jusque dans la paume de la main , là où il finit en pointe plus ou moins grosse qui s' appuie sur le grand-os lui-même assez avancé. Donc la ligne de résistance orthogonale dans la direction de l'impulsion est très-étendue ; et il est bon de noter qu' elle répond également bien aux deux mouvements. C est une face de résistance , comme nous l' avons dit , contre l' impulsion qui tend à déplacer l'articulation métacarpienne vers le petit doigt; et c' est un fort point d' appui contre le mouvement qui tendrait à incliner l'os métacarpien sur celui du milieu. Car on conçoit que l'extension en haut du talus d, vienne multiplier la tension presque inébranlable des bandelettes ligamenteuses, qui relient le trapèze , le trapézoïde , au second métacarpe. Rappelant enfin ce que nous avons signalé dès le commencement, que la dilatation de la tête métacarpienne de l'index se fait principalement du côté du milieu de la main , de manière que le grand talus s' avance jusque sous le troisième métacarpien-, on ne peut voir qu' un ma^mum de résistance se déployer là où va se résumer le maxmmum des efforts produits par les mouvements de l' impulsion latérale. Par là on acquiert la certitude que le métacarpe de l'index ne peut recevoir le choc de r impulsion latérale , sans qu' il la transmette presqu' en eptier sur le grand-os.
Il nous semble que ce que nous avons dit est bien suffisant pour démontrer jusqu' à 1' évidence que l' articulation carpo-métacarpienne de l' index a une construction exprès pour résister aux mouvements de l' impulsion latérale ; et qu' elle est réglée suivant les lois dynamiques et mécaniques, sauf ce qui doit servir pour des mouvements d'autres espèces.
Le troisième métacarpien vient en aide au second sous r effort de Y impulsion radiale , par sa conformation. Sur ce métacarpe va tomber tout Y excédent de Y impulsion qui n' est pas amortie directement par l'index. Je cite seulement son appendice styloïde ^ à la face dorsale qui s'avance sur le grand-os A au côté radial (1). Lui aussi établit un point de résistance contre le déplacement horizontal de Y articulation métacarpienne. Le doigt du milieu va charger encore le grandos de sa partie d'impulsion latérale. On pourrait même ajouter quelqu' influence du quatrième métacarpien , ce que y omets par brièveté ; tant mieux qu' il est bien manifeste que la première preuve de force et de résistance dans le particulier de Y impulsion latérale radiale reste confiée au métacarpe de r index.
En conclusion lorsqu'une impulsion latérale pollicaire ou radiale frappe les métacarpes latéralement, les surfaces de contact , ou si l' on veut , les surfaces articulaires de ces pièces avec celles du carpe , opposent plusieurs points de contraste réciproquement , de manière que le glissement latéral de la série métacarpienne sur la carpienne devient impossible. Toute la violence du choc va tomber, et se concentrer principalement sur le grand-os.
Après ces observations sur le métacarpe , il nous faut dire quelques mots sur le carpe.
La violence du coup , qui par une impulsion radiale va frapper en premier lieu le grand-os , n' épargne pas les autres parties du carpe. Le grand-os dans l' impulsion latérale pollicaire est chargé fortement par le trapézoïde ; mais il s' appuie lui-même par sa face interne sur l' os crochu par une face , qui est à peu près orthogonale avec la direction du coup ; et enfin celui-ci de son côté se couche sur le pyramidal. Tous ces os lorsqu' ils sont chargés par l' impulsion pollicaire se ferment r un r autre par leurs faces de contact , et forment tous ensemble une arcade très-solide qui appuie sa tête sur le pyramidal. Mais en dernière analyse tous les os du carpe sont affectés simultanément par l' effet dynamique d' une impulsion latérale.
Ce qui d' ailleurs reste plus aisé à comprendre , si l' on considère qu' on a huit pièces toutes reliées ensemble par des ligaments intêrosseux et externes, et dont les faces de contact sont couvertes de cartilages élastiques , et lubrifiées par des synoviales. Avec une telle organisation, un coup par im-
(1) PI. VI. flg. 4.
