‹ La théorie darwinienne et la création dite indépendante: Lettre a? Ch. DarwinChapitre 62 sur 129 · APPAREIL SÉSAMOÏDAL DANS LE CHIEN · texte numérisé non relu

APPAREIL SÉSAMOÏDAL DANS LE CHIEN

L'autre face de cette plaque fibreuse, ou face volaire, forme une gouttière par le relief des deux crêtes sésamoïdales réunies Tune à l'autre, sur le devant, par le tissu fibreux même; de manière qu'elle prend les formes d'un tuyau. En ouvrant celui-ci on y voit le tendon perforateur ou grand dépresseur du doigt parfaitement libre, tandis que le perforé est en connexion supérieurement avec la plaque même.

Par cet exposé on voit que l' appareil sésamoïdal sert sans doute à tenir les tendons à leur place, en leur donnant un passage circonscrit dans une gouttière, pu mieux dans un canal; mais on voit de même, que la forme, . r extension et la liberté dont jouissent les crêtes sésamoïdales se rapportent à la fonction de l' ambulation.

Les phalange^ de la partie tétractyle de la main jouent sur les têtes inféro-dorsales du métacarpe; mais ces têtes sont moins convexes que celles du tigre et un peu plus carrées.

Au pouce il n'y a rien de tout cela. La tête métacarpienne présente toute autre forme ; elle n' a pas ce relief sphéroïdal si relevé et circonscrit par une profonde fosse dorsale; elle n'a qu'une petite carène latérale, et un os sésamoïdal globulaire et très-petit. C est donc toute autre forme. Il serait superflu d' ajouter que le pouce est très-petit, très-grêle, et qu'il ne touche pas à terre; mais il jouit d'une grande versatilité; et par cette dernière propriété il étend V aire circulaire de la griffe, à laquelle il apporte un ongle plus acéré, car il est mieux garanti que les autres.

Les phalanges onguéales n'ont pf^s une articulation

TIGRE ET CfflEN , 151

latérale avec la précédente. Elles restent toutefois un peu soulevées de terre à cause du talus de leur base inférieure, et de la pelote terminale des doigts.

Le piôiforme est énorme et un fort ventre musculaire lui eat donné pour la flexion de la main.

Le fond de la structure de la main du chien est donc comme celui de la main ^u tigre, excepté les rapetissement du trapézoïde, du grand-os et V ampliation du pyramidal; et enfin une moindre force, et moins de garanties contre les efforts violents. En conclusion on trouve un organe moins fort que celui d]i tigre, et qui n'est pas fourni d' instruments énergiques de prise comme serait de la griffe des chats. En effet l'ongle du chien n'est pas comparable à celui des chats. Ils ne sont pas laminaires ni tranchants et acérés; mais presque cylindriques, un peu courbés, rongés et obtus au sommet ( celui du pouce excepté) par suite de l'usure quotidienne.

Mais en faisant ces observations on ne peut se passer de réfléchir encore, combien en effet sont moindres les chances d'efforts violents pour la main du chien en proportion de ceu> qui sont portés pour la main du tigre.

En tout cas, on met ici encore facilment en relief un, arrangement péculiaire des parties à des fonctions spéciales du chien, qui ne sont pas celles du tigre, ni de tout autre animal. La main du chien est un conceptus sui generis, dans lequel sont harmonisés les moyens pour le but dans un cas tout à fait déterminé et particulier.

Un problème dont la solution se rattache à ce que nous venons de dire sur le tigre, se présente aux défenseurs de la filiation des êtr^s.

En supposant, ce qui n'est pas admissible, que sur la face de la terre il n'existait aucun vertébré, sauf le tigre, et que celui-ci fût le seul être de cette province zoologique, un être sans précédents, sans type exemplaire, on se demande si la patte du tigre serait ce qu' elle est.

En portant notre attention à ce que nous avons vu ci-dessus il faut, je crois, répondre par l'affirmative. Les mécanismes, qu'entre bon nombre d'autres nous avons mis en relief, ne laissent pas de doute. Ils sont ordonnés chacun pour un but, pour une fonction déterminée. Il n' y a pas un seul os, une seule partie qui n'ait une action dans cette patte. Chaque crête, chaque face articulaire, chaque aspérité, si petite, si insignifiante qu' elle puisse paraître, toutes foifctionnent, elles ont chacune leur office à accomplir, et elles l'accomplissent effectivement.

Tout cela, comme on le voit, ne sort pas des considérations mécaniques, que toute personne peut faire à son gré.

Or ce premier point étant fixé, il en reste un autre. Ces fonctions sont-elles armonisées entre elles dans une action commune ? Jouent-elles, toutes coordonnées, pour un effet final unique? Je pourrais me dispenser d'observations à ce propos, en me reportant aux paroles qu'à cause de leur importance, j'ai eu occasion de citer autre part sur l'arrangement des parties des animaux. Bien que dites pour d'autres cas, vos paroles ont cependant une application générale; car, quoiqu' en disent quelques esprits prévenus, la perfection est le cachet général de la nature.

Mais je veux pourtant faire quelques pas plus en avant. Pour démontrer F harmonie des parties dans la patte du tigre , et le parfait fonctionnement de ce membre comme de l'entier animal, je vais citer une observation, une des mille qu'on a toujours sous les yeux.

