‹ La théorie de la monnaie au XIVe siècleChapitre 134 sur 361 · Tract., ibidem · texte numérisé non relu

Tract., ibidem

2o0 LA CRITIQUE DE LA CO.NCEPTION FÉODALE

quent, et aussi, Oresme l'a bien vu, le plus dançereux, parce que la mutation par l'affaiblissement du titre, en même temps qu'elle est « moins appercevable « (i), peut procurer rapidement au prince un bénéfice plus considérable.

Quelles sont en effet les causes qui peuvent faire recourir le prince à ce genre de mutation? Ce peuvent être, en principe, des raisons très licites : par exemple, en cas de raréfaction de la matière monnayable, le prince peut, et doit siirement, remplacer un métal dont la quantité menace de devenir insuffisante pour la circulation (2) ; il peut, en sens inverse, abandonner la frappe d'un métal avili propter abundnntiam excessiuain ; il doit enfin, dans le cas d'un alliag-e, proportionner en tout temps la quotité du métal précieux des pièces aux variations de sa valeur réelle (3). Mais en pratique, les raisons de cette mutation seront le plus souvent beaucoup moins honorables ; ce sera trop fréquemment le désir de frauder sur l'alliage, de diminuer la quotité de métal précieux pour en retirer un profit coupable. Aussi ce genre de mutation est-il particulièrement à craindre, et Oresme

1. Tract., c. iI5, p. 42. Le texte lalin dit: « quia raagis est sophistica, et magis perceptibilis, et raagis potestnocere, et plue laedere communitatem. . » (p. ii5).

2. « Ut si nihil aut modicura auri possit inveniri, oportet ipsum desinere monetari, et si de novo reperiretur sufficiens abundantia ejus, incipiendum esset facere raonetam ex ipso, sicut aliqiiotiens fuit factura » (Tract., ibidem).

3. Le texte semble prévoir à la fois une variation venant soit du métal lui-même soit des objets, t Et ista proportio potest rautari propter aliquam proportionem seu variationem realem in vatura materiae vel aequivalentis, et dupliciter : aut propter defectum materiae, sicut qui non haberet argentum, nisi multum notabiliter rainus quara ante, tune plus de eo deberet poni in ista mixtione *. (Tract., ibidem).

le prohibe-t-il absolument de la part du prince. La communauté, comme nous verrons, peut seule l'autoriser, et cela, ad deceptionis malitiam evitandam (i).

b) Mutation in pondère (2)

Elle s'explique d'elle-même : c'est le chang-ement, en réalité presque toujours la diminution du poids des espèces, auxquelles on conserve pourtant le même nom et le même cours [appeUatione et pretio non miitatis) (3). C'est donc l'altération la plus simple, mais aussi la moins dangereuse peut-être, et à laquelle le prince recourra rarement sans la déguiser avec d'autres, parce qu'elle s'aperçoit de suite.

Il est à peine besoin de dire, que, hormis encore le cas de raréfaction naturelle ou d'abondance nouvelle du métal monnayable, le motif en sera presque toujours la seule cupidité du prince, qui rogne sur le poids pour augmenter son bénéfice. Trop facilement les gouvernants, nous dit Oresme (4), sont tentés de se livrer à cette malhonnête opération, faisant rentrer les espèces de poids droit « et d'iceulx forgeant deniers de petit ou moindre poix )) (5), chose que le prince ne saurait faire, comme dit expressément la traduction « se ce nest fort laidement et injustement, a son très grant vitupère.

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