pulsion pollicaire qui vient principalement frapper le granos sous la double direction de côté et d'inclinaison, se communique aussi aux autres os qui participent au même mouvement de déplacement et de déclinaison. Alors toutes les faces de contact entrent en action , et agissant selon leur nature et leur forme, permettent des mouvements qui ont pour effet le changement de niveau des pièces , le changement de direction relative de leurs axes , et , en dernière conséquence , d'ouvrir partiellement toutes leurs jonctions par r écartement d' une partie des faces entre elles. Mais ces mouvements , étant très-limités et très-obscurs à cause des os fortement serrés entre eux par les ligaments, ont pour effet de décomposer le choc, de l'amortir, et d'adoucir la violence du coup latéral. On peut dire que toutes les faces sont dérangées par un mouvement de cette sorte : et leur mouvement général donne l'élasticité au carpe. Cette élasticité ne peut être que très-souple , grâce à .l' élasticité et lubricité des cartilages encroûtants , tandis qu' elle ne cesse de jouir d' une force presque invincible , dérivée de cette force qui est propre aux ligaments. C'est donc une élasticité souple et robuste. Force et souplesse : voilà les deux qualités caractéristiques des freins.
Du reste tout dérangement cesse aussitôt que l'effort qui le produit s'arrête, la fonction des faces de glissement étant de remettre chaque os à sa place.
Je ne puis suivre ici l' étude du mouvement des faces de contact en particulier; car ces recherches nous emeneraient trop loin, et elles trouvent leur place dans l'étude générale du carpe (1).
Avant de terminer cet article, il ne faut pas oublier que la masse entière du carpe serait déplacée toute entière par la violence d' un choc latéral, si des ligaments spéciaux ne venaient le prémunir contre une telle éventualité. On trouve en effet un ligament, qui de la tète du radius va se fixer sur le luné et sur le pyramidal. Il représente sur la face dorsale une corde de résistance placée directement contre la direction du choc. De même à la face volaire un autre ligament de r extrémité du radius se porte sur le luné, le pyramidal et le grand-os. Ces deux ligaments, par la combinaison de leur force, transmettent enfin le poids ou l'effort sur la tête du radius.
Je dis r effort ou le poids, car un autre exemple d' im-
(1) Rétro pag. 57 et suiv.
pulsion radio-ulnaire, et quelquefois bien énergique, a lieu lorsque la main posée verticalement ou à demie pronation soulève un poids par une corde ou un manche. Ici il est toujours plus clair que le résistance transversale offerte par les pièces du métacarpe et du carpe est basée sur les engrenages osseux, aidés par les ligaments et par les contractions musculaires ; engrenages qui enlèvent une grande partie de V effort aux ligaments. Du reste c'est le même mécanisme de résistance carpienne qui, en dernier lieu, après être adoucie, va se terminer sur la tête du radius à cause des ligaments radiocarpiens. •
Après ces considérations, il me semble qu' on verra ressortir que la résistance à l'impulsion pollicaire est parfaitement assurée ; et que dans V irrégularité apparente de l'articulation carpo-métacarpienne, on distingue des parties qui sont réclamée par une nécessité inécanique.
Impulsion du poignard, ou latérale interne. J' ai pris le nom et 1' exemple de ce genre de mouvement, d' un coup au poignard. — C est un cas diamétralement opposé à celui que nous venons de décrire. Lorsqu'on serre cette arme avec la main, on tient le marche fixé sur les métacarpes par la pression des phalanges : la pommeau au pouce, et la lame du côté du petit doigt. La vibration du coup porte inévitablement une réaction sur la main, et la partie de celle-ci qui la première est affectée par ce contre-coup, est le petit doigt avec son métacarpe. Par là tous les métacarpes sont successivement soumis à une impulsion, qui tend à pousser leurs bases vers le pouce aussi bien qu' à incliner leurs têtes sur le même côté. (1) Nous avons ici des effets analogues à ceux que nous avons étudiés dernièrement } mais ils sont renversés. Là on avait les parties de la main déjetées vers le petit doigt ; ici au contraire on a tout déjeté vers le pouce. Voyons s' il y a encore ici des engrenages solides opposés à cette dernière direction. '^
Tout ce que la faible puissance du cinquième métacarpien peut directement porter sur le carpe , il l' imprime sur la face inclinée de l'os crochu. Le quatrième a un talus (près du troisième) ou un bord plus avancé que 1' autre ; et quittant son os crochu , il va s' appuyer directement sur le grand-os (2). Celui-ci en effet surpasse tellement, en descendant, le
(1) Ou peut consulter la planche V. fig. 4. pag.
