‹ La théorie darwinienne et la création dite indépendante: Lettre a? Ch. DarwinChapitre 6 sur 129 · EXAMEN DES EXTREMITES · texte numérisé non relu

EXAMEN DES EXTREMITES

Il faut que notre point de départ soit, autant que possible, hors de contestation. Je vais Y exposer très-succinctement.

Les animaux vertébrés (je dis les vertébrés pour me mettre dans un champ bien défini ) se meuvent , et ils ont la nécessité de se mouvoir. Leur entière organisation et leur individualité seraient un absurde, ou leur conservation serait une impossibilité sans ce pouvoir de locomotion. A quoi bon distinguer l'aliment, et le convoiter, à quoi une organisation buccale accomodée pour s' en nourrir, sans la possibilité de le poursuivre et de l'attraper? A quoi servirait la timidité tutélaire de la brebis ou du lièvre, si elles ne pouvaient échapper au loup , ou au chien ? Donc tout vertébré a la nécessité de se déplacer, de se mouvoir; et il se déplace et se meut (1). ,

Le mouvement des animaux est le changement qu' ils font des rapports de distance entre eux-mêmes et les corps environnants; soit de tout l'animal dans la translocation,

(1) Voir d'excellentes observations sur ce sujet: Van Beneden. Anatom, comparée. BruxelL 7). 25.

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soit lorsque les corps sont rapprochés ou repoussés par nous dans la préhension et la répulsion. Pour efifectuer tout cela il faut des extrémités motrices. La reptation ne suffirait pas. Quoiqu' il en soit du nombre des appendices que Y on veuille le plus convenable, il est clair que s'il y a deux ou quatre extrémités, il faut qu'elles jouissent de certaines conditions, sans lesquelles elles ne seraient pas appropriées aux fonctions qu' elles doivent exécuter.

Avant tout elles doivent se raccourcir et s'allonger; sans cela on ne peut ni prendre les objets et les approcher, ni les répousser loin de soi; on ne peut repousser le sol derrière soi durant l'ambulation. Supposez des extrémités d'une seule pièce, des tiges rigides attachées à l'épaule, et au bassin du cheval; il sera par là condamné presque à l' immobilité. Car lorsque le cheval fait son pas ordinaire, nous voyons qu'il a son pied postérieur tendu derrière lui; après quoi il l'inflecte et le raccourcit, et ensuite il lui faut 1' allonger en avant pour toucher à terre avec son pied à la distance d' un mètre environ de la première piste (1). Sans remonter à des considérations géométriques, qui seraient déplacées maintenant, il est clair que le pied du cheval , ou plutôt que toute extrémité ne peut rester toujours tendue; mais il faut qu'elle puisse s'abréger et s'allonger alternativement pendant

(1) La jambe se pliant reste haut de terre pendant le temps qui se passe de la piste d' arrière , à la nouvelle d' en avant. Sur cette dernière , la jambe descend presque d' aplomb sur le terrain. Par là les inégalités , ou les protubérances du sol , n' opposent pas d' obstacle à la progression.

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que r animal agit dans la translation , la préhension , ou le repoussement (1).

En d'autres termes: Il faut que toute extrémité puisse fléchir.

Qui peut supposer que Taile d'un oiseau reste toujours étendue ? Qui pourra douter que le bras ou la jambe préhensile du singe ou de Y unau doit fléchir?... Dans tous ces cas il faut donc que l'extrémité soit une tige brisée.

Donc , que chaque extrémité des animaux vertébrés soit une tige fracte, et non pas entière et rigide, je le comprends parfaitement, car c' est une nécessité mécanique.

Je m'abstiens de développer tous les corollaires qui découlent de cette prémisse. Je dirai seulement que l' on voit que le mouvement qu'un mammifère, un oiseau, un lézard, et ajoutons encore un insecte etc. (2) reçoit de ses pattes, vient du déploiement, et du rapourcissement alterne de la patte même; c'est-à-dire que son mouvement dépend de l' ouverture des angles qui existaient d' avance,

(1) Surtout comment songer à la descente sur un plan incliné sans des extrémités flexibles? On peut sur cela consulter r excellent ouvrage de MM. Weber — Ti^aité de la mécanîque des organes de la locomotion, Paris 1843 — où se trouvent développées des idées du genre de celles qu' on vient d'exposer ici. Notamment à pag. 301.

(2) On pourrait dire plus généralement — tout animal dans lequel sont associées des parties solides avec des parties molles — par la raison très-concluante que leurs extrémités doivent fléchir à angles , et qu' elles doivent jouer entr' elles comme bras de levier. De tels jeux mécaniques n' ont pas lieu sans deux éléments, c'est-à-dire des hastes et des cordes.

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par r inclinaison des pièces qui les composent,, d'où il s'ensuit encore que la force d'action d' une extrémité dépend entièrement du passage qu' elle peut faire de Y état de flexion à celui d' extension. Tout le jeu -des muscles dans l'action des extrémités, est fondé sur ce principe — de changer les rapports d'une pièce osseuse avec Vautre — et par conséquent détruire les angles de flexion, et éteindre Varttis; ou bien créer des angles et fléchir l'extrémité. La patte alors est montée quand les diverses parties sont fléchies par angles contraires. Telle est la patte du cheval, du chat, de l'oiseau en repos, qui est comme un ressort monté au point d'éclater; de manière qu'à chaque instant l'animal étant surpris peut, par la contraction soudaine de ses muscles, s'élancer, et s'enfuir. Cette construction nous montre encore que deux hastes, ou deux pièces osseuses, ne sont pas suffisantes; il en faut trois ou davantage. Un seul angle ne suffit pas, il en faut deux, ou davantage.

C'est alors, et seulement alors, que nous voyons résolu le problème d' extrémités susceptibles d' une longueur variable, et rendues utiles pour la locomotion, comme pour la préhension.

Je comprends donc qfue pour la motion des animaux il faut des extrémités brisées, ou à plusieurs pièces; et je vois en effet que toutes les extrémités des vertébrés sont formées de la sorte, c'est-à-dire de plusieurs pièces pouvant former des angles entre eux (1). Je vois partout

(1) Les lois universelles de dinamique, ou du mouvement , qu' on le veuille ou non , reparaissent toujours ; et d* une

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