‹ La théorie de la monnaie au XIVe siècleChapitre 217 sur 361 · I. N.swprà, chap. préliminaire, p · texte numérisé non relu

I. N.swprà, chap. préliminaire, p

Bridrev 80

royal, qui veut bien se prêter à un essai, flotte encore entre la conception ancienne et les idées nouvelles. Entre les errements traditionnels de la pratique monétaire féodale et les principes rigoureux des réformateurs, il ne peut se résoudre à faire un choix définitif : par intermittences, il observe les prohibitions du Traité, par intermittences, il revient aux mutations. L'essai d'ailleuis se fait dans les conditions politiques les plus déplorables, au milieu de la guerre étrangère et des dissensions civiles. Une suite de catasliophes et de difficultés impossibles à prévoir vient à chaque instant compliquer les opérations et désorganiser le plan des réformateurs, qui doit être abandonné, par nécessité, avant qu'on ait bien pu apprécier ce qu'il aurait pu donner dans des circonstances normales. Une setJlë chose peut-être reste hors de doute: c'est la persévérance inlassable des réformateurs à réprendre, à chaque occasion favorable, leur expérience continueHement interrompue, et leur foi, semble t-il^ inébranlable dans la réussite finale.

La détermination du rôle d'Oresme dans toute celte période est malaisée. Nous n'dvoits, il faut le dire, aucune preuve directe de son actioti dans les conseils du gotiverneinenl. Son nom n'apparaît point, parmi les personnages dont s'occupent les chroniqueurs. Mais cette preuve négative n'est pas bien déterminante. Nous sommes mal renseignés sur les personnalités marquantes qui s'agitaient dans cette période troublée. Parmi les chroniqueurs, les uns comme Froissart, n'ont vu qiie les beaux faits de guerre, les grands coups d'épée, et n'ont guère accordé leur attention aux événements pourtant décisifs qui rénovaient l'administration du royaume (il ; les autres,

I. y., par exemple, sur les Etats de i555 : J. Froissart, Cliroiiiq., 1. I, part. 2, c. ao (éd. Buchon, I, 322) ; Jeafi de Venette,

mieux informés^ comme la chronique de Saint-Denis, ont été pour toute cette période, soigneusement revisés par des correcteurs officiels, et il est à penser qu'on a su taire dans les événements de cette période agitée les noms de certains personnages qui, après l'événement, ne se souciaient guère de s'y voir mêlés.

Le rôle dOresme justement paraît avoir été assez suspecta cette date pour qu'il ait été par la suite quelque peu embarrassé d'avoir à l'avouer. 11 était en i355 maître en divinité (i) ; en i356 il devient g-rand maître de Navarre (2), une des places les plus en vue de l'Université de Paris; et l'on sait quel rôle considérable l'Université a joué, en corps, dans les événements de i355 à i36o. A cette même date un des maîtres les plus renommés de l'Université était Jean Buridan (3), recteur en i328, un précurseur aussi de la science économique, un protag-oniste ardent aussi de la réforme monétaire. Il semble bien qu'il y ait en à cette date, parmi les esprits cultivés de rUniversité, sous l'inspiration de ces hommes et sous le couvert des doctrines aristotéliciennes, une vertueuse conspiration pour le bien public, et pour la réforme monétaire en particulier. Leur protestation revêtit la forme d'une très vive opposition contre le gouvernement rayai et ses financiers. De i355 à i358, l'Uni-

dans Spicileg. de Dachery, t. XI, p. 807 ; Contimialeur de G. de Navgis. éd. Géraud. 1845, t. II, p. 229-240 ; Les Grandes Chroniques de France, éd. P. Paris, t. VI, p. 19. ; Chronique de Robert Lescot, Continuateur, éd. Leraoine, 1896, p. 98, loS-iog.

1. Bulœus, Hist. Univ. Paris, IV, 977. Cf. Meunier, Essai, p. g ; Féret, La faculté de théologie. III, 295.

2. Bulaïus, Hist. Unir. Paris., IV, 977. Cf. Denitle, Chartular. Univ. Paris., II, 1641, n. 7>.

3. Denifle, Chartular. Univ. Paris., n» 870. t. Il, p. 307, n. 1. Cf. Camille Blocli : Jean Buridan, philosophe du XI V^ siècle (dans Positions Ec. Chartes, 1890, p. 3i).

versité se trouve à la tète d'un mouvement très violent, qui vise à réformer les abus, el qui s'attache avant tout, semble-l-il, à la réforme des monnaies, Oresme, — la rédaction première du Traité des monnaies ne permet pas un moment d'en douter — dut être un des membres les plus ardents de cette opposition. Plus tard, en voyant la tournure que prenaient les événements, en voyant de près les troubles civils qu^ils avaient déchaînés, Oresme, comme ses collègues de l'Université, dut prendre peur; et comme eux revenu en arrière, et — la forme dernière du Traité le montre suffisamment — réconcilié avec le dauphin, il dut se trouver embarrassé, comme tant d'autres, de son premier rôle, sur lequel des plumes amies ont plus tard fait le silence. Mais les formes dilTérenles du Traité sont restées, comme une preuve de ce qu'il fut à l'orig-ine.

