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DE
INTRODUCTÏON
Nous ne nous sommes point proposé d'écrire une étude d'ensemble sur Quelelet et ses travaux statistiques, ni de retracer historiquement l'évolution de ses idées*. Sa théorie de l'homme moyen nous a retenus,
1. La vie et les œuvres de Quetelet ont été l'objet d'études très détaillées et attentives. Sur sa vie, voir en particulier : Mailly (Edouard), Essai sur la vie et les ouvrages de Quetelet, dans l'Annuaire de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 1875, p. 109-297. Une bonne bibliographie de ses travaux statistiques se trouve dans : Knapp (Friedrich), Bericht Uber die Schriften Quetelets zur Sozialstalistik und Anthropologie. Jahrbiicher fur Nationalôkonomie und Statistik, vol. XVII. Tout récemment, Lottin (Joseph) a publié un très volumineux ouvrage (564 p.), intitulé Quetelet statisticien et sociologue {VOiVis, F. Alcan), 1912, où l'on trouvera (p. xviii-xxx) une bibliographie très détaillée et (p. 5-103) une étude très longue de la vie de Quetelet. Enfin, dans l'ouvrage, récent aussi, deHankins (Frank H.), Adolphe Quetelet as statistician,^Qyf-XoT]i., Columbia University, 1908 (le plus intelligent travail que nous ayons trouvé sur notre auteur), l'esquisse biographique qui constitue le chapitre i (p. 9-35) est un tableau très vivant et très exact de l'activité scientifique de Quetelet.
Halbwachs. 1
moins encore à cause de l'influence qu'elle a exercée en fait, que parce qu'elle correspond à une conception générale intéressante et profonde des faits sociaux. Sans doute elle a été soumise à bien des vicissitudes. Le grand économiste Adolf Wagner, qui a diffusé cette théorie en Allemagne*, comme Buckie, qui s'en est inspiré en Angleterre ^ l'ont quelque peu simplifiée et « vulgarisée ». D'autre part, elle a été l'objet d'attaques très vives, soit qu'on y ait vu une hypothèse trop étendue et trop vague, soit que, la prenant à la lettre, on en ait souligné les conséquences invraisemblables et quelquefois risibles. Aussi on a pu croire rendre service à Quetelet en débarrassant son œuvre d'une théorie discréditée, et qui ne serait point chez lui essentielle'. Par contre, le critique sans doute le plus pénétrant des idées de Quetelet s'exprime ainsi : « Le nom de Quetelet est ordinairement associé avec le terme : homme moyen, et avec ses remarques sur l'importance de cet homme moyen pour l'étude statistique de la société. Les idées impliquées dans le concept : homme moyen, sont au centre de toutes les recherches de Quetelet, et il est essentiel de les analyser pour comprendre ses écrits. Si on écarte l'unité qu'ils tirent de ce que la notion d'homme moyen s'y trouve plus ou moins généralement, ses écrits slir la population et la statistique morale, l'anthropologie
1. Statistisch-anthropologische Vntersuchung der Geselzmdssigkeil in den scheinbar willkùrlichen menschlichen Handlungen, Hamburg, 1864.
2. History of civilisation in England, Londres, 3* édition, 1861.
3. Lottin, livre cité, p. 517. « L'homme moyen de Quetelet est mort avant son auteur môme... Personne, de nos jours, ne se soucie de lui. C'est justice, etc. »
physique, la méthode statistique et le système social manquenttout àfaitd'un principe d'unité' )).EtM. Durkheim dit, de son côté ^ : « Quand Quetelet signala à l'attention des philosophes la surprenante régularité avec laquelle certains phénomènes sociaux se répètent pendant des périodes de temps identiques, il crut pouvoir en rendre compte par sa théorie de l'homme moyen, qui est restée d'ailleurs la seule explication systématique de cette remarquable propriété. »
En réalité, de deux choses l'une : ou bien les idées de Quetelet, nous ne dirons point : ne forment pas un système, mais plutôt, ne s'inspirent pas d'un même principe. Il aurait dirigé ses recherches en de multiples directions, relevé, dans les ordres de faits les plus divers, des régularités qu'il se serait borné à constater, ou qu'il aurait rattachées à des principes différents ou même contradictoires (nous verrons, en particulier quand nous en viendrons à la statistique morale, que bien des expressions de Quetelet peuvent d'abord le laisser supposer). Ou bien, et c'est ce que nous croyons, Quetelet a pensé qu'un même principe et qu'une même méthode devait permettre d'expliquer tous les faits sur lesquels l'observation a prise, que les rapports de causalité étaient partout d'une même nature, qu'une même loi dominait tout l'univers, et, pour cette raison, il s'est sans cesse reporté à la notion de moyenne, de type moyen, d'homme moyen, telle qu'il avait pu la formuler de façon précise à propos de certains caractères physiques simples de l'homme tels que la taille. Cette notion a joué un tel rôle dans sa pensée qu'il s'en est inspiré alors