Mandement du 29 septembre 1369 (V
2. Le titre se trouvait ainsi ramené à 23 carats 5/^8, soit 973/tooo, ce qui donne une différence de 27/1000 seulement. On sait qu'aujourd'hui le titre légal de nos pièces d'or est de 900/1000 seulement. Les pièces de Charles Vêtaient donc vraiment restées très hautes. Cf de WaïUy, Mémoire sur les variations de la livre, dans Mém. Ac. Inscr., XXI, i3, n. i.
RÉFORME MOÎVÉTAIRI' DE CHARLES V Oo5
bilité où Ion était alors, avec des procédés de fabrication très imparfaits, d'obtenir des pièces absolument pures.
Pour les pièces d'arg-ent, au contraire, pour le gros denier, le titre a été maintes fois remanié. La pièce était restée, semble-t-il, de métal pur à 12 d. de loj, jusqu'en rSyO, pendant plus de 10 ans (i). Mais le i3 juin iSyo, nous trouvons pour la première fois une émission de g"ros à 1 1 d. 3/4 seulement ; et à partir de cette date, le titre varie d'une façon très singulière. Après trois émissions au titre de 11 d. 3/4 au cours de l'année iSyo, on revient en effet en 1371 au métal pur à 12 d., pour reprendre la frappe à 11 d. 17 gr. au 7 avril 1372. Puis le titre s'abaisse à 1 1 d. 6 g"r., pendant toute cette année ; et jusqu'à la fin du règne dès lors, nous trousM^ns, alternativement, sans raison apparente, des frappes à r I d. 6 gr., à 1 1 d. 17 gr. et à 12 d., le titre de 1 1 d. 6 gr. étant d'ailleurs le plus fréquent, et finissant, semblet-il, par s'établir définitivement dans les dernières années (2).
Quelle peut être la raison de ces changements? Seraitce, comme on l'a cru généralement, que le roi s'était aperçu du danger de frapper des espèces de métal pur? Ou bien voulait-il, par la baisse du titre, corriger les écarts de la hausse du métal ? L'un et l'autre sont peu
1. Frappes des 10 avril i36i (Ord. III, 483); 5 novembre i36i (III, 529); 3 mars i362 (III, 55i); 28 juillet i364 (IV, 468); 22 avril 1367 (IV, 544) '- 5 août 1369 (V, 21 5) ; 6 février 1370 (V, 25o). Nous ne voyons pas pourquoi M. Vuitry {op. cit.. II, 3 16) a supposé que la frappe des gros à I2d. avait été suspendue d'avril i365 à 1369 ; on trouve dans cet intervalle des frappes formellement indiquées dans les mandements.
2. V. le tableau des variations du gros tournois à l'appendice, tableau G,
probables ; rabaissement que l'on constate dans le titre du gros denier est trop insignifiant pour correspondre à la hausse du métal ; et d'ailleurs si telle eût été la raison, cet abaissement eût dû être progressif et constant, puisque la hausse du métal fut elle-même continue. Or, comme on peut le voir par le tableau que nous avons joint en appendice, l'abaissement du titre se produisit au contraire de la façon la plus irrég.ulière, avec de temps en temps des retours, qui seraient inexplicables, au titre du métal pur.
Tableau résumé de la décroissance du bénéfice sur l'argent
Oïd.III
Oïd.lII
Ônl.III .'544
Ord. V
Ord. Y
Ord. III
Onl.ni
5 déc.
1361, 14 aviil
1365, 20 avril
1369, 5 nov.
1371, 19 févr.
7 avril
1373, 12 net.
Prj.v lu marc monnavé
i'ri.x
du marc
aux hôtels
Bcnélicc
par mare
de fin
Bénéfice par marc monnavé
3 s 9d.l 3 Is 10 d. 2/3
(A partir de 1374, Ips vnrial/ons fin pri.r du métal se tiennent à peu prés entre .5 /. 7 s. et 5 l, 10 s., et le bénéfice reste celui des années 1372 et 1373).
La raison des oscillations du titre du gros denier est, croyons-nous, beaucoup plus simple. Le roi n'a point abandonné, en principe, le titre de métal pur qu'il avait adopté pour cette pièce ; s'il l'a frappée quelquefois à un titre légèrement inférieur, c'est seulement à cause des difficultés de la frappe, et parce qu'il ne pouvait alors faire autrement. Rappelons-nous que le métal était fourni aux monnaies par les changeurs à peu près exclusivement. A partir de i.'^yo ceux-ci se coalisèrent, nous en donnerons tout à l'heure la preuve, pour n'apporter aux hôtels royaux que du métal légèrement allayé, sous le prétexte qu'ils ne pouvaient eux-mêmes se procurer que de la vaisselle et de l'argent cendré qui n'étaient pas absolument purs. Il fallut en passer par leurs exigences; et comme, au surplus, la différence de titre était fort minime, et que les frais d'affinage du métal eussent notablement dépassé le bénéfice que pouvait offrir cette opération, on se résolut, par nécessité, à ouvrer les gros au titre même du billon fourni, titre qui variait suivant les cas de r i d. 3 gr. à 1 1 d. 6 gr. et 1 1 d. 17 gr. Cette explication, qui ressort des mandements eux-mêmes (i), paraîtra au surplus évidente si l'on veut prendre garde qvi'à partir de 1871 les gros sont toujours frappés au titre même du métal apporté aux monnaies.
Les variations du denier ne sauraient donc nullement être assimilées à des mutations. Le pied des espèces n'est pas changé, la valeur légale et la taille demeurent, et la variation du titre, qui reste, malgré tout, extrêmement élevé, ne va guère chaque fois au delà d'une assez laige tolérance, nécessitée par les difficultés matérielles de se procurer le métal pur. Le gouvernement royal n'a jamais
I. Mandements 2 aoiH1869 (V. 2i5). 7 avril i372 (V. 469). Cf. en ce sens, Vuitry. op. cit., II, ôiô.
cru muer dans re cas, et il n'en a jamais eu l'intention. Ce qui le prouve tout à t'ait, c'est que pour les espèces inférieures, allayées à une moindre loi, le litre n"a nullement changé. Après que les blancs à 4 d. 12 et 2 d. 12, d'abord maintenus, eurent peu à peu disparu de la circulation, que les tournois anciens à i d. 18 eurent cédé la place aux nouveaux, le titre uniforme de 2 d. établi pour les parisis et tournois nouveaux (1), celui de 2 d. 12 déterminé par les doubles tournois, celui de 4 d. pour les blancs (2), furent défini livement et constamment gardés jusqu'à la fin du règne Malgré leur bas titre, d'ailleurs, ces espèces, comme on sait, n'étaient point en réalité un billon ; elles valaient, sauf le droit de seigneuriage, leur valeur intrinsèque de métal fin (3j.
En somme, — c'est à cette conséquence que notre étude conduit naturellement, — plus on suit dans ses détails intimes la politique monétaire de Charles V, de i36o à la fin du règne, plus il apparaît évident que le double but pour-