De son influence réelle dans cette première tentative, il nous est demeuré aussi, malgré le silence plus tard adopté par l'histoire, des preuves directes dans les iFaits, qui sont sing-ulièrement intéressantes à relever. Il y a en effet entre la pratique monétaire par instants observée durant toute cette période et celle qui est proposée au Traité de telles analogies, il y a entre les remaniements successifs de la doctrine du Traité et les vicissitudes de la politique monétaire dans les faits, de si curieuses coïncidences et des rapprochements si intimes^ qu'il est impossible, cro\'ons-nous, de croire au cas fortuit ; et que pour qui suit de près la marche des événements, l'idée s'impose invinciblement de l'influence réciproque de la doctrine du Traité sur la politique monétaire, et des faits eux-mêmes sur l'évolution de la doctrine. Nous voudrions, par un rapide rapprochement avec l'histoire monétaire de cette période, le faire bien apercevoir.

Une difficulté particulière se présente pourtant. L'his-

toire monétaire de cette période est très embrouillée. Les rares travaux qu'elle a suscités en ces derniers temps (i) ne paraissent point avoir été toujours précédés d'une critique assez rig^oureuse des documents (2) ; et

1. De Saulcy, Histoire monétaire de Jean le Bon. roi de France, Paris, 1880, 4". — Une partie de ce travail avait paru sous le titre : Note sur les monnaies frappées pendant In récolte d'Etienne Marcel, c'est-à-dire du 10 décembre i358 au 5i juillet i558, dans Journal des savants, 1879, p. 235-247 ^^ 288-298. — Les textes utilisés par M. de Saulcy dans ce travail sont réunis dans le tome I'''" de son Recueil de documents relatifs à l'histoire des monnaies frappées par les rois de France depuis Philippe II jusquà François /?•■, 1879, 4"-

2. De très vives critiques ont été adressées en pailiculier sous ce rapport au Recueil de Documents monétaires publié par i\L de Saulcy {Reoue critique, 1880, p. 122). Pour notre période, les sources de M. de Saulcy sont en efi'et fort souvent défectueuses. Le Ms. Fr. 4555 en particulier, le plus important des ctocuments publiés, présente de graves lacunes qu'il est nécessaire de corriger. Nous y lisons, par exemple, au f" Sa (éd. de Saulcy L 40 ', « Du 23^ jour de janvier i555 jusques au dernier jour d'août i558, feist len deniers d'or fin au mouton, du coing, poix et loy que dessus (24 Karats et 54 de poids au marc), et eurent cours pour 25 s. t. pièce; et autres deniers d'or fin appelez Angelotz (Agneletz ?), de 102 de pois audit marc, et eurent cours pour 12 s. G d. la pièce, et donnoit len du marc d'or fin 5o moutons et demi. »

Ce passage laisserait croire qu'il n'y eut de janvier i355-i556 à août i358 aucune mutation dans les espèces d'or, et que le prix du métal se maintint sans changement à 5o moutons 1/2, soit, d'après le cours donné aux pièces, à 62' 10^. ^lais c'est là certainement une double inexactitude. — - D'une part en effet, le texte des mandements montre que le denier à l'agnel, à 24 karats de loy et de 54 de poids au marc, dont le cours avait bien été fixé en décembre i356 à i' 5% fut porté successivement le 12 mars 1357 à 1' 10% le 22 janvier i358 à 1' 17"* 6^^ et ramené le 22 août i858 à 1' 10'' (Ord. in, 37, 146, 195, 243). Ce sont trois mutations du cours, dans une période où la source publiée paraît impliquer la stabilité des espèces. — D'autre part, les mandements a|)preniiont de même que le métal-or, dont on donnait en effet en janvier

les documents en cette matière abondent, d'époque incertaine et d'origine douteuse (compilations sur les monnaies écrites g-énéralement au xvii'^^ siècle, extraits prétendus de registres de monnayers, compilés sans critique possible vers la même époque) qui sont, semble-l-il, particulièrement dangereux. Le jour où l'on voudra aborder définitivement ces questions, une discrimination des plus sévères s'imposera avant tout, des sources qu'il convient d'accueillir.

