G. Chroniq. de France, c. 28, éd. P. Paris, VI, 5i
4 . Mandement de Charles, lieutenant, du 25 janvier 1356 {N. S.,
C'était une demi-victoire, dont devaient assez peu, semble-t-il. s'enorgueillir les conseillers de la réforme monétaire. Ils avaient réussi à empêcher une mutation, à garder la monnaie stable ; mais ils étaient loin d'avoir la monnaie forte; le pied 60% dont ils avaient obtenu le maintien, était même notablement plus élevé que le pied 48"- dans lequel le dauphin avait projeté de frapper les nouvelles espèces.
Mais c'estqu'évidemment ils avaient l'espérance que les Etats feraient eux-mêmes mieux. Les Etats se réunirent à nouveau, conformément à la promesse du dauphin, en février iSSy, et ils eurent tout de suite à s'occuper des moyens propres à assurer .< les grants et bonnes finances» dont on avait besoin. La même question toujours se reposait. Reviendrait-on, comme l'échec de la tentative précédente semblait l'indiquer, aux anciens errements monétaires, ou bien essaierait-on encore une fois d'une aide g"énérale, en rétablissant la monnaie forte?
Les Etats, par leur composition, étaient cette fois certainement favorables à la réforme. Les nobles et le clerg^é, nous apprennent les chroniques, s'étaient abstenus ; les provinces n'avaient envoyé que peu de députés ; la bourg-eoisie parisienne et l'Lniversité, également éprises des idées de réforme, y dominaient bruyamment ; les maîtres en divinité, qui en i355 apparaissaient seulement, sié-
1351), Ord. III, 95. Cf. Manfhment du 5 férrier (Ord. III. 99). — Secousse voit dans ce fait de frapper des deniers sur le même type que l'on faisait auparavant, une falsifïcalion nouvelle (Ord. III, p. 95, note). C'est là certainement une erreur : les espèces sur le pied 60 étaient la continuation de la frappe décrétée en septembre, dont les espèces n'avaient jamais cessé de courir, et à laquelle on revenait par provision, en attendant la décision des Etats : il n'y avait donc aucune raison de changer l'empreinte.
LA LUTTE POUR LA MONNAIE DROITE v 489
geaient en nombre en février iSôy : deux d'entre eux furent choisis pour être les orateurs des Etats (i).
Dans ces conditions, l'orientation de la politique financière ne pouvait guère faire de doute. Les Etats déclarèrent dès l'abord qu'il fallait que l'on fit « bonne monnoye et estable >">, et cette fois, plus hardis et mieux d'accord entre eux, ils surent signifier si nettement leur volonté, que le dauphin, quelque dépit qu'il en eût (2), et quelque bonne volonté de tergiverser encore, dut octroyer ce qu'ils avaient arrêté.
L'Ordonnance de mars (iSoô-iSSy) (3) fut le triomphe des réformateurs. Le dauphin a dû y souscrire à toutes leurs exigences. Il reconnaît, dans un préambule très humble, que « pour cause des mutacions qui tant et si souvent ont été faites, le peuple du royaume a soutenu plusieurs griefs et domages » (4), il se déclare prêt à renoncer dorénavant « à toutes oppressions, extorcions, et indeûes exactions, dont len a usé au temps passé sur le peuple par moult de divers voies et manières, spécialement par le fait de la mutacion des monnoies ». Et pour l'avenir, il promet «en bonne foy de faire faire bonne inonoye doresnavant d'or, d'argent blanche et noire, de telle taille, de tel aloy et de tels cours ou mise.
1. Procès-verbal iles Etata de ISÔd. dans Recueil des Etals Généraux, Buisson, 1789. t. VIII. Cf. Gr. Citron, de France, c. Tu fed. cit., VI, 53).
2. « Il avala la remontrance des Etats, dit une chronique contemporaine, comme le malade failles pilules ». Ms. Baluze. 5 12. req. 5245^
5. Ordonnance faile en conséquence de l'assemblée îles Trois Estais de la Lanf/uedoil. contenant {ilusipurs rèu-lemens sur différentes malières, de Charles, dauphin, mars lôSô-iô.ïj. à Paris {Ord . III, 124 sq.). Cf. Gr. Ckroni(j. de France, c. 7)2 {éd. cit., VI. 56).