oyez entre autres les mandements des 16 novembre i5G
(Ord. IV, 596) ; 19 février i565 (IV, 604) ; 6 février i5G9(V, i5o) ;
K) juin iSjo (V, 3oo\ etc.. etc.
troublés du roi Jean, défendre de contracter en marcs d'or et d'arg-ent, faire jurer à chaque tabellion un serment spécial de ne recevoir d'actes qu'à sou et à livre (i). Le peuple, en somme, n'avait point eu confiance dans une réforme qui s'opérait malg-ré lui ; les financiers lavaient continuellement contrecarrée; la restauration monétaire, malgré tous les efforts, restait illusoire et précaire.
Encore les difficultés de cet ordre n'étaient-elles pas absolument peut-être insurmontables. Avec du temps et de la patience, avec un peu de fermeté et beaucoup de persévérance, le roi pouvait espérer venir à bout du mauvais vouloir des uns, comme de la résistance maladroite des autres. Le peuple mieux éclairé finirait par comprendre les avantages de la réforme, les officiers royaux et les changeurs, si le peuple acceptait franchement les nouvelles espèces, seraient bien contraints de renoncer à une opposition désormais inutile. Mais — et cela était autrement grave — la réforme monétaire, telle que l'avaient entendue Charles V et Oresme, soulevait par elle-même d'autres complications, d'ordre purement économique, que cette fois on ne pouvait guère
I. Ordonnance du 15 mai 1305. — XL « Item que nuls, de quelque condition ou estât qu'ils soient, sur ladite peine ne soient si hardis de faire aucuns conlraux ou raarchiés à sommes de marcs d'or ne d'arg'ent, ne à pièces d'or ; mais seulement à sols et à livres. — Xll. Item que tous tabellions et notaires, jurent solempnellement, et sur ladite peine, qu'ils ne feront ne passeront lettres de contraux ou raarchiés, qu'ils soient fait par quelsconques personnes que ce soit, fors que à sols et à livre simplement, sy ce n'est pour cause de vrai prest, de garde ou dépôt sans fraude, ou en iraitliés de mariage, et vente ou retraict d'eritaige. » {Ord. IV, 56o). Cf. Ord. 3 nov. 1373 (V, 645) ; 8 mai 1379 (VI, 46o).
espérer écarter, parce qu'elles provenaient de l'état économique lui-même.
La réforme, telle qu'ils l'avaient voulue, comprenait, comme nous avons dit, deux choses : d'une part, l'abandon des anciens procédés de mutation^ et de l'autre, le relèvement du titre, la fabrication d'espèces absolument droites. Les deux idées n'étaient peut-être pas nécessairement liées; mais à tort ou à raison Oresme et le roi l'avaient cru, et ils avaient basé toute la restauration monétaire sur le relèvement du titre des espèces. Ils avaient voulu avoir des pièces d'or et d'arçent non pas seulement d'un aloi élevé, mais, comme on a vu, en réalité de métal pur. Et ils avaient donné à leurs pièces nouvelles la valeur exacte du métal, aussi justement calculée que possible sur le cours marchand des métaux.
C'était évidemment une très honnête intention, et il n'est pas douteux que le roi et son maître n'aient cru ainsi très bien faire. Mais celte honnêteté même était dangereuse à cette époque, et dans le milieu où ils devaient opérer. Frapper de la monnaie droite, de la monnaie de métal pur même, dans un temps où partout autour d'eux les espèces étaient plus ou moins altérées ; prétendre ne lui donner que la valeur intrinsèque du métal, alors que toutes les monnaies voisines ne reposaient que sur une valeur fiduciaire, c'était un rêve g'énéreux sans doute, à coup sûr un rêve dangereux. De si bonnes espèces ne pouvaient manquer de solliciter toutes les fraudes, de tenter toutes les convoitises ; et les faux monnayeurs, comme les princes étrang-ers, avaient là vraiment une occasion trop belle et trop facile. Pour avoir voulu faire de trop forte monnaie, on risquait de voir fondre toutes les pièces royales ; pour avoir voulu avoir de trop bonnes espèces^ on risquait de n'en pouvoir maintenir dans la circulation.
Et c'est bien en effet ce que l'expérience se charg'ea aussitôt de prouver. (Jn double phénomène se produisit tout naturellement, que le roi ni Oresme ne semblent avoir prévu, dont ils ne se rendaient même pas bien compte tout d'abord, mais qui se précisa et ne fit que s'accentuer avec le temps, et qui ne tendait à rien moins qu'à rendre la réforme complètement illusoire : ce furent d'une part l'exode des pièces fortes nouvelles, de l'autre, la fuite du métal précieux lui-même.
i" Exode des espèces. — Ce fut incontestablement le fait le plus saillant, pour cette période, dans l'ordre économique : et il s'accusa avec un relief qui frappa dès l'abord tous les esprits. Cette bonne monnaie, dont le roi était si fier, dont il frappa régulièrement des quantités considérables pendant vingt ans, elle restait en réalité à l'état de mythe ; on n'en pouvait trouver dans le commerce ; malgré des émissions répétées, le royaume, les Ordonnances l'avouent à chaque instant, n'a jamais « souffisance de bonne monnoie ». Le roi, dans les premiers temps, s étonnait, se demandait où étaient passées ses bonnes espèces, accusait les Lombards, accusait les changeurs, les « faux et mauvais marchands » (i) qui emportaient à l'étranger la monnaie du royaume.
Il eût dû ne s'en prendre qu'à lui-même. Du moment que sa monnaie était si notoirement supérieure en qualité aux espèces courantes, il était tout simple qu'elle disparût, et il est singulier qu'Oresme, qui paraît avoir aperçu par ailleurs si nettement le jeu de la loi de Gresham, n'ait pas su prévoir ce résultat.
Le roi, en tout cas, avait commis dès l'abord une imprudence grave. Il avait, comme nous savons, laissé dans