‹ La théorie de la monnaie au XIVe siècleChapitre 185 sur 361 · Alb. inlibr. Polit., I, 7, Utt. f. g. n · texte numérisé non relu

Alb. inlibr. Polit., I, 7, Utt. f. g. n

SOURCES DK f.A DOCTRINE 375

quelquefois, et ils sonl allés plus loin vraisemblablement, que ne serait allé le philosophe. Il n'est pas croyable qu'Aristote ait pu prévoir les conclusions que Burleigh par exemple a tirées de son texte, en faveur du droit du prince de muer les espèces, bien que quelque chose de cela fut certainement en çcerme dans sa conception purement artificielle du numéraire.

Les commentateurs pourtant sont allés quelquefois plus loin encore, apportant des idées entièi^ement nouvelles ou même entièrement en opposition avec celles d'Aristole lui-même.

Les idées nouvelles, généralement un peu en dehors d'ailleurs, sont celles, le plus souvient, de leur milieu féodal et scolastique. C'est ainsi par exemple qu'en cherchant la mesure de la valeur, Aristote l'avait placée uniquement dans le besoin [indlgenlia). Cette notion, toute matérielle, qu'ils n'osent pas combattre, choque visiblement les commentateurs dans leurs habitudes scolastiques. Albert g"lose légèrement : il remplace le besoin par l'usag^e et l'utilité, iisiim et utilitatein i r), c'est-à-dire qu'il déplace un peu le critérium. Burley dans le commentaire, admet encore la même traduction, mais dans la glose il croit nécessaire d'observer — ce qui est bien scolastique — qu'ainsi la valeur des choses ne suit point leur dignité (2).

D'autres additions du même genre sont également typiques. Aristote avait noté que la monnaie, comme métal, est une chose utile en soi (utilium per se ens).

i. « Indigentiain, hoc idem quidam vocantusum et utilitalem » (Albert., in Ethic, V, c 2, litt. c). ,

2. « Non enim apprecianlur res secundum dignitatera naturalem ipsarura rerum, sed precia imponuntur rébus secundum quod horaines indigent eis ad usum suum » (Burlaeus, tu Ethic, V, 5, litt. c, fo 92, v").

Albert «-lose « utilium ad vitam et bonatn vilain » (i). C'est-à-dire qu'il trouve moyen d'introduire l'idée de fin, toujours si chère aux scolasliques.

Ce ne sont là évidemment que d'assez petits détails. Mais deux additions méritent d'être plus attentivement relevées, parce qu'elles sont en opposition directe avec l'idée primitive d'Aristote, et parce que l'une d'elles, au moins, est g-rosse d'avenir. Elles ont trait, l'une au rôle, l'autre à la nature du numéraire.

Aristote n'avait voulu voir dans la monnaie qu'un instrument, il n'a\ait analysé en tout cas, expressément, que son rôle de mesure. Les commentateurs ont senti, évidemment, que cette conception était insuffisante, que si le rôle de mesure est la fonction prédominante du numéraire, il en a pourtant quelquefois d'autres; ils ont entrevu, au moins, le rôle que la monnaie peut jouer, comme capital, en condensant et emmagasinant la valeur. Aristote lui-même les y invitait. Dans les Ethiques, en effet, après avoir remarqué que le besoin que la monnaie est appelée à satisfaire n'est pas toujours présent, il ajoutait que même pour l'échang'e différé, la monnaie agit en quelque sorte comme un garant (ol'ov èvvjY,r/îç), qui assure la réalisation du besoin prochain.

Cette notion, restée un peu vague dans le texte grec, le vieux traducteur l'avait précisée d'un mot qui fait image : la monnaie, avait-il traduit, est le garant du besoin fiilur { fidejussor faturae necessitatis) (2). L'expression, juste autant qu'énergique, a eu une fortune considérable. Il est visible qu'elle avait frappé particulièrement les commentateurs, car il s'en sont emparés aussitôt et ils l'ont retournée en tous sens. Sous la plume

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