‹ La théorie darwinienne et la création dite indépendante: Lettre a? Ch. DarwinChapitre 56 sur 129 · MÉTACARPE DU TIGRE · texte numérisé non relu

MÉTACARPE DU TIGRE

Les têtes supérieures des métacarpes présentent à leur tour des formes d'une pareille force. Celle de l'index a une base antéro-postérieure (1), de 0, 032, la grosseur minime de l' os étant de 0, 015. Son talus au côté volaire est très-avancé et très-fort ; l' extrémité de celui-ci quitte sa base propre du trapézoïde pour aller s' appuyer sur la dilatation volaire du grand-os.

toujours oublié qu' on n' a presque pas d' appareils de force semblable entre métacarpe et phalange, et entre les phalanges réciproquement.

Sans me préoccuper de ce qu' on pourrait m' objecter, une seule observation suffira, je crois, pour éclaircir la question. Admettons que chaque doigt soit faible en lui-même, et sans éléments de contrastes dans ses articulations. Mais il est bon d' observer , par exemple , que dans le tigre et , dans la généralité des cas, un doigt n' agit jamais seul. L' action do quatre doigts est simultanée. La partie tétradactyle est une dans ses efforts de préhension, de répulsion etc. et elle est divisée seulement en parties divaricables , afin que la main puisse occuper une plus grande extension de surface, et se mouler sur les formes des corps. Les efforts de chaque doigt vont passer sur chaque os du métacarpe ; tous les efforts des doigts vont se concentrer dans le carpe, de manière que quatre ou cinq activités des doigts vont se résumer en un seul produit , qui tombe sur les os du carpe. C est véritablement le funiculiis triplex qui transmet sa force au carpe , et dans le cas du tigre , plus spécialement au scaphoïdo-luné. Les contrastes plus énergiques pour braver les efforts sont donc bien placés là où toutes les forces se confondent en une seule. C'est là que se manifeste la rudesse d'un coup; et c'est là qu'il faut l'amortir et l'adoucir, par une décomposition de forces opérée par les multiformes contrastes des pièces carpiennes.

(1) Planche VIL fig. 2.

TIGRE — OS SÉSAMOÏDES 131

La base encore du doigt du milieu a un talus de 0, 025, et celle du quatrième qui s' appuie sur le crochu ainsi que sur le grand-os, jouit encore d'une force remarquable. Le cinquième est un peu moins bien partagé. Quant au poucp il a évidemment une moindre importance; et il n'est qu' une partie complémentaire qui complète la griflfe servant à retenir une victime (1). D' après ce que nous avons dit de l'homme, on connaît par ces formes qu'une résistance immense réside dans la main du tigre à la tête supérieure des métacarpes, sous le double aspect de fonctionnement de l'artus comme colonne do support, et comme instrument de griffe.

L'autre extrémité du métacarpe du tigre, celle qui touche aux phalanges, est remarquable par ses grands os sésamoïdes. On ne les voit tels pourtant qu'à la partie tétradactyle de la main seulement; car au pouce on ne voit que de très-petites sésamoïdes et, comme on a dit, des rudimentales. Les premières sont appliquées sur le bas de l'os métacarpien au côté volaire; tandis qu'au côté dorsal on a un tête condyloïde arrondie pour l'articulation de la première phalange.

On distingue donc clairement deux structures trèsdifférentes, et très-bien marquées aux deux côtés de la tête inférieure du métacarpe: une à la face palmaire, l'autre à la dorsale.

(1) Par sa brièveté le pouce s' implante assez en arrière dans les chairs d'une victime. Toutes les cinq piqûres des ongles sont alors graduées et distantes; de manière que Taire occupée par la griffe est beaucoup étendue.

132 TIGRE — OS SÉSA310ÏDES

L'appareil du côté volaire se compose 1." d'une grande carène médiane 6 (1) longitudinale de l'os métacarpien, qui sépare les deux aires sur lesquelles jouent les deux os sésamoïdes c. - 2.° de ces mêmes os sésamoïdes. Ceux-ci au nombre de deux pour chaque tête méta/îarpienne sont très-longs, hauts et comprimés; et ils ont la forme de grandes crêtes. Par leur juxtaposition ils forment les bords d'une gouttière longitudinale et profonde, qui donne passage au tendon dépresseur des phalanges.

Il est bon de signaler ici que pour une fonction de cette nature, c'est-à-dire, pour constituer une gouttière de passage aux tendons , des simples crêtes osseuses fixes ou des apophyses auraient été très-bien appropriées (2). Par contraire ces crêtes sésamoïdalcs sont trés-mobilcs. Elles n' adhèrent en aucune manière à l' os métacarpien ; et leur déosculation avec celui-ci se fait par l' entremise des faces glissantes, recouvertes par des cartilages, et lubrefiées par l'humeur synoviale.

Alors il reste démontré que la liberté dont jouissent ces os sésamoïdiens, n'étant pas demandée pour la constitution d'une gouttière destinée seulement à assurer le passage des cordes tendineuses, «elle est réclamée pour d'autres buts, parmi lesquels nous pouvons citer, outre ceux qui sont signalés ordinairement par les anatomistes à propos des sésamoïdes, un autre encore, qu' il nous faut examiner ici.

(1) Planche VIL fig. 3. b,

(2) On voit de telles gouttières fixes pour le passage dos tendons à la partie supérieure du tarso-mctatarse dos oiseaux.

FONCTION DES OS SÉSAMOÏDES DU TIGKE 133

L'animal, dont nous étudions la patte, est, nous l'avons dit, un digitigrade. Il se tient debout sur ses doigts; mais non comme l'éléphant, le rhinocéros, l'hippopotame qui se tiennent sur la dernière partie de leurs doigs, sur r ongle. Le tigre s' appuie sur le sol par la tête inférieure des quatre métacarpes, celui du pouce excepté. Les phalanges, comme on le sait, sont relevées en haut (1). Or l'acte de l'ambulation dans les animaux digitigrades, importe un changement continuel de rapports entre la tête de l' os métacarpien et le sol. Car lorsque le tigre, ou tout autre, étend en avant sa patte pour avancer d' un pas , son métacarpe est d' abord assez incliné en arrière (2) , et quand le pas est fait et que l' animal est sur le point de relever sa patte, alors le métacarpe est vertical, ou incliné en avant (3). Durant ces changements alternatifs de direction du métacarpe avec le sol, sa tête inférieure exécute une espèce de course sur le sol même, et on conçoit que si elle

(1) PL IX. fig. L

(2) PL IX. fig. 2. a.

(3) PL IX. fig. 2. h.

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