1356, 62' 10^ était passé dès janvier i.îSj à ^5' i5^ et qu'en août il venait d'atteindre ^8' i5^ (Ord. Ilf, 96, 24Ô). Le Ms. 4555 est ici encore inexact, probablement parce qu'il a été compilé sur des registres de monnayers, qui mentionnaient seulement les changements matériels des espèces et négligeaient les variations du cours légal (Mutatio in appellatione d'Oresme). 11 n'en risque pas moins de donner de toute cette période une idée contraire à la réalité des faits. Le Ms. Polain, édité aussi par M. de Saulcy est ici également inexact, bien qu'il atténue l'erreur, en mentionnant au moins, pour le cours de l'or en janvier i558. le prix deôô'ô'l, et en août le cours exact des mandements, j8' !5^ (l*' j = ed . de Saulcy, L 55) .

On pourrait faire des remarques analogues pour le prix du métal argent pendant le règne de Charles V. Le Ms. 4555 résume très simplement les variations du métal dans cette période, en disant que : « Du a^jour de raay i565 au ii'' jour de mars i584.-donnoit len pour marc d'argent allayé à la loy du noir 100 s. t., et pour marc d argent allayé à la loy du blanc io.5 s. t. » (fol. 76 = éd. de Saulcy, I, 58). Ce prix est exact pour le début de la période, en mai i565 ; mais de i565 à i584 le prix du métal argent a considérablement varié, et à plusieurs reprises, suivant une marche ascendante, pour atteindre, en i584, 5' 16* le marc de fin, et 5' 10* environ le marc en noir. LeMs.4555, pas plus d'ailleurs que les autres sources également éditées par M. de Saulcy (Ms. Polain. fol. 7 = éd. I, 55; Ms. Sorbonne H*-ii, Valor marchae arcjenti, fol. i66 bis = éd. I, 24), ne laisse soupçonner cette hausse considérable et continue du métal, qui est un des phénomènes les phis saillants de la période, V. infrà, p. 474 ^q-

Nous ne pouvions, on le comprendra, song'cr à entreprendre ici, même pour une période restreinte, un travail de cette nature. Nous nous sommes donc imposé pour règle, plutôt que de risquer de nous servir de sources douteuses, de n'employer que les textes des Ordonnances et des mandements royaux eux-mêmes, que nous prenons, faute de mieux, dans le recueil des Ordonnances. Il est bien certain que ce dernier recueil n'est pas toujours lui-même à l'abri de tout reproche. Il est certainement, pour notre période, incomplet, et on trouverait facilement des ordonnances monétaires et des mandements omis par les éditeurs. Il est très incommode à consulter, car à plusieurs reprises des additions y ont été faites dans différents tomes, et en dehors de tout ordre chronolog-ique. Il est enfin, fait plus g-rave, quelquefois inexact; il s'y rencontre, pour notre période, des pièces, non datées dans l'oriçinal, dont la date a été restituée d'une façon certainement erronée (i). Tel quel pourtant, et avec les corrections nécessaires que peuvent fournir les chroniqueurs contemporains — pour savoir par exemple si une Ordonnance monétaire, que nous trouvons au recueil, a été réellement mise à exécution, ce que le texte ne saurait nous dire, — les Ordonnances et les mandements publiés peuvent suffire pour prendre une idée de l'évolution générale de la politique monétaire dans cette période.

Nous n'avons trouvé qu'un secours le plus souvent

I. V. par exemple Mandement du 19 mars 1357 (Ord. III, 182) signalé par M. Vuitry, op. cit., II, 289, note 2 ; Mandement du 4 août 1357, daté inexactement dans la marge de i356 (Ord. III, 175). M. Vuitry relève encore loniission de mandements monétaires des iPr juillet i3.58 et 18 août i56o, qui sont de première importance puisqu'ils changent le pied des espèces (ihid., p. 292, ri . I et 007 n. 2).

illusoire dans les tables qui ont été dressées, à plusieurs reprises, des espèces monétaires ou du prix des monnaies pour cette époque (i). Des tables de ce genre, si elles étaient bien comprises, devraient permettre de lire d'un coup d'œil les faits marquants de l'histoire monétaire, de discerner comme en raccourci les points critiques et le sens g-énéral de la politique monétaire. Celles que nous possédons sont malheureusement loin de répondre à ces desiderata. D'une part, elles ne peuvent