(2) Planche V. fig. 4. — et planche XXI. fig. 3. IV. 6.
plan de Tos crochu, qu' il présente un relief très-fort contre lequel va heurter la base du quatrième. Il est impossible qu' avec un tel mécanisme le quatrième métacarpe s' avance glissant sur le grand os , ou bien qu' il puisse se déplacer d' un minimum vers le pouce, tant que des ligaments subsistent : car le talus du quatrième et le relief descendant du grand-os forment un engrenage de contraste insuperable. On a donc encore par rapport à cette direction ulno-radiale des feces et des crêtes de contraste, qui rendent impossible dans ce sens le glissement ou le déplacement des métacarpes; ceux-ci opposent alors une véritable solidité sur les os du carpe contre r impulsion latérale.
Quant à la déclinaison, je vois que le talus du quatrième, le processus styloide du troisième, et la base très-élargie de r index, sont antant de rames en opposition à une déclinaison du cinquième métacarpe sur le quatrième et sur les suivants.
Le point d' appui que le quatrième prend sur le grandos transmet sur celui-ci la plus grande partie de F effet de rimpulsion latérale ulno-radiale. L' os crochu s'appuyant au grand-os, lui comunique de même l'effort qu'il a reçu du cinquième métacarpe (1). Le grand-os de son côté résiste aisément à tous les efforts qui vont se concentrer sur lui par sa tête close dans la cavité scaphoïdo-semi-lunaire. Donc la direction de r impulsion ulno-radiale sur la main vient premièrement du cinquième et du quatrième métacarpe; puis elle va sur l'os crochu, et sur le grand-os ; enfin elle se termine sur le scaphoïde. Toute résistance va donc se fixer sur ce dernier os, qui, sans doute, est bien monté et appuyé sur le radius.
Le grand -os, par sa tête supérieure ainsi avancée, trouve un point de résistance invincible dans la concavité du scaphoïde ; mais si par suite d' une violente impulsion latérale une petite flexion du grand-os vers le pouce est possible, on comprend qu' elle devient très-limitée et très-obscure à cause des trois faces de glissement qui entourent la tête supérieure du grand-os.
Je ne veux pas m' occuper ici des autres mouvements qui ont lieu parmi les pièces carpiennes , étant suffisant ce que nous avons dit pour en conclure qu' une autre partie de r articulation carpo-métacarpienne est réglée par une nécessité mécanique^ dans le but de braver les impulsions latérales ulno-radiales.
(1) Planche V. flg. 4. d. c. et PL XXI. flg. 3.
Répulsion palmaire. — Une action instinctive me conduit à opposer ma main à un corps qui tombant peut m' opprimer. J' étends mon bras, j' ouvre ma main autant que possible, et par la divarication des doigts je répands la résistance sur toute la surface qui peut être arrivée par ï extrémité de mes doigts. Je sens que la force de ceux-ci n est pas grande ; et j' attends une plus grande résistance de ma paume, c' est-àdire de mes métacarpes.
Par r action des muscles extenseurs et divaricateurs la main est dans sa complète expansion. Mais aussitôt que le corps tombant arrive à ma main, les muscles dépresseurs entrent en action. Aidés par les ligaments volaires, ils tendent à empêcher la rétro-flexion des métacarpes. Ils sont plus particulièrement aidés par un mécanisme solide, c'est-à-dire par le bras de levier fourni par les faces de contact entre les métacarpes et les carpes de la deuxième série. Ces faces sont trèsétendues dans plusieurs directions ; mais ce qui mérite d'être noté c'est la grande extension dans la direction dorso-palmaire. Le grand talus du deuxième métacarpien (1) est la quatrième partie de la longueur entière de Y os ; la base du troisième est la cinquième partie de la longueur totale. D'où il s'ensuit que la limite extrême du contact dorsal dos deux faces est très-loin des cordes de résistance situées à la paume (les ligaments et les muscles flléchissours) ; et elle vient fortement les aider par l'appui solide qu' elle leur présente. Ajoutons que le troisième métacarpe a le processus styloïde, qui vient multiplier la longueur dorsale du même os, et à augmenter la résistance contre une rétro-flexion (2).
Soumis à la violence d'un effort de telle nature, le grandos peut jouer par sa tête ronde dans la cavité scaphoïdo-sémi-lunaire. A son mouvement vient participer l'os crochu et d' autres ; mais, outre qu' ils sont retenus par les ligaments, ils sont bientôt remis à leur place par les faces de glissement, surtout par celle du crochu sur le pyramidal. Par ces petits mouvements, les chocs sont adoucis, et amortis.
