‹ La théorie de la monnaie au XIVe siècleChapitre 200 sur 361 · Traictie, La conclusion du translateur, p. LXXXVI · texte numérisé non relu

Traictie, La conclusion du translateur, p. LXXXVI

loppements plus récents des jurisconsultes sur la loi romaine. Mais cet emprunt a été raisonné et rétléchi; il n'a point jeté en bloc clans sa doctrine tout ce qu'avaient amassé ses devanciers, il a fait un choix, et ne conservant que ce qui convenait, il a su au besoin remanier de leur doctrine ce qui lui paraissait inadmissible avec ses propres idées.

L'étude parallèle que nous avons dû faire longuement des devanciers d'Oresme et de sa propre doctrine, nous permet d'être maintenant assez brefs danscette confrontation. Nous ne relèverons que les emprunts principaux et déterminants, nous contentant, pour les détails, sur lesquels il faudrait des pages et des pages, de renvoyer à la comparaison des textes que nous avons cités.

En principe, nous avions, on se rappelle, distingué dans l'œuvre monétaire d'Oresme deux parties : d'un côté ses idées théoriquessur la monnaie etsur la pratique monétaire, ce que nous pouvons appeler sa doctrine propre, d'autre côlé, sa critique de la conception féodale. Ces deux parts de son œuvre sont très inégalement originales.

C'est dans sa construction théorique qu'Oresme apparaît le plus directement influencé par ses devanciers. Sur plus d'un point ses notions de principe sont venues toutes vives des travaux antérieurs.

S'il doit, à cet égard, quelque chose aux canonistes et aux romanistes, Temprunt en tout cas reste difficile à préciser. Il doit peu en notions monétaires proprement dites, puisqu'il ne parait pas qu'il ait contiu les développements sur le canon Ouanto. 11 doit plutôt des principes généraux d'école qui ont certainement agi sur la formation de la doctrine. Telles soni les idées sur la stérilité de l'argent, la condamnation de l'usure, notions aristotéliciennes d ailleurs par leur origine, mais qu Oiesme Bridrey 27

aperçoit particulièrement avec les développements et les arguments dont l'école canonique les a revêtues (i ). Telle aussi la condamnation du change, la distinction des métiers vils et des arts honorables, si caractéristique de l'économie des scolastiques. Telle enfin, avec la préoccupation de la /?/?, à laquelle, comme eux^ il subordonne toujours la manière dètre, sa conception de la valeur, qu'il fait reposer non seulement sur la rareté (preciositas) ce qui serait aristotélien, mais aussi sur la qualité intrinsèque, sur la dig'nité des choses (2), ce qui est incontestablement d'origine théologique et canonique.

Mais la plus grosse part des notions théoriques vient d'Aristote. Aristote^ Oresme l'a proclamé le Maître, en dehors duquel il convient de ne rien affirmer « témérairement ne par oppinion ». Et de fait, sa doctrine a ses racines profondes dans Aristote.

Il est certaines parties capitales de la doctrine du Maître qu'Oresme a même prises toutes vives dans les Ethiques et les Politiques, qu'il a transplantées dans son œuvre, sansoserun changement. Telle l'analyse si remarquable sur l'origine delà monnaie, telle aussi la détermination, par le raisonnement logique, de la fonction de mesure du numéraire (3j. La filiation dans ce cas n'est pas seulement dans l'idée, elle est dans les termes mêmes, au point que, dans le Traité, certains passages ne sont guère qu'un décalque d'Aristote.

D'autres emprunts sont moins parlants, mais non moins sûrs : c'est à Aristote qu'Oresme doit incontestablement l'idée de la chrématistique, l'argumentation contre le change et l'usure, d'autres idées très larges, comme

Page 1