I. Nous nous sommes servis presque exclusivement, (|uand nous avons eu recours aux Tables, de celles de Secousse, au tome VI du Recueil des Ordonnances du Louvre, qui passent généralement pour avoir été établies avec un soin particulier pour cette période. Les Tables de Le Blanc (Traité historique des monnaies, p. 4i'^-4'ï\ considérées comme bonnes, sont à cet endroit très insuffisantes. Celles de Dupré Saint-Maur, encore plus abrégées, celles d'Abot de Bazinghen {Traité des monnaies et de la juriction de la Cour des monnaies, Paris, 1764. in-4'', t. II, p. 711). recopiées sans beaucoup de soin sur les Tables des Ordonnances, ne pouvaient rien nous offrir d'utile. Les Tables de Shaw (Histoire de la monnaie, Irad. Raffalowich, Paris, 1896, p. 53i et 345) sont également la reproduction de celles de Le Blanc. Quant à celles de M. de Wailly {Mémoire sur les variations de la livre tournois, dans Mém. x\c. Inscr., XXI, ;>*rfo sq.), elles ne sont pas, à noire point de vue spécial, particulièrement utilisables. Le luxe inouï de décimales que cet auteur a cru devoir donner ne peut avoir directement d'applicati.on dans nos recherches, et il pourrait d'autre part être dangereux de vouloir nous servir de tableaux comme ceux de la valeur de la livre déduite des espèces d'or et d'argent simultanément, une telle notion n'ayant jamais eu évidemment de réalité historique. Xotons encore, en passant, que les dates auxquelles sont rapportés les divers types monétaires varient presque continuellement suivant les Tables. Cela tient à ce que les auteurs ont pris pour base tantôt la date de l'ordonnance gémn'ale, tantjt celle d'un mandement particulier adressé à l'un quelconque des ateliers monétaires. Ici encore, il serait opportun, semJjle-t-il, d'adopter pour l'avenir une règle de conduite uniforme.

être utilisées qu'avec les plus grandes précautions ; elles ont été dressées le plus souvent d'après des sources qu'il est impossible de contrôler, et certainement sans critique suffisante, les contradictions qu'on relève entre elles en seraient presque une preuve à elles seules ; les meilleures d'entre elles, celles des Ordonnances, sont incomplètes pour la lecture du recueil lui-même, puisque, pour notre période un assez yrand nombre de mandements monétaires, retrouvés plus tard, ont été insérés dans les volumes postérieurs au tome VI ; et pour le reste elles reproduisent naturellement les inexactitudes de date qui ont pu s'y g"lisser. D'autre part, les meilleures de ces tables sont obscures, en ce qu'elles ne laissent point voir nettement les points critiques saillants de l'évolution monétaire. Cela tient à ce que les auteurs ont accueilli indifféremment, dans les tables, les ordonnances primordiales, celles qui inaugurent une réforme ou un remaniement des espèces, et les mandements innombrables qui, en exécution de ces textes primitifs, règlent les détails de l'application dans les différents ateliers monétaires ou prescrivent des frappes successives suivant les conditions primitivement fixées. Cela tient surtout, à ce qu'ils ont voulu comprendre dans une même série chronologique les ordonnances et mandements relatifs à la Lauguedoyl, et ceux pour les pays de Languedoc et même pour certains ateliers particuliers, comme Tournay, qui, à notre époque, ont leur régime et leur histoire monétaires distincts des autres monnaies royales. Il est résulté de cette multiplicité de textes et surtout de cet enchevêtrement, que les textes primordiaux, qui devraient seuls faire date parce qu'ils inaugurent un remaniement monétaire, sont perdus dans l'ensemble, et ne peuvent être discernés qu'à grand'peine, tandis qu'au rebours le mélange des textes relatifs au Langue-

doc avec ceux de la Lang-uedoyl peut faire croire, si Ton n'est prévenu, par cela seul quon voit des prix différents ou des espèces différentes se suivre dans la table chronologique, qu'il y a eu mutation dans les conditions des espèces, alors qu'en réalité le système monétaire est resté parfaitement stable dans chacun des deux pays^ qui sont alors soumis à un régime monétaire différent.

Il faudrait évidemment, pour qu'on pût se rendre compte des variations réelles des monnaies, qu'il fut dressé des tableaux beaucoup plus simples, où, laissant de côté ou ne mentionnant que pour mémoire tous les mandements qui ne sig-nalent que des détails d'application locale ou des frappes successives dans un même système, on ne laisserait subsister que ceux qui ont innové vraiment, qui ont établi pour les espèces, en pied, en titre ou en poids, des conditions nouvelles. La marche générale de la politique monétaire apparaîtrait alors avec beaucoup plus de clarté (i).

Notre période de i355 à i36o se présente à cet égard divisée en deux parts bien tranchées.

