Albert., in Ethic, V, c. 2, lilt. c
•2. Elliic. V, ,'), § i5 (Antij/. Trnnsl., ^', lect. 9, litt. g.).
SOURCES Dt; LA DOCTRINE 377
d'Albert, le mol fidejiissor revient aussi fréquemment certainement que celui de mesure, quand il s'agit de définir le rôle du numéraire. Nécessairement, — car le mot amène l'idée, — à la faveur de cette expression pittoresque, les commentateui's ont été amenés aussi à réfléchir plus profondément sur le rôle qu'elle traduit. Albert avait remarqué le premier que la monnaie, par ce'.te propriété, constitue sinon une valeur proprement, du moins le supplément d'une valeur, supplementiim valoris (i). Saint Thomas, appuyant plus franchement sur l'idée, élève au rang- de propriété essentielle du numéraire la faculté de condenser et de conserver la valeur. « Oportet, écrit-il, oportet eam esse virtutem denarii, ut quando aliquis ipsam aff'ert, statim continuât accipere illud, quo homo indig-et » (2).
Il y avait là évidemment un développement à la pensée d'Aristote, qui s'annonçait intéressant. Il n'a point abouti pourtant, et le mouvement commencé s'est arrêté court. La raison en est trop évidente : c'est que cette conception d'une monnaie-capital allait directement à rencontre de la théorie canonique de l'usure, qui justement à cette époque s'élaborait parallèlement sur l'autorité d'Aristote aussi, et qui allait être éri^-ée en une sorte de dogme de théolog-ie morale. Les commentateurs ont évidemment senti le danger de pousser plus loin leurs inveslig-ations sur le rôle de la monnaie comme capital, et ils n'ont point osé insister.
Sur la nature même du numéraire, le développement a été poussé beaucoup plus loin, Aristote, comme nous savons, était ici plus qu'hésitant, il s'était formellement contredit. Au fond il se ralliait probablement à l'idée de
1. Albert., in libr. Polit., I, 7, lilt. f. g. . 2. D. Thomas, in. libr. Polit., 1, 7, litt. g.
la monnaie-si^ne ; mais, avec la meilleare foi du monde, on pouvait trouver chez lui des ari^uments pour toutes les conceptions opposées : monnaie-mesure des féodaux, monnaie-marchandise des modernes. Les commentateurs s'en sont parfaitement aperçus, et comme l'incertitude de la doctrine du Maître leur laissait ici plus de liberté, ils se sont efforcés d'orienter la doctrine dans un sens unique, mais naturellement, chacun d'eux l'a fait dans le sens conforme à ses idées particulières.
Albert a cru qu'il pouvait ranimer par Aristote la conception mourante de la monnaie-mesure. Il tire — la chose n'est pas très difficile, — du texte d'Aristote toute une démonstration en faveur de la théorie de la monnaie-instrument. La fonction de mesure, affirme-t-il, est la fonction essentielle du numéraire, qui doit exclure toute autre fonction (i). La monnaie est mesure, et n'est que mesure ; elle est l'instrument mis par l'autorité publique à la disposition des particuliers, pour qu'ils s'en servent à mesurer les valeurs, comme les poids ou les mesures de capacité. Sur les Ethiques^ il développe à g^randes lig-nes ce dernier rapprochement, qu'il veut mener jusqu'à l'identification complète : « Numisma enim non a natura auri vel argenti, vel alterius metalli dicitur, sed dynamos greco quod est mensura per numerum... Mensura autem posita est a nobis, sicut ulna ponitur esse mesura panni, et cadus olei, et modus tritici^ cum tamen nihil horum aliquid eorum sit, quae mensurantur per ipsum » (2). En réalité, c'est toute la
1. « lîst mensura valoris omnium . , . inventa est ut sit mensura valoris rerum ad vivere pertinentiura. . . utilis mensura rerum commutabilium. . . mensura valoris commutandorum » (D. Thomas, in libr. Polit., I, 7, litt. h. c. f. e.).