Gr. Chroniq. de France, c. 5i (éd. cit., W, p
3. Valor marchi argenti : Pascha 1358, tuuc 8^ 10^ (Ms. Sorbonne H' 11, f" 166 dans de Saulcy, op. cit., p. 24).
4. « Vous savez comment au mois de mars i556 derrenier passé, par très grant et bonne deliberacion des gens du Conseil de nostre dit Seigneur et de nous, des prelatz, barons, et gens des bonnes villes dudit royaume... nous avyons ordonne estre faite .. bonne et forte monnoye, laquelle nous avyons très agréable pour le bien et le pioufiît du peuple, etc. » (Ord. 23 janviet^
« faux et malicieux marchands et fraudeurs » durent bien, <( oye la très granl clameur du peuple », se résigner à abandonner « la très bonne et fort monnoye que de tout nostre cuer nous eussions désiré que icelle peust et deust demourer en bon et deu estât longuement » (i). Ils décidèrent que « à cause des très graves déceptions, griefs, et domages et inconveniens que iceluy peuple a souffert w, on ferait « nouxelle monnoye, plus foible que celle qui autrefois avoit esté faite, et que monseigneur le duc y auroit plus de proufit » (2). C'était le retour à la monnaie basse et au profit des monnaies, très humblement avoué ; une seconde fois l'expérience des réformateurs avaient lamentablement échoué, après avoir été poursuivie cette fois pendant dix mois (12 mars-23 janvier).
La nouvelle monnaie des Etals n'était pas absolument basse : elle était 45'^. On avait haussé, sans les modifier in specie, de i 1. 10 s. t. à la même valeur parisis les espèces d'or (agnel et demi-agnel) créées en mars ; on n'avait pas voulu, semble-t-iljion plus démonétiser le gros blanc à la couronne, à 5 d. de loy, auquel les Etats tenaient comme à leur œuvre (3); on le garda dans la circulation,
1358, préambule, III, jgS). M. Vuilry nous paraît dans l'erreur quand il attribue l'affaiblissement des espèces de janvier 1578 au « défaut de principes arrêtés chez les députés des Etats, sur la nature et la fonction de la monnaie » (op cit., p. 290). Les députés se sont résignés à une mutation, seulement parce que les circonstances économiques l'avaient rendue nécessaire. Cf. Traictie, c. 22, p. GXXVI.
I. Ord. 23 janvier 1358 (III. igô). Cf. Viollet, Les Etais de Paris en février 1358, dans Mém. Ac. Inscr., et B. L., XXXIV, 2« partie, iSpS.
1. Gr. Chroniq. de fr..c. 5i. éd. P. Paris, t. VI, 8n. Cf. Nicole Gille, Clironûj. de Fr . , éd. i558, t. II, p. 49-
5. M. de Saulcy a déjà fait cette remarque lorf. cité, p. 296).
sans doute en en arrêtant la frappe qui, au prix du métal, devenait d'ailleurs impossible. La caractéristique de la nouvelle frappe, c'était surtout de rétablir le profit de monnaie. (( Monseigneur le duc », comme dit la Chronique, pouvait être satisfait de l'œuvre de ses Etats : on lui accordait -i 1. i5 s. de bénéfice au marc de fin, soit près du tiers, puisqu'on payait alors 81. los. le marc d'argent contenu dans le métal allayé à 4 deniers.
Il est impossible, en lisant les détails de cette ordonnance de nepas rapprocher cette modification dans l'attitude des Etats de l'évolution accomplie par Oresme dans le second texte latin du Traité. M. Blancard, semble-t-il, avait entrevu ce lien, quand il reproche à Oresme d'avoir eu une doctrine successive., qu'il remania « pour justifier la mauvaise monnaie émise par les Etats de i358 » (i).En réalité, en effet, le rapprochements'impose, mais pour nous la cause est tout autre. Ce n'est pas Oresme qui a suivi l'évolution de politique monétaire des Etats ; c'est la nouvelle doctrine du Traité qui a dû entraîner la conviction des Etats. L'évolution dans la doctrine se justifiait d'ailleurs trop bien ; les nécessités de la guerre, la crainte d'un exode du numéraire « pour la rédemption du prince >;, tous ces arguments qu'Oresme donne au Traité (aj pour justifier une mutation faite par la communauté, n'étaient évidemment que trop réels. Mais ce qu'il y a de bien attachant, et ce qui montre l'influence directe de l'œuvre et de l'homme dans les conseils des Etats de i358, c'est que ces arguments donnés au Traité ont passé presque textuellement dans
1. Blancard, Notio' sur lu iraduction française du Traité des Monnaies d' Oresme, p. 2.
2. Tract., c. XXII-XXIII, éd. Wol., p. CXXVI-CXXX (ces chapitres manquent en partie dans les éditions du type Vœgelin).
le préambule de rordonnance, argument du cas de nécessité, de l'urg-ence du bien public, argument de la rédemption du prince, crainte d'un exode du métal précieux provoqué par le paiement de la rançon, ce sont les mêmes raisons que Ion retrouve dans le Traité et sous la plume des rédacteurs de l'ordonnance (i). Et dans les mesures prises, jusque dans les détails les plus minimes, les analogies se poursuivent. La mutation que la communauté consent en mars i358 est une « mutation in pondère », cette mutation « plus apercevante » que seule Oresme autorisait dans ce cas extrême ; la taille des espèces et l'empreinte sont cliangées, comme il l'exigeait expressément, pour que le peuple ne pût s y tromper ; le bénéfice accordé au dauphin est absolument, comme dans le Traité, assimilé à un impôt de guerre, à une contribution extraordinaire sur tous les citoyens « dont monseig'neur aura le quint dernier, et les quatre autres seront pour la g-uerre » (2). Enfin, cette condition dernière que les Etats mettent à leur autorisation, cette exigence que la diminution ne soit que passagère, « par provisiou » (3), et que aussitôt que faire se pourra, elle soit restituée, comme une manière d'emprunt, c'estla condition même que le nouveau texte du Traité avait mise
1. Ordoitn. du 23 janvier 1358, préambule : « Pourquoy est-il
que Nous, oye la très graut clameur et complainte du peuple ^
eu considération aux très grants et inumerables mises qu'il nous convient supporter et maintenir pour le fait des guerres de nostre dit seigneur et de nous..., comme aucuns faux et malicieux marchand ont emporté et fortroit la bonne monnoie dor et dargent qui au royaume deut demourer, etc. » (Ord. III, igS).
2. Gr. Chroniq. de France, c. 5, éd. P. Paris, Vl, 80. Cf. le préambule de l'Ordonnance (III, ig.î) ; les Lettres du i'' novembre 1358 (IV, 195).