Tract., Ibidem
c) Mutation in appellatione (i)
Celle-ci est déjà plus délicate : ce n'est pas seulement le chang-ement de dénomination, comme on pourrait le croire, c'est en réalité le changement du cours des espèces, par rapport à la monnaie de compte. Elle ne suppose pas nécessairement un changement d'espèces, mais elle s'y allie fréquemment. Elle est extrêmement dangereuse, puisque d'un trait de plume, du jour au lendemain, la fantaisie du prince peut par là bouleverser le système monétaire, sans procéder à l'opération toujours difficile, et qui demande un certain temps, d'une refonte g-énéiale. Elle est dangereuse surtout en ce sens qu'elle altère toutes les transactions anciennement conclues, et désorg-anise les paiements en sommes d'argent. Pourtant, elle offre inversement cet avantage, lorsque la valeur lég-ale seule est touchée, qu'elle n'altère pas directement la circulation. Comme la modification reste nominale en somme, le public. Oresme l'a parfaitement observé, arrive à se mettre en garde contre des surprises de ce genre; les monnaies, non altérées en elles-mêmes, peuvent toujours se vendre au poids; les contrats peuvent se faire en espèces d'un certain nom ; et l'effet définitif se traduit uniquement le plus souvent par une hausse ou une diminution proportionnelle des prix (2). Il s'établit même quelquefois, à côté du cours légal, un cours volontaire, qui en corrige les excès.
1. Tract., c. 1 1 , De mutalione appellationis moneiunim, p. 107 = fr. XXXIV. Cf. LesEthiques, 1. 5. c. 5, Glose. Cest assez plus, fo L, r" ; La Politique d'Aristote, 1. 1., c. 12, Glose, Item change, fo XXII, ro .
2. « Si autera non fieret alla mutatio, oporteret mercimonia ad majuspreciumcoraparare proportionaliter seu appellare » (Tract., c. II, p. 108= fr. XXXV).
Oresme a été particulièrement préoccupé de ce genre de mutation, auquel les embarras financiers du roi Jean et de la régence venaient de donner un intérêt d'actualité tout particulier: c'est le seul mode de mutation, il convient peut-être de le remarquer, auquel il fasse expressément allusion dans les traductions, dans celle des Ethiques comme dans celle des Politiques ; dans une glose de ce dernier ouvrage, il croit y reconnaître Vobolostatique d'Aristote (i).
d) Mutation proportionis monetae (2)
La mutation in appellatione, quand elle porte sur le cours de quelques-unes des espèces seulement, modifie la proportion courante entre ces espèces et le reste du système monétaire. Quand, en particulier, ce sont toutes les pièces faites de l'un des métaux précieux dont le cours nominal est ainsi changé, le résultat final est de modifier le rapport des métaux précieux eux-mêmes, la proportion légale de l'or à l'argent, et c'est là ce quOresme appelle précisément la mutation in proportione [Z).
Quoique, nous le savons, le rapport des métaux précieux doive pour lui rester aussi stable que possible [in propos ito monetœ aurese ad monetani argenteani débet esse certa habitudo in valore et pretio) (4), Oresme admet
1. « Doncques, qui pour gaing institue à monnoye autre prix que devant pour gaing, cest obolostatique » (La Politique d'Aristote, 1. I, c. 12, Glose hem change, f" XXIL r»).
2. Tract., c, 10 De mutatione proportionis montarum, p. io5 = fr. XXX.
3. Peut-être Oresme a-t il relevé lui-même le lien qui unit ces deux sortes de mutations ; il dit en effet dans un passage du Traité : « Si ergo appellatio unius imrautetur, et non alterius, jam variabitur proportio » (Tract., c. 11, p. 108 = fr. XXXV).