‹ La théorie de la monnaie au XIVe siècleChapitre 251 sur 361 · I. Ordonn. 5 décembre 1360 (III, /lôp · texte numérisé non relu

I. Ordonn. 5 décembre 1360 (III, /lôp

1. II y a eu, ce semble, ici, chez les historiens, une confusion. M. de Wailly, qui félicite Charles V de la stabilité de sa réforme, croit cependant que 8 mutations eurent lieu sous son règne, qui auraient « fait varier la livre tournois de 10 fr. 81 à ç) fr. 81, et la proportion de l'or à l'argent de vo.'-ç) à 9,812 » [Mém. sur les variations, dans Méra. Ac. Inscr., XXI, 2u5). Cf. Clamageran,

comme nous verrons, le souci que Ion eut de g-arder et de maintenir loyal le système monétaire. La réforme monétaire fut vraiment patiemment et constamment poursuivie « sans rien muer ni chang'ier », comme le proclamait fièrement le roi dans ses mandenvenls (i), le commerce put jouir d'un état de stabilité qu'il n'avait pas connu depuis saint Louis.

Ce ne fut point si aisé pourtant qu'on avait à l'origine paru le croire, et le roi eut quelque mérite à cette persévérance, car il se présenta dans l'application des difficultés que les inspirateurs de la réforme n'avaient pu prévoir. Des phénomènes économiques déconcertants vinrent contrarier la marche des projets du roi, et plus dune fois compromirent sérieusement la réforme. 11 fallut, nous le répétons, à Charles V une g-rande persévérance pour maintenir la stabilité monétaire ; il lui fallut une grande foi dans les principes de la doctrine pour ne pas s'être découragé avant l'heure ; et malg'ré qu'il en eût, une fois au moins, il dut remanier tout le système monétaire.

Comment cela [)ut-il se faire ? Le système établi en i36o avait pourtant été mûrement étudié (2) ; après les

Hist. de l'impôt en France, I. 4^- — Lavisse, II r/énérale. lU, 297. C'est certainement compter beaucoup trop de mutations. L erreur vient de ce que M. de Wailly a compté comme mutations les variations de titre du gros denier, ou quelques dispositions sur les pièces dor escharses. Nous nous expliquons plus loin sur cette difficulté.

i. Ordonnances: des 15 mai 1365 (IV, 56o), 6 février 1369 (V, i5oi. 12 juillet 1309 (V, 32o). 20 juillet 1378 (VI, 533), etc.

■2. Ordonn. 5 décembre 1360. préambule : « Aflîn que ceste présente nostre Ordonnance puisse avoir son plein efFect, et longuement tenir en sa vertu, savoir faisons que Nous, eiie très qrant délibération ave les f/ens de nostre conseil et plusieurs autres » (Ord. 111,439).

Ord. 10 janrier 1360-1361 : « Desquelles ordonnances, par

remaniements nécessaires d'avril i36i,le système paraissait assis sur une solide base d'expérience, et sur le rapport juste des métaux ; on pouvait espérer qu'un réj^ime si bien (( équipollé » pourrait durer de longues années.

Gela est parfaitement exact ; tout ce que les réformateurs de i36o avaient pu voir, ils l'avaient consciencieusement traduit. Mais ce qu'ils ne pouvaient prévoir, ce sont les pertubations économiques qui justement à partir de cette date vinrent se faire sentir dans le cours des métaux. Pour des raisons obscures, il se produisit de i36o à i38o un phénomène inattendu, une hausse lente, sans brusques éclats, mais continue et permanente du prix du métal. Nous verrons plus loin d'ailleurs si cette hausse sing^ulière fut toujours bien naturelle, et si certaines influences n'y ont pas un peu aidé ; pour le moment, ce qui nous importe, c'est le fait; et le fait palpable est que de i36o à i38o le prix des métaux précieux a haussé g-énéralement et continuellement, et que d'autre part, comme celte hausse n'a pas été égale pour tous les deux, le rapport des métaux entre eux s'est déplacé dans une proportion sensible. <•■

C'est l'or qui paraît avoir monté le plus vite. En décembre i36o, au moment de la réforme, nous avons vu que l'on donnait 60 livres du marc de fin (i), et ce

double que aucuns ne puissent dire et eulx plaindre qu'ilz neussent este bien faiz et ordonez selon la matière d'or et d'argent qui est en nostre dit royaume, Nous depuis ce avons eu très

(jrants et bons collacions avec plusieurs autres saiges et bien

expers et congnoissans au fait et gouvernement des monnoyes, par lesquels Nous avons trouvé ceste ordonnance estre bien faicte, et l'or et l'argent bien ordoné et équipollé l'un à l'autre » [Onl. ni, 455). Cf. aussi Ord. 20 fécrier 1360-1361 (Orr/.Ill. 459). 1. Mandement du 12 décembre 1360 {Ord. III, 44 1'- Cf. Ms. Fr. 4">3^? dans de Saulcy, op. cit., I, p 4'-

O40 RKFORMK MONKTAIRK PK CH.VRLES V

prix s'était inainteiui lors des ordonnances complémentaires d'avril i i ). Mais deux ans plus tard, le chang'ement était fort sensible ; dès i363 nous trouvons qu on donnait une « creiie » d'une livre, qui porta le prix du marc à 6i livres le !\ mai pour Tournay d'abord (2), et au mois de juillet pour toutes le^ monnaies (3). Le mouvement ascensionnel ne fit dès lors que se précipiter. En laissant de côté les monnaies de Tournay et de Saint-Quentin, où, pour des raisons locales que nous expliquerons (l\), le prix était encore plus élevé, nous trouvons qu'on devait donner dans toutes les monnaies, dès juillet i364, 62 livres du marc d'or (5); au commencement

" I. Onlonu. 10 aiiil 1361 dli, l\%?*). Le Ms. Fr. 4555 dit expressément : « Du 12' jour de janvier jusques au i^*^ jour de avril i565. .. donnoit on du marc d'or fin 60 Ib. t. » (de Saulcy, ibidem).

■>. Mandement du 4 mai J:i(j3. cilf aux tables de Secousse, non rrprodnit.

5. Ordoiin. 20 jntllel 1363 (Ord. IIL 485). Le Ms. Fr. 4555 est ici en contradiction avec les textes : « Du 18^ j^ur de avril i565 au 5^ jour de aoust 1564} donnoit Ion du luai'c dor lin 60 Ib. t. » (de Saulcy. ibidem).

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