Est-il possible qu'il y ait quelqu'un qui visitant la ménagerie de Hyde-park ou du ZoologicaUgarden, ne soit pas frappé d' une représentation aussi sublime que celle du courage, de la force, de la fureur, de l'agilité que le tigre déploie lorsqu'il est irrité, ou afifamé? Est-ce qu'on peut imaginer quelque chose de plus vif dans l' expression ou dans les transports de l'animal, et en même temps de plus coordonné dans les mouvements, et dans le jeu de ses membres pour satisfaire à ses besoins ? Peut-on se figurer quelque chose de plus parfait dans son genre que le tigre? Toutes ses qualités ne sont-elles pas à leur point culminant, et ne se rapportent elles pas également bien aux facultés psychiques qu' aux facultés physiques de l' animal ?

Tout le monde voit que les nombreux moyens d&nt l'animal peut disposer ne fonctionnent pas gauchement au contraire ils arrivent à leur but avec la plus grande exactitude ; et pour ne pas perdre de vue notre sujet particulier, chacun voit que la patte du tigre loin de fonctionner gauchement, sert à l'animal avec un bonheur surprenant. Elle ne pourrait mieux répondre à ses besoins, à son courage, à sa force générale, à l'instantanéité de ses déterminations. Dans le tigre rien n'est en défaut: ni aptitude, ni exécution: ni aspiration, ni eflfectuation: ni tendance, ni satisfaction.

En regardant donc à deux choses: 1.° aux mœurs (comme on le dit) du tigre dans ses rapports avec le monde ambiant, et 2.'' à la conformation des parties de son corps en rapport à la fonction et aux besoins de l'animal, on ne peut mettre en doute, que le tigre a tout ce qui lui est compétent, et que toute sa machine est parfaitement appropriée à son action (1).

(1) Je comprends fort bien, et toute personne comprend mieux que moi, qu'il ne serait pas difficile de trouver un grand nombre d'exemples pareils à celui du tigre que nous avons vu. Qui ne comprend en effet que ce serait un sujet digne d'un égale admiration un beau cheval à la course, ou au galop, un singe voltigeant sur les arbres, ou bien un oiseau qui plane paisiblement dans les hauteurs de l'atmosphère? Toutefois la seule admiration ne suffirait pas pour en déduire une conclusion philosophique du genre de celle que nous venons de tirer au sujet du tigre; car il ne suffit pas de se borner à une considération superficielle, comme on fait habituellement, considération d' ensemble et pittoresque, plutôt que scientifique. Pour une juste appréciation , il faudrait avoir soumis préalablement les animaux nommés, et autres, à un examen soigné, tel et bien plus approfondi encore, que celui que nous avons fait ici pour une petite partie de 1' organisation du tigre. C'est seulement lorsqu'on a acquis une connaissance profonde des mécanismes d'un animal, et lorsque on voit ces mêmes mécanismes en fonction, que 1' on peut relever la parfaite correspondance des parties à la fonction, et de r instrument à son effet. D' où résulte clairement l' évidence de la perfection de l' instrument même , si son effet est si parfait ; et d' où la conséquence que tout ce qui se trouve dans ce mécanisme est utile , et nécessaire au complément de r instrument ; et qu' il n' y a rien de superflu , de rudimental, ou de reliquatus anatomique. Il est également clair que rien

Donc, si par impossible comme nous avons dit, le tigre eût été la seule création vertébrée qui existât sur la terre, il ne pourrait être autre que ce qu'il est; sa patte ne pourrait être que ce qu'elle est, la patte du tigre.

Après tout, un Créateur ne pouvait rien faire de mieux pour un tigre que de lui donner la patte qu'il a eflfectivement, sans regarder autour de lui, s'il y a ou non d'autres animaux. Le conceptus d'une telle patte n' implique aucun précédent, ni aucun égard à un dessin primitif général, ni aucune relation ou dépendance de construction avec la patte des autres animaux; pas plus qu'une clef a de relation avec les millions de clefs qui sont sur la terre; et si ma clef existait seule, il est évident qu' elle ne serait ni plus ni moins que ce qu' elle est. La patte du tigre est exclusivement parfaite en elle-même; je dis exclusivement de toute autre patte ou crée ou possible. Sa raison d'être est placée très-haut; elle est dans la conformité aux lois de mécanique, de dynamique, de physique, de physiologie etc.

Mettons donc de côté pour un moment la question si le tigre est un dérivé d' autres animaux par filiation

n' est là pour servir à une unité de plan théorique , ni pour servir de transition à une organisation prochaine. Alors l'intuition toute nue se porte seulement sur deux considérations: d'un mécanisme constitué à terme de science, et de son effet d' un très-parfait résultat. Mais V intuition même est forcément entrainée par une conséquence qui vient après, c' est-à-dire que ce mécanisme est un mécanisme préparé, et d'un effet voulu 4C par un artisan qui est à môme de son œuvre et dont l'effet était dans son but. »

OU non. Quant à son organisation, il serait ce qu'il est. se trouvant, comme à présent, au milieu de créations innombrables, aussi bien que s'il était seul sur la terre.

Vous voyez alors, Monsieur, que la doctrine d'actes de création indépendants ne va pas être fort embarrassée pour expliquer la construction indépendante de la patte du tigre, pas plus que pour expliquer celles de la main de l'homme; et, comme nous le verrons ailleurs, celle de la chauve-souris, et du phoque.

Page 1