Journal des Etats, A. 20 : « Item Que le fait des
raonnoyes et le gouvernement dicelles a très grandement appovry le peuple, et par les fonteures et blanchissemens des monnoyes qui souvent ont este faites, grant partie du billon du royaume est consume et gaste. et en doubte que tout le fait ne se perde dedans brief temps, se ainsi len continue a fondre les monnoyes » {lac. cit.. p. 4^2).
que mais oncques nécessite et besoin », à la fois « pour la tuicion du royaume et pour la délivrance de noslre chier seig-neur et père » (i), devait-on ajourner pour le moment la réforme, qui priverait le trésor d'une de ses sources les plus assurées de revenus, au moment qu'il en avait le plus besoin ? Dans les circonstances politiques où l'on se trouvait, on pouvait légitimement hésiter.
Les Etats ne purent s'entendre. Mais durant leurs hésitations, le dauphin v^oulut agir. Ses conseillers crurent-ils pouvoir se passer de l'ing-érence des Etats en les prévenant et les mettant en présence du fait acquis ? Toujours est-il que les 28 et 25 novembre, une double ordonnance fut rédig-ée, où, après avoir observé que « les prélats, barons et g-ens de bonnes villes assemblés navaient en rien conclu ne parfait sur ce », le dauphin, après avoir ouï «. très bonne deliberacion et avis », ordonnait « par le conseil de plusieurs sag'es » une frappe nouvelle d'espèces sur le pied 48'', et décriait les espèces en cours (2).
Il n'est certainement pas exact de dire, comme les historiens l'ont quelquefois répété, que c'étaient là de basses espèces, et que la révolte de Marcel fut ainsi amenée par une dépréciation nouvelle du numéraire. En réalité, la monnaie en cours était alors plus basse. Avant de partir pour Poitiers, le roi Jean avait mis sur le pied 60'' les espèces de la Langue d'Oïl ; le dauphin, à son retour, n'avait pris que des mesures de détail, pour éviter la raréfaction du métal et le chômage des ateliers (3).
1. Expressions du Mandement du 2 'J octobre I35(j (Ord. III, 88) .
2. (h'donn. des 22-33 novembre 1356 (Ord. III, 86, 87) ; Grandes Chroniques de France^ c. 26, éd. P. Paris, VI, l\6) .
7). Mandement du 22 octobre 1356 (Ord. III, 86). Cf. Viiitrv, loc. cit., p. 28Ô.
La monnaie nouvelle, sur le pied 4^®,. était donc une monnaie plus forte que les espèces courantes, et le dauphin avait essayé par là, sans doute, de désarmer l'opposition des Etats.
Mais la monnaie nouvelle était loin de répondre pourtantàce qu'ils voulaient exiger. Ce n'était plus, àbeaucoup près, les bonnes espèces émises en décembre précédent. Le pied (48") était beaucoup plus élevé que celui des Etats (28"). La plus haute pièce, le g'ros blanc de 80 au marc, était à 4 deniers d'aloi seulement. Le seigneuriale, fait qu'on n'a pas assez observé peut-être, mais qui n'avait certainement pas échappé aux hommes du temps, était conservé fort élevé, presque aussi haut que dans les basses monnaies du roi Jean, à 4 1. 12 s. par marc de fin (i). L'émission projetée était donc une sorte de compromis, qui ne devait contenter personne. Le dauphin renonçait à la basse monnaie 6o'" du roi Jean qui courait depuis septembre et qui lui laissait un bénéfice très élevé. Mais il mécontentait les partisans des réformes, en restant beaucoup au-dessous du pied de décembre i355, et en conservant un seigneuriage jugé par eux abusif; il mécontentait encore plus les bourgeois et les marchands, en troublant la circulation par la démonétisation des espèces anciennes, par la réduction brutale à 3 deniers tournois du blanc aux fleurs de lys qui courait pour 8 d. depuis juillet. C'était évidemment une opération de politique monétaire fort mal conduite; le dauphin, semble-t-il, n'avait pas eu le courage de prendre parti pour ou contre la réforme. Il sentait si bien qu'il allait mécontenter les esprits, que ce ne fut que lorsqu'il se fut éloigné de Paris, comme on sait, que fut criée, le 10 décembre, la nouvelle monnaie de l'Ordonnance.