Mandement du 19 février 1365 (Ord. IV
bitude, un cours volontaire se maintint ainsi loni^teinps, qui transgressait ouvertement les mandements rovaux. Le peuple, malgré les défenses du roi, persistait à donner aux pièces des valeurs abusives ; il portait le franc, et plus tard le denier d'or, bien au delà de leurs valeurs réelles (i) ; il recevait toujours les anciennes espèces étrangères, florins dor de Florence, ou deniers du comte de Flandre « pour plus haut pris qu'ils ne valent à la value de la nostre bonne (monnaie) (2). » En réalité, malgré l'établissement d'un système monétaire correct, les espèces continuaient à être prises « pour tel prix comme il plest à cliascun » (3). La réforme, plus de dix ans après ses débuts, était encore ouvertement violée chaque jour.
Dans tout cela, il y avait certainement beaucoup d'habitudes invétérées, et de résistance maladroite des populations. Mais au fond il pouvait bien y avoir aussi, de la part de certaines gens, opposition calculée et voulue. Trop d'intérêts plus ou moins avouables avaient été directement atteints par la réforme, pour qu'on n'ait pas essayé, dans certains milieux, de la contrecarrer. Les financiers et les changeurs, dont elle troublait singulièrement les opérations coutumières, dirigèrent, s'ils ne l'inspirèrent pas, le mouvement de résistance ; et ils n'y réussirent, comme on voit, que trop bien.
Ils étaient secondés d'ailleurs, semble-t-il, par la complicité plus ou moins cachée des officiers royaux eux-mêmes. 11 y eut entre ceux-ci comme une sorte de conspiration sourde pour faire échouer la réforme. Les monnayers, maintenant surveillés de près, privés des
1. Mandements des 15 mai 13G5 \ 10 et 12 (Ord I\', 56()) ; S mai 1379 (Ord. VL 460) ; Mandement »« 210 dans L. Delisle, Mandements de Charles V, p. 99.
2. Ord. des 12 juillet 1370 (V, 52o); 5 nov. 1373 (V, 643). 5. Ord. 5 nov. 1373 {\, 6'\ô). Cf. Vuitrv, o/i.cit., II, 3i3.
bénéfices scandaleux qu'ils se taillaient dans les mutations, montrèrent, les mandements royaux nous le prouvent, la plus i^'rande nég^li^ence à frapper les espèces nouvelles. Quand le roi, fort mécontent, les poussait de près, ils menaçaient d'abandonner leur char^-e, tentaient une sorte de g-rève. Il fallut leur céder plus d'une fois, faire des pièces d'or « escharses à 3/8 de carat », uniquement « pour le bénéfice du monnayer » (i). De leur côté les baillis et prévôts, chargés de faire appliquer les ordonnances royales, se montraient peu diligents, tardaient à faire publier les nouveaux mandements, laissaient courir les mauvaises espèces, fermaient les yeux sur les infractions. Le roi, mal servi, irrité parce qu'il « avoit ceste chose a cueur » (2), s'emportait quelquefois, gourmandait prévôts et baillis, dont il était, comme il disait, « très mal content comme plus pouvons^ et pour cause » (3). Mais les mandements avaient beau se succéder, conçus en termes aigres ou menaçants, l'effet produit paraît avoir été fort peu sensible, les mesures étaient toujours « petitement gardées » (4). Vingt ans après la réforme, on en était encore aux difficultés de début. 11 fallait eucore, en 1379 comme en iSyS, comme en i36o, rappeler le urai cours des monnaies, renouveler les prohibitions de l'ordonnance de i36o contre l'ancienne monnaie qui eût dû depuis longtemps avoir disparu de la circulation. Il fallait, après vingt ans de bonne monnaie comme aux temps