Dans les premières années, de i355au milieu de i358 environ, le gouvernement royal, sous la direction du roi Jean d'abord, du Dauphin lieutenant puis régent de

1. Nous avons cru devoir es.sayer, pour rexplication seulement des chapitres qui suivent, de dresser, sur le plan indiqué, des tableaux succincts pour les deux périodes qui sont critiques dans l'application de la doctrine d'Oresme, c'est-à-dire de décembre i555 à août i558, et de décembre i56o à septembre i58o. On voudra bien s'y reporter pour lintelligence des développements qui vont suivre, en n'y voyant, en tout cas, que ce que nous avons eu lintention seulement de faire, des schémas commodes pour traduire d'une façon parlant aux yeux les résultats de notre étude. II est trop clair que des tableaux véritables ne pourraient être légitimement entrepris, avant une révision sérieuse des textes monétaires de la période.

de France ensuite, essaie, avec des alternatives diverses, mais en réalité avec persistance, puisqu'il y revient à plusieurs reprises, d'établir, en échange d'une aide consentie par les Etats, une monnaie ferme et stable, suivanf les préceptes du Traité. Dàns\a seconde partie delà période, de i358 à i36o, au contraire, l'essai de réformation qui a mal tourné, est abandonné et l'on revient, au milieu d'un désordre complet, aux anciens procédés de mutations ; jusqu'à ce qu'enfin, les circonstances aidant, et sans doute aussi l'expérience des mutations ayant donné des résultats pires que ceux de la monnaie droite, le prince Charles inaugure, avec l'ordonnance du 5 décembre i36o^ la période de réforme définitive qui durera tout le règ-ne.

C'est évidemment la première partie de cette période seule qui pour nous est intéressante à étudier.

C'est dans les réclamations et dans les décisions des Etats g-énéraux de i355 qu'il faut chercher les premiers débuts de la politique de réformes. Les Etats de la Langue d'O'il avaient été, en fin novembre, convoqués par le roi Jean, pour lui fournir une aide dans sa détresse financière, au moment derecommencerla guerre anglaise. Excédés par l<is abus de ses procédés monétaires — le roi venait, disent les historiens, de remanier neuf fois ses monnaies dans le courant de l'année, et la livre tournois, qui représentait encore 17 fr. 37 en poids d'argent en i336. était, a-t-on calculé, descendue à i fr. 73 valeur intrinsèque de métal (i), — les Etats s'enhai'dirent, et en accordant l'aide demandée, ils posèrent nettement la question des réformes monétaires, dans des termes et avec des exigences jusque-là inconnues. L'aide devait,

1. Vuilry, Li» )rf/ime financier, nouvelle série, p. îiôô-^Gg.

476 LA LUTTE POUR LA .MO-NNAIK IiROITE

élait-il spécifii', être levée indislinctement sur tous les ordres ; des commissaires députés des Etats devaient, chose inouïe, la recueillir et l'administrer eux-mêmes, en dehors de toute intervention des at^ents royaux (ij.

Il est impossible de ne pas remarquer la coïncidence, et la similitude des réformes demandées par les Etats, avec les principes posés par Oresme au Traité. M. Wolowski en avait été le premier frappé ; mais comme il croyait le Traité de date beaucoup plus basse, il concluait que « Nicole Oresme avait élevé à la hauteur d'une doctrine les idées qui s'étaient fait jour aux Etats d'une manière en quelque sorte intuitive » (2).

Pour nous, évidemment, la question se pose tout autrement, et étant donné la date que nous avons cru pouvoir attribuer au Traité, nous sommes fondés à nous demander si, au lieu d'emprunter ses principes aux cahiers des Etats. Oresme n'a point, au contraire, par son œuvre et par sa propre personnalité, pu influer sur la rédaction de ces résolutions. Nous n'avons point conservé, malheuieusement, de documents directs desdélibérations des Etats, et les chroniqueurs sont, à leur éi^ard, d'une sécheresse désespérante. Un fait pourtant est extrêmement notable : l'abbé de Choisy, qui eut entre les mains des documents disparus depuis dans l'incendie de la Gourdes comptes, nous affirme qu'au procès-verbal de ces Etats siégeaient plusieurs « maîtres en di\inité », dont il ne nous a pas d'ailleurs rapporté les noms (3). Or Oresme était à cette date précisément « maître en divinité » ; et,

1. Ordonnance vendue en conséquence des Etats, le 28 décembre 1355, I"' partie, A. G(Ordonn. III, 25). Cf. Grande Chronique de France, c. 12 (éd. cit , p. 29).

Page 1