Tract., Ibidem
4. Tract., c. i5, p. ii5 = fi". XLVU. Ce passa [je manque dans le premier texte latin.
260 LA CRlTigtlE DE LA CONCEPTION FEODALE
L'effet est inévitable; sans doute il reste caché, peu sensible d'abord ; le peuple ne s'en aperçoit pas immédiatement, comme il ferait d'un autre impôt. Pourtant il n'est pas de taille, pas de gabelle, pas d'exaction si odieuse soit-elle, qui soit en définitive plus périlleuse et plus dommag-eable que les mutations (i). Le mal progresse lentement, mais sûrement ; il appauvrit méthodiquement le peuple, et il aboutit nécessairement à l'accaparement de tout le métal précieux par le prince. Accaparement particulièrement grave, particulièrement redoutable, dit Oresme, qui mène droit à l'asservissement d'une nation libre (2). Grave danger économique, et aussi grave danger politique (3), car de même qu'en un corps dont tout le sang afflue à la tète, devenue subitement pesante de cet engorgement malsain, cet afflux subit de toutes les richesses vers la tête de la nation, alourdit et engorge ce « vrai et royal membre » que le corps débilité ne saurait plus porter. « Si comme un corps duquel la teste est si grosse que le résidu dicelui est si faible quil ne la puet soutenir » (4).
I . « Ita talis exactio, quanlo minus percipitur, lanto periculosius exercetur ; non enini ita cito gravamen ipsius sentiretur a populo, sicut per unam aliara collectam. El tamen nuUa fere tallia potest esse gravior, nulla generalior, nulla major... » (Tract., c. 20, p. 123 = fr. LIX).
2. « El sic tandem princeps potest atlrahere sibi totam pecuniam subditorura, et eos in servitutem redigere, quod esset tyrannisare, irao vera et perfecta tyrannis » (Tract., c. i5, p . 1 1 5 = fr . XLYJl. Ce passage manque dans le premier texte latin).
3. Tract., c. i5, p. 116 = fr. XLVII; c. 20, p. i23 ==z fr. LIX.
4. Traictie, c. 25, p. 78 = lat. GXXXV « Oresme, fait à ce propos remarquer M. J. Garnier, avait donc l'esprit constitutionnel, et aimait les budgets modérés, pour parler le langage de notre temps ». (Unfirand économiste français, dans h Journal des Economistes », 1864, IIL P- 36o).
4° Arrêt des transactions. — Dans de telles conditions, on conçoit que les né§"Ociations se fassent rares. Dans l'impossibilité de pouvoir compter sur le lendemain, le commerce, qui vit avant tout de sécurité, se ralentit et s'éteint (i). Comment se pourraient conclure les contrats? « Aujourd'huy, dit l'addition du prologue français, il y a plus a faire entre les marchans désire daccord du pris de la monnoie, et les evaluacions, qu'il ny a de marchandise dont ils tîaictent » (2).
Pour les rares négociations qui se font encore, pour l'accomplissement des anciennes obligations, ce sont des complications inextricables, des discussions infinies dans les comptes et les paiements; les gens de justice ont là une mine inépuisable de procès [Oriuntur nam materiae lififfioriini, et uariae qiiœstiones ; malae persolutiones debitoriim, fraudes, inordinationes, abiisiones qiiam plnrimae ; et inconvenientia nuilta, qiiae nescireni expllcare) (3). On n'ose plus contracter ni louages, ni censives. Le prêt luimême n'est sûr ni pour l'emprunteur, ni pour le prêteur (4); car suivant les hasards de la royale démence, l'un ou l'autre sera frustré au jour du paiement dans des proportions qu'il ne peut prévoir.
Alors, l'argent se cache, le commerce se ralentit (5);
1. « Negociatio mercatorum per taies rautationes perturbatur aut multipliciter impeditur » (Tract., c. 20, p. 124 = fi". LX.
2. Traictie, Le prologue du translateur, p. III [passage suspect, manquant dans les plus anciens manuscrits).