livre, etc Duquel ayde pour le grant compassion
que Nous avo;is de nostredit pueple, Nous nous passerons et tenrons pour content, et sera levé tant seulement jusques a la perfection et entérinement de ladite paix » (r).
Nous avons tenu à rapporter presque intégralement ce long" fra^^ment, parce qu'il est en réalité symptomatique. L'aide de décembre i36o y est présentée comme la contre-partie, comme le rachat presque, des mutations de monnaie, auxquelles le roi renonce définitivement. Mais ce qui est bien curieux, et ce qui montre la crainte que l'on g-ardait toujours des impositions permanentes, c'est que même ici le roi n'ose pas prononcer le mot de taxe perpétuelle. Bien qu'il proclame son intention de conserver à toujours la monnaie forte et stable, il ne demande l'aide que temporairement, semble-t-il, et jusqu'à la conclusion définitive de la paix. Il y a là évidemment un défaut d'harmonie inadmissible dans une politique financière sérieuse ; mais cette manière de procéder était volontaire, et nécessaire sans doute pour ne pas alarmer le peuple.
Au fond, certainement les conseillers de i360 comptaient bien quel'aideseperpétuerail.La somme considérable exig^ée pour I-t rançon était répartie sur tant d'années, qu'on espérait bien faire entrer insensiblement dans les mœursl'habitude de l'impôt régulier. Et de fait, on ne se pressa pas, on le voit bien, d'acquitter la rançon. Les premiers versements seuls eurent lieu à peu près rég"ulière-
1. Ordonnance du 5 décembre 1360 flll, 455). Cf. pour l'importance de cette innovation, Clamageran, Hist. de l'im/int, p. 38o.
ment(i) ; bientôt, sous des prétextes divers (2), on en détourna une part pour des travaux de défense, pour la solde des lroupes,pour tous les besoins de l'Etat; à la fin du règ"ne un peu plus d'une moitié seulement était versé (3). D'ailleurs on avait fait lég-itimer par les Etats l'octroi de l'aide de i36o : on le fit renouveler en i363, en 1367, et encore en 1369; et depuis 1369, on continua à percevoir sous le même nom l'aide « de nostre cher seig-neur et père », bien qu'il ne fût plus question dès lors de rançon ni de traité, puisque la g-uerre avait recommencé (4).
L'histoire de l'impôt royal sous Charles V sort évidemment de notre cadre. Il nous suffira pour apprécier les conséquences qu'avait entraînées l'abandon des mutations de monnaies, de rappeler que l'impôt dut aller toujours croissant. L'aide créée en i36o et qui était, malgré
I . Le premier versement de 600.000 florins, exigé avant que le roi quittât Calais, ne put même pas être fait intégralement : 400.000 florins seulement furent payés comptant, et pour le reste des acomptes furent échelonnés en décembre et en février (Vuitry, loc. cit., II, 107).
•2. Voyez des exemples de délégations sur le produit de l'aide, dans Vuitry, Etudes, p. iSS-iSg. La spécialité des impositions était, comme le remarque cet auteur, de pure théorie, et sans cesse violée dans la pratique.
3. A la mort du roi, on n'avait encore versé que les 600.000 écus du premier versement; en i568, on avait péniblement fourni 208.000 écus. V. les pièces des paiements, au Trésor des Chartes, Arch. Nat., J.638.
4. Sur les Etats de Paris^ de décembre 1369, v. Gr. Chroniq.de France, éd. P. Paris, VI, p. 32i . — Le compte de l'aide levée en 1070 sur la prévôté, vicomte et diocèse de Paris, a été publié dans l'ouvrage de Dessales, La rançon du roiJean, Paris, i85o, 8". — On levait encore l'aide en 1376 dans le diocèse de Bayeux, ainsi que le prouvent les comptes de ce diocèse, conservés aux Archives Nationales, J. 638, p. 12 bis.
les répug-nances particulières d'Oresme pour ce genre d'impôts, une taxe de consommation (i), ne suffit bientôt plus aux besoins du trésor. Il fallut dès la même année i36o, la doubler de la gabelle (2), de la gabelle si odieuse à l'évêque de Lisieux et dont le roi reconnaissait lui-même les injustices criantes (3 . Il fallut, dès décembre i363, créer, avec l'assentiment des Etats, un impôt direct, un fouage (4), qui, renouvelé par les Etats de 1367, fut, en décembre 1369, porté à 6 francs par feu dans les villes et à 2 francs dans le plat pays, ramené ensuite, devant les réclamations unanimes que souleva sa perception, à 4 francs par feu en ville fermée, à I franc et demi dans le plat pays, « le fort portant le faible » (5). Il fallut demander constamment au pape l'octroi de décimes ecclésiastiques, sous les prétextes les plus divers f6) ; il fallut organiser des postes de douanes aux frontières. Voilà où avait conduit la renonciation aux anciens procédés monétaires ; morceau par mor-
1. L'aide de i56o comprenait essentiellement une imposition de 12 deniers pour livre sur les ventes de marchandises, et un treizième sur les vins et boissons (Ord. 5 déc. 1360, A i et A 2, Ord. III, 406). Pour le détail de la perception, v. Vuitry, op. cit., II, 109 sq. Cf. Benoist, op. cit., p. 58.