Ëlcvation avec pronation — Un poids peut être élevé par la main tournée en bas. Si le poids est une sphère, la singulière inégalité des métacarpes et des doigts permet à r homme de l' embrasser ; et si elle n' a que quinze centi-
(1) PI. VI. %. 4 c. d.
(2) PI. VI. fip:. 4. e.
mètres ou à peu près, ses doigts divariqués tombent par leurs extrémités sur Y équateur de la sphère. Dans cette action les doigts n' ont d' autre fonction que d' être appliqués sur le dos de la sphère, et de la serrer avec bonne prise. Tout le poids va être confié principalement aux métacarpes, qui étant presque horizontaux sont étirés en bas par leurs têtes inférieures.
Les muscles élévateurs, à ce qu' il semble, ne donnent pas une aide remarquable aux métacarpes étirés ; car les fléchisseurs sont en action en comprimant les doigts sur la sphère. Toute résistance à la déclinaison est donc confiée aux quatres métacarpes. Mais leur rigidité semble entièrement assurée par la forme des faces de contact des métacarpes avec le carpe. Nous n' avons qu' à rappeler ce que nous avons dit ci-dessus.
En efiet les bases du deuxième et du troisième sont particulièrement étendues dans la direction dorso-volaire , et fermées comme ils sont sur le trapézoïde, et le grand-os, par des ligaments, ils présentent un bras de levier très-étendu, et par là très-résistant (1).
Mais ici on a une spécialité digne de remarque, à propos de la base que nous avons mentionnée. Elle est très-êtendue, avons nous dit, de derrière en avant du dos, à la paume, et cette extension sert aussi bien pour la stabilité nécessaire aux métacarpes dans la répulsion palmaire , que dans r élévation avec préhension. Mais si Y on considère que l'axe du III métacarpien a h (2) ne tombe pas sur le milieu de la dite base c à, et qu' une partie plus grande que celle-ci s' étend sur la paume que vers le dos, on comprend que la résistance à la déclinaison des métacarpes est plus forte dans ce dernier cas. La base c d est le quart, ou la troisième partie de la longueur totale de Tos deuxième et troisième. C'est déjà beaucoup ; mais si vous baissez l'axe de 1' os a ô (3), vous verrez qu' il divise la base en deux parties inégales ; et que la partie volaire a c, s' avance en une pointe ou un talus qui va fortement heurter sur le processus du grand-os, lui-même très avancé dans la paume. Par là nous voyons encore une fois que sur le grand-os va se concentrer le plus d'effort de cette préhension. Nous ne suivrons pas les résistances, dont, sont chargées singulièrement les pièces carpiennes. Si le grand-os est nécessairement un peu incliné par 1' impulsion des méta-
(1) Plauche VI. fig. 2, 3, 4.
(2) PI. V. fig. 4. a, h.
carpes deuxième et troisième, si Y os crochu Test de même par celle du quatrième et du cinquième, ils peuvent exécuter de petits mouvements bornés entre d' étroites limites par les ligaments et les inégalités des faces, et ils sont un frein et un adoucissement de V effort originaire. Mais ce sont des mouvements très-bornés, car les faces de glissement entrant en action ne permettent que de très-petites nuances, et rappellent bientôt à leur place les os carpiens.
Le mécanisme qu' il nous fallait signaler à propos de la prëliension avec pronation, est 1.^ la grande extension des bases ou faces de contact, les métacarpes, et les carpes; 2P Y extension des bases môme plus prononcée à la face volaire, i{\\ à la face dorsale.
Mon travail est à sa fin. Mais puis-je me flatter que le débat entre la théorie de la descendance , et la doctrine d*une Création indépendante ait touché tous les points de la question? La Géologie, et la Paléontologie n' y entrent-elles pour rien ? — Elles y entrent à la vérité pour beaucoup ! Il est bien connu qite la Chronologie paléonto logique peut être invoquée com7ne une preuve, et un appui de la Théorie de la transformation des êtres. Je sais bien cela, mais je sais aicssi que la question paléontologique une fois soumise à un examen attentif, tel qu' on T a fait pour la question zoologique , donne enfin pour dernier résultat, la même conclusion à laquelle nous sommes arrivés dans ce travail, C est-à-dire que la doctrine de la Création indépendante est encore , sous ce rapport, à V abri de toute atteinte. Mais chacun voit qu* il n' y avait pas de place ici pour une telle controverse, qui ne peut qu* être le sujet d'un tout autre travail: et d* ailleurs il ne fallait pas mêler ici la question paléontologique, avec